que signifie le mot skholè ?

Skholè, skholes

A.     subst. : proprement arrêt
    a.     repos, loisir ;
        i.     occupation studieuse, entretien savant, étude ;
        ii.     lieu d’étude, école ;
        iii.     produit de l’étude, traité, ouvrage ;
    b.     relâche, trêve ;
    c.      inaction, lenteur, paresse ;

B.     adv.
    a.     à loisir, à son temps, lentement, pas à pas ;
    b.     avec peine, difficilement

Extraits du dictionnaire Latin-Français (Gaffiot)

Voir aussi la définition dans le Greek-English Lexicon (Liddell et Scott).

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Skholè - terme dont proviennent, entre autres, "école" ou "school" - a, en grec ancien, le sens général d’un arrêt, d’un répit ou d’une trêve, d’une suspension temporelle.

Mais cette suspension n’est pas conçue par les Grecs comme une parenthèse, ni un divertissement, ni comme un luxe : loin d’être seconde par rapport à ce qu’elle suspend, elle est première en valeur – l’occupation liée à la subsistance, l’affairement de la vie quotidienne, un certain type de travail, se dit, par opposition et avec un certain mépris, a-skholia, privation de skholè ; la skholè désigne en effet la temporalité propre des activités qui font, aux yeux des Grecs anciens, la dignité de l’existence proprement humaine – et au delà, divine –, par opposition aux occupations serviles qui sont la marque d’une soumission aux besoins de la vie animale.

Cette temporalité se caractérise fondamentalement par sa liberté, c’est à dire par son détachement – en droit si ce n’est en fait - vis à vis de toute échéance et de tout compte : le temps « skolaïque » ou « scolaire » est « calme », « tranquille » voire « lent » (traductions possibles de l’adjectif skholaios) parce qu’il est le temps de la maîtrise du temps, un temps dans lequel l’action peut se dérouler à loisir, prendre son temps, se donner le temps au lieu d’être emportée par lui, comme à l’accoutumée : un temps libre, souverain.

Ainsi, relèvent de la skholè les pratiques du jeu, de la gymnastique, des banquets, du théâtre et des arts, et, à certains égards, la participation aux affaires publiques, la politique. Ce qui rapproche toutes ces activités entre elles, c’est en effet une forme de « gratuité » - qui tient à leur caractère auto-finalisé - et la liberté qu’à la fois elles supposent et engendrent. C’est pourquoi le mot en vient rapidement à désigner plus particulièrement l’activité studieuse, puis les lieux et les ouvrages d’étude eux-mêmes : l’étude et la lecture fournissant l’un des meilleurs paradigmes de la skholè, de ce temps librement suspendu dans lequel peut se déployer une activité qui est à elle-même sa propre fin, et dont la pratique élève et anoblit celui qui s’y consacre.

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