Série Histoire de l'enseignement de la philosophie en France

Une fois n'est pas coutume, la philosophie est dans une phase de questionnement. Sur son rôle dans la société, sur sa place dans le cursus scolaire, sur ses méthodes. Un certain discours alarmiste la présente comme attaquée de toutes parts, dans un déclin qui est révélateur de celui de la société dans son ensemble. Un tel discours n'est pas neuf. Il accompagne même l'enseignement de la philosophie depuis son "âge d'or" que serait la période du tournant du XIXe.

Il est frappant de constater et qu'une certaine nostalgie de cette époque prévaut encore actuellement chez un nombre significatif de collègues, et que, consciemment ou non, celle-ci irrigue l'idée, et donc la pratique, que nous avons de l'enseignement de la philosophie. Or, à regarder l'histoire de près, il apparaît que ces débats sont loin d'être purement intellectuels, et sont intrinsèquement liés aux questions politiques, scolaires et institutionnelles de l'époque.

C'est pourquoi nous nous intéresserons, dans un premier volet, au moment de l'institution de la philosophie, la période allant de Victor Cousin (1840) à l'entre-deux-guerres, en nous concentrant sur le tournant du XXe siècle, considéré souvent, encore maintenant, mais déjà à l'époque comme une sorte d'apogée. Nous sommes encore largement tributaires de l'image scolaire de la philosophie, et de ceux qui l'enseignent, qui s'est construite alors. Dans la prochaine livraison, nous nous consacrerons à la période de la "massification", commençant, en ce qui concerne la philosophie, juste avant la Seconde Guerre mondiale, et se prolongeant jusqu'à nos jours.

Ce premier volet comprend une introduction, suivie d'une "anthologie" de textes qui ne prétend pas être exhaustive - les débats sur l'enseignement de la philosophie sont intenses et variés, mais espère donner un "panorama" des différentes conceptions en la matière sur la période allant grosso modo de 1840  à 1930.