Que nous dit "Entre les murs" de l'école ?

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Il s’agira ici de faire une lecture pédagogique d’Entre les murs, non une critique cinématographique, pour laquelle nous n’avons ni les compétences ni la prétention. C’est pourquoi une telle lecture ne peut que se faire en la confrontant à ma propre pratique et ma propre expérience pédagogique, avec bien évidemment tout ce que cela peut comporter de subjectivité. De ce point de vue d’ailleurs, chacun semble voir dans ce film ce qu’il veut y voir, et il est frappant de noter qu’il s’est vu fortement critiqué par des personnalités aux antipodes de l’échiquier pédagogico-politique (ainsi de Philippe Meirieu et d’Alain Finkielkraut, qui pour des raisons certes fort diverses, considèrent cependant tous deux les méthodes de Marin comme la quintessence de ce qu’il ne faut pas faire en matière d’enseignement). Le film apparait pour les uns comme l’incarnation parfaite du « pédagogisme », fustigeant la connivence que le professeur entretiendrait avec ses élèves et la complaisance avec laquelle il se mettrait « à leur niveau ». Les mêmes sont horrifiés devant le comportement des élèves, au point de poser implicitement la question de l’éducabilité de ces néo-barbares incapables de prendre la parole à leur tour et sans faute de syntaxe. Et comme il serait mal vu de formuler la question en ces termes, ils rejettent la faute sur la perte de certaines valeurs, en particulier la fameuse autorité, par notre société, et de prôner des mesures conservatrices voire réactionnaires. On aurait pu croire que ceux du camp adverse prendraient fait et cause pour un film ainsi habillé pour l’hiver. Ce fut loin d’être le cas. Ainsi Philippe Meirieu, critiquant avec véhémence une méthode d’enseignement fondée selon lui sur l’affect et déplorant, d’une manière quelque peu étonnante sous sa plume, que ce que fait Marin dans le film « est à l'inverse de ce que je préconise, à savoir une pédagogie exigeante en termes de contenu »[1]. Et d’aller jusqu’à dire que le film est une incitation à inscrire ses enfants dans le privé[2] – comme si les parents avaient eu besoin d’Entre les murs pour le faire… Et certains vont, une fois n’est pas coutume, jusqu’à dire que ce film, de par le constat à la fois apocalyptique et complaisant qu’il dresse de l’école, fait le lit de l’extrême-droite[3] !

 

 

Un film subtil et réaliste, pas un film à thèse

 

 

Bref, il semblerait que seuls les critiques de cinéma et les politiques (mais avaient-ils le choix face à une Palme d’or ?) aient aimé le film. Et peut-être quelques profs, dont je fais partie, mais pas tous, loin de là. J’ai apprécié Entre les murs. C’est un bon film. Peut-être pas un grand film, mais un bon film. Et tout d’abord parce qu’il évite l’écueil que je craignais, et qui me rendait réticent à aller le voir : contrairement à ce que m’avaient laissé croire les polémiques entamées dès la remise de la Palme, ce n’est pas un film à thèse. Entre les murs pose les bonnes questions, ce qui est déjà beaucoup. Et ne donne pas de réponses, ce qui est finalement rafraîchissant au sein d’un débat sur l’école où les interlocuteurs ont le plus souvent des diagnostics définitifs et monolithiques[4]. Un des grands mérites d’Entre les murs, c’est sa subtilité. A ce titre, la discussion sur la pertinence de l’envoi de Souleymane en conseil de discipline entre Marin et ses collègues, en particulier d’histoire-géographie, est exemplaire, et fait écho aux questions que ne peut manquer de se poser un enseignant vis-à-vis des sanctions. A quoi cela sert-il de punir Souleymane ? demande justement Marin – et on peut effectivement penser que cela ne servira pas à grand-chose, surtout pour Souleymane. Peut-on pour autant ne rien faire ? lui répondent non moins justement ses collègues. Avec en filigrane un troisième intervenant, la logique d’une institution scolaire qui se vise elle-même et cherche à tout prix à se couvrir en court-circuitant les élèves.

 

On a dit d’Entre les murs qu’il était un film « réaliste ». Au-delà du fait que le mot n’est peut-être pas le plus adéquat en termes critiques du fait de sa connotation, il me semble, du haut de ma faible expérience de professeur n’enseignant ni la même matière ni aux mêmes niveaux, que le film est effectivement vraisemblable et reflète assez fidèlement ce qui peut se passer dans une classe en France en 2009. Mais ce « réalisme » suscite en moi une toute autre réaction que beaucoup de celles que j’ai pu lire. « C’est donc comme cela que ça se passe », peut-on entendre dans un mélange d’effroi et d’exaspération. Or, je n’ai pas eu l’impression d’assister à un échec, encore moins à un naufrage. On voit des élèves qui apprennent quand même quelque chose – même si c’est moins que ce qu’on souhaiterait, mais cette frustration n’est-elle pas inhérente à la situation pédagogique ? -, qui dans l’ensemble ne semble pas, à certaines exceptions, trop malheureux dans leur condition d’élèves, même si certaines choses leur semblent insupportables – mais cette frustration n’est-elle pas inhérente à la condition d’élève ?-. J’ai souri de nombreuses fois, ri également, de la même façon que cela peut m’arriver en cours[5].

 

Ce que les détracteurs de tous bords oublient, c’est que ce qui nous est donné à voir se joue précisément entre les murs. L’intérêt  du film réside précisément dans son aspect inchoatif : on est dans cet entre-deux que constitue le fait d’apprendre. Plus encore dans l’ignorance, mais pas tout-à-fait dans le savoir. Que Marin démarre de l’expérience, du « vécu » et des références des élèves pour les amener à en sortir ne me choque pas, loin de là, l’essentiel étant d’en sortir. D’où partir d’autre sinon ? A ce titre, tout le débat entre pédagogistes et conservateurs s’en voit faussé. Les deux bords exigent finalement la même chose : que le résultat auquel doit aboutir l’école (autonomie des individus ou maîtrise de la langue, ce qui finalement revient pour une part au même, mieux on parle, plus on est autonome) soit déjà là, alors que, si on va à l’école, c’est bien pour l’apprendre. L’une des réussites d’Entre les murs, de par son côté non didactique, est de bien montrer la singularité irréductible de la situation d’enseignement.

 

Enfin, un dernier mérite, et non des moindres, d’Entre les murs  est de ne pas être un film unilatéral. De ce point de vue, il me semble que le passage du livre au film apporte un vrai gain. Là où le livre n’exposait qu’un seul point de vue, agaçant par moments, le film offre une multitude de perspectives qui permet la nuance et la subtilité dont nous parlions.

 

 

 

Le cas Marin/Bégaudeau

 

 

Mais par-delà cette multiplicité de perspectives, on ne peut pas parler d’Entre les murs sans bien sûr évoquer le « personnage » central de François Marin, le professeur. Il ne s’agit pas bien sûr ici de juger des qualités de professeur de François Bégaudeau, même s’il semble y avoir ici autant d’auto- que de fiction, ce qui n’est pas sans conférer au film son « réalisme ». Pas plus d’ailleurs que des positions politiques vis-à-vis de l’école de Laurent Cantet[6]. Des qualités de professeur de Bégaudeau on ne peut donc juger. Mais de celles de Marin éventuellement.

 

Celui-ci témoigne d’un réel souci de ses élèves, incontestablement. Il semble sincèrement préoccupé par ce qui leur arrive, comme c’est le cas par exemple en ce qui concerne Souleymane. Mais dans le même temps, on a l’impression qu’il n’est pas du tout content d’être là. On pourrait rétorquer qu’on ne lui demande pas de l’être et qu’il n’est pas payé pour ça. Mais je pense que ce métier doit être très difficile à exercer sans le désir d’enseigner. Or ce dernier ne semble pas animer Marin. On sent chez lui une lassitude qui confine parfois à l’indifférence, mais sans vraiment que ce soit une usure.

 

Et on le voit commettre des maladresses importantes… Certes, il est difficile de ne pas faire d’erreurs, d’avoir le ton juste tout le temps, d’admonester sans blesser. Mais certaines des paroles de Marin, loin de désamorcer certaines situations, les enveniment.

 

Un des critiques récurrentes de la pédagogie de Marin est l’égalité qui serait instaurée entre le professeur et les élèves[7]. Je trouve pour ma part Marin très arrogant. Certes moins que dans le livre, et par ailleurs, il ne s’agit pas de s’interdire l’arrogance en tant que telle, elle peut avoir des vertus de pédagogie et de résistance – après tout, il n’y a pas de honte à lire des livres. La plupart du temps, la distance est clairement maintenue. On peut prendre comme exemple l’intransigeance manifestée vis-à-vis du tutoiement, qui est considéré et par Marin et par le reste de l’équipe comme un grave manque de respect[8].

 

Mais il y a des moments où Marin ne maintient plus cette distance, et se laisse embarquer dans des joutes verbales où il importe plus d’avoir le dernier mot que raison. « L'enseignant déborde d'intentions généreuses, mais sa pratique pédagogique est dangereuse. Elle est exclusivement fondée sur l'affect. Il gère sa classe dans un face-à-face qui devient un corps à corps  »[9].   Le jugement de Meirieu semble ici tout-à-fait pertinent.

 

Il faut à cet égard revenir sur l’épisode qui a peut-être le plus suscité la polémique : la scène où Marin est supposé « insulter de pétasses » deux élèves. Or, à chaque fois, le déroulement de l’incident est tronqué, oubliant son point de départ. Tout démarre d’une phrase de Marin en conseil de classe : « peut-être que Souleymane a atteint ses limites scolaires ». Ce que les déléguées, le lendemain en classe, transforme en : « vous avez dit que Souleymane était limité ». Et de là démarre l’incident : plutôt que d’expliquer son propos et d’en rétablir le sens exact, Marin esquive en renvoyant les deux déléguées à l’incorrection de leur propre comportement pendant le conseil – elles n’ont cessé de pouffer de rire.

 

Marin commet là à mon avis une erreur majeure. Ce qu’il dit de Souleymane, dans sa formulation, n’est peut-être pas très heureux, mais l’idée se défend. Ce que Marin, une fois en classe, ne fait pas. Il y a bien quelque chose qui ne fonctionne plus entre Souleymane et l’école[10], c’est le constat fait en conseil de classe par Marin. Constat qu’il aurait fallu assumer et expliquer en classe. La question se pose donc de savoir si Marin s’y prend comme il faut, mais encore une fois, c’est là l’un des intérêts d’Entre les murs que de présenter la complexité et la polysémie des situations.

 

Ce que montre l’exemple de Marin, par-delà les maladresses ou au contraire les moments heureux, ou peut-être encore plus grâce à eux, c’est qu’il n’y a pas d’enseignement qui ne soit essentiellement humain, c’est-à-dire incarné. Et qui ne suppose donc d’établir une relation personnelle, et donc pour une part affective, même si les affects en jeu ne sont ni ne doivent être n’importe lesquels. Alors bien sûr, tout le monde arrive en classe avec ce qu’il est, le professeur aussi bien que les élèves. C’est ce qu’il s’agit d’ailleurs de dépasser. Mais pour le dépasser, il faut en partir, il ne faut pas le nier. Cette singularité intrinsèque de la situation d’enseignement a donc nécessairement pour corrélat la faillibilité. Il ne s’agit pas de se défausser derrière cette humaine capacité à l’erreur pour dire que tout peut se faire – on l’a vu, Marin commet à nos yeux des erreurs majeures – mais de bien voir que l’enseignement est irréductible à une méthode unique et normative. Et qu’il ne peut y avoir d’enseignement sans style, c’est-à-dire sans une prise sensible et personnelle sur le savoir.

 

 

                                           Qu’apprend-on à l’école ?

 

 

Or, au-delà de la question disciplinaire à laquelle se résument trop souvent les polémiques sur le film, c’est bien plus, à mon sens, sur la question des savoirs qu’il atteint ses limites. Non que l’on apprenne rien dans Entre les murs, même si c’est parfois l’impression qui peut s’en dégager[11]. Cela tient évidemment à des contraintes cinématographiques : l’intérêt dramatique du film eut été quelque peu émoussé s’il n’avait contenu que des « leçons de grammaire qui se pass[ent] bien, comme le souligne justement Laurent Cantet[12].

 

Mais la question n’est pas de savoir ce que quantitativement, on apprend dans Entre les murs, mais plutôt celle du rôle et de la place accordée au savoir. Là encore, le film n’est pas tranché. On a ainsi beaucoup reproché à Marin d’être démissionnaire, de ne plus oser aborder les « grands textes » par facilité ou couardise. Les choses semblent plus compliquées : certes, Marin répond à son collègue d’histoire-géographie qui lui demande s’il serait possible d’étudier des textes des Lumières, que Candide ou Micromégas sont trop difficiles. On en peut cependant pas parler de démission totale : le poème que l’on voit les élèves étudier en cours est un poème de Baudelaire. Encore une fois, il s’agit de composer, de prendre les élèves où ils sont pour les amener plus loin. Si « la civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie », et que « c’est très exactement la raison pour laquelle l’apprentissage de la langue en passait, jusqu’à une date récente, par les grands textes »[13], ce que nous ne contestons pas, si leur pertinence vient de l’écho universel qu’il trouve en nous, alors il faut bien faire résonner cet écho et articuler les tourments de Bérénice à son propre vécu. On peut « faire du Heidegger » en Terminale, mais on ne peut attendre des élèves qu’ils y soient prêts d’emblée.

 

Il ne semble donc pas que l’on apprenne rien dans Entre les murs. Mais il me semble qu’on ne sait pas vraiment pourquoi. A la fin de l’année, Marin demande aux élèves ce qu’ils ont appris au cours de l’année. Les réponses sont moins désespérantes qu’on aurait pu le croire : la plupart ont vraiment appris quelque chose, c’est-à-dire qu’ils semblent maîtriser le savoir qu’ils ont reçus. Mais c’est le seul moment où la question du savoir apparaît comme centrale dans le film.  Le reste du temps, on a l’impression que ni les élèves ni les professeurs ne savent vraiment pourquoi ils sont là.  A ce titre, la suite de la scène est poignante, quand, une fois ses camarades partis, une des élèves vient voir Marin  les larmes aux yeux en lui disant qu’elle n’a « rien appris cette année ». Lequel se retrouve désemparé et démuni, et ne trouve qu’à lui dire – mais que pourrait-il bien lui dire d’autre ? – qu’il n’est pas possible qu’elle n’ait rien appris. A quoi l’élève ajoute qu’elle ne veut pas aller en B.E.P. On apprend donc pour ne pas aller en B.E.P.

 

En ce sens, si les grands textes sont lus parce qu’il faut les lire, alors ils n’ont pas plus de valeur que le Journal d’Anne Frank que Marin fait lire aux élèves. Si on ne restitue pas leur puissance d’élévation et d’augmentation de l’intelligence, et si on ne donne pas sens à la présence des élèves et des professeurs entre les murs comme ayant pour finalité cette élévation et cette augmentation, alors on sera toujours confronté à la souffrance d’élèves qui n’ont « rien  appris » et même au désarroi de ceux qui ont appris quelque chose. Je ne peux que reprendre à mon compte, une fois n’est pas coutume, la critique de Meirieu qui pointe le manque de contenu des cours de Marin.

 

Mais est-ce vraiment Marin qui en est responsable ? Pour une part certainement. Mais faire lire le Journal d’Anne Frank plutôt que Micromégas, alors même que la différence de qualité littéraire entre les deux saute aux yeux, ce n’est pas simplement une lubie ou une particularité de Marin. Celui-ci ne fait jamais qu’aller dans la direction des demandes de l’institution, qui place Anne Frank et Voltaire sur le même plan. Est-on dans « le registre de l’animation socio-culturelle »[14] ? Certainement. Mais n’est-ce pas finalement le sens des orientations de l’Education nationale depuis un certain temps : occuper les élèves plutôt que de les instruire ?[15]

 

 

Ce qui fait la qualité du film fait aussi son défaut : Entre les murs ne se passe qu’entre les murs, donnant l’illusion que les problèmes de l’école pourraient se résoudre en autarcie, en se reposant sur le charisme et la motivation des professeurs. Or le malaise de l’école n’est pas seulement endogène. Si les élèves et les professeurs savent de moins en moins pourquoi ils vont à l’école, c’est très certainement parce que l’école s’est détachée de plus en plus de son rôle essentiel et fondateur : apprendre. Oubliée cette fonction, il ne reste plus de l’école qu’un lieu délimité par des murs, hésitant entre prison ou colonie de vacances, ce qui ne peut que frustrer ceux qui sont précisément entre ces murs. Ceux-ci n’ont plus alors comme choix d’osciller entre l’amusement – qui ne dure qu’un temps -, et la colère ou la résignation. Or cette perte de sens n’est pas le seul fait de l’école, mais aussi pour une grande part du rôle que notre société lui assigne. Certes Entre les murs est un bon film. Il tranche avec les discours ambiants sur la déréliction de l’école.  Mais on eut aimé qu’il montre beaucoup plus le plaisir d’apprendre et d’enseigner.

 


[1] http://www.profencampagne.com/article-22717825.html, et d’ajouter : « Jamais, on n’est mis en face d’une situation d’apprentissage vraiment construite, avec des contenus exigeants, des consignes claires, des activités précisément encadrées. Ce qu’on nous montre comme matrice pédagogique, c’est un vague cours magistral dialogué – Rien à voir avec Socrate, comme le disent certains ! –, où, en l’absence de structuration pédagogique, de lest intellectuel, d’enjeux culturels, le professeur est contraint de jouer avec la séduction, la pression et la sanction… »

[2] « Mais le risque aujourd'hui, c'est que les parents affolés sortent leurs enfants de l'école publique pour les mettre dans le privé. », op.cit.

[3] Comme Véronique Bouzou sur son blog : http://veronique-bouzou.blogspot.com. Cf également la citation de la même que Claude Lelièvre fait dans par ailleurs l’un des rares articles nuancés sur le film (http://www.mediapart.fr/club/blog/claude-lelievre/230908/entre-les-murs-un-film-dangereux) : « Je crois  profondément, après avoir vu le film, que la Palme d’or fait le jeu de l’extrême droite. En effet, ‘’Entre les murs’’ jette le discrédit sur l’école publique en montrant des professeurs névrosés et des élèves issus de l’immigration, crétins. Indirectement, le film laisse sous-entendre qu’il faudrait privatiser l’école ».

[4] Telle semble en tout cas avoir été l’intention de Laurent Cantet : « le débat sur l'Ecole est suffisamment idéologisé pour que nous nous soyons montrés très vigilants à ce qu'aucun discours idéologique ne se glisse dans le film » (entretien avec Dominique Widemann, L'Humanité, 24 septembre 2008)

[5] Dans le film, particulièrement au moment Marin se voit bombarder par ses élèves de questions triviales et surtout sans aucun rapport les unes entre les autres, au point de littéralement le saouler. Je ne m’étais encore jamais rendu compte à quel point une telle tactique, certes a priori non concertée, pouvait cependant être diablement efficace pour perdre du temps.

[6] Même si lorsqu’il dit que l’école ne doit pas être un « sanctuaire », il diverge évidemment avec la ligne de ce site, quoiqu’il faudrait s’entendre sur ce que chacun met derrière « sanctuaire ».

[7] « J’avais, à l’époque, dit mon malaise face à certains passages du livre, souligné le caractère illusoire et dangereux de l’égalité instaurée entre le professeur et ses élèves », Philippe Meirieu, http://www.meirieu.com/ACTUALITE/entrelesmurs.htm

[8] Ce que je ne conteste éventuellement pas, mais qui me semble contraster avec le discours du proviseur demandant aux élèves de se lever à son entrée dans la classe, non pas comme signe de soumission envers l’adulte, mais façon de saluer.

[10] C’est bien ce autour de quoi tourne la discussion à propos du conseil de discipline. Marin explique que si Souleymane est exclu, il sera alors vraisemblablement perdu pour l’école. A quoi son collègue lui répond que peut-être est-ce Souleymane qui a perdu l’école.

[11] Et pourtant, on voit également des scènes où la classe est silencieuse et concentrée

[12] Interview aux Cahiers du cinéma de septembre 2008

[13] Alain Finkielkraut, « Palme d’or pour une syntaxe défunte », Le Monde du

[14] Philippe Meirieu, op.cit.

[15] Orientations auxquelles M. Meirieu n’a pas peu contribué, ce qui donne une certaine étrangeté à sa critique d’Entre les murs

Commentaires

Plaidoyer contre le brouhaha sans objet de "Entre les murs"

Merci de laisser ce commentaire en place et ce faisant, merci d'offrir à vos lecteurs la possibilité d'entendre une autre voix, un autre son de cloche... ne serait-ce que...  et à titre d'exemple, leur éviter de mourir idiots.

Par avance, merci pour votre ouverture d'esprit (là, je rêve, je crois !).

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Un film pour personne, sinon pour ceux qui ont longtemps considéré que les gosses des classes populaires (plus particulièrement ceux issus de l'immigration) étaient, avant d'être des cancres, au mieux, de la graine de délinquants, et au pire, de la graine de criminels.

Après "Bienvenue chez les Ch'tis" destiné à ceux qui pouvaient penser à tort, bien évidemment, que les gens du Nord ont dans les yeux la dernière cuite qu'ils ont prise la veille au soir, et dans le cerveau, un pois chiche, avant de nous expliquer que la langue Ch'tis est tout aussi respectable que l'argot et/ou n'importe quels autres patois...

Avec "Entre les murs", diable ! A quoi sommes-nous confrontés ?

A un reportage, à un documentaire ou bien, à un film de fiction ?

Fausse question puisqu'elle ne se pose même pas : la réponse est d'une telle évidence...

Il s'agit d'une production audio-vidéo qui a la prétention inavouable (et ça, c'est plutôt préoccupant) de se substituer au reportage et au documentaire ; quant au cinéma, je n'ose pas imaginer un seul instant que le réalisateur ait pu avoir l'ambition de nous en proposer ; ou bien alors...

Dans "Entre les murs" et par la force des choses, tout y est à la fois vrai et faux : plus proche de la Télé-réalité, "reportage" à la sauce Star'Ac ou bien, Loft Story (souvenez-vous !), si les cinéastes et les auteurs n'ont pas de souci à se faire, en revanche, les documentaristes doivent craindre que ce type de production dont le format est délibérément destiné à remplir les caisses de ceux qui ont "pensé" et en partie, produit ce "spectacle",  ne supplante, dans les années à venir, ce qu'il est coutume d'appeler "le documentaire".

"Entre les murs" ?

Cette production pourrait tout aussi bien être destinée aux enseignants seuls ; thérapeutique, remplissant un rôle de catharsis, voire d'exorcisme, on parlera même de maïeutique grâce à une production du type "médecin-accoucheur", les profs se livrant et se confessant le temps d'une séance, tout en profitant de l'opportunité (et de l'obscurité des salles de cinéma) qu'il leur est offerte pour prendre du recul, en devenant les spectateurs de leur propre réalité et de leur rôle reconstitués pour l'occasion.

Finalement, une vidéo de formation continue et de remise à niveau pour les profs en mal (ou en manque - pour ceux qui les jugent nécessaires), de résultats, ce... "Entre les murs" : ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire face à une classe de ce type ; entendez : type de population.

A ce film, les élèves n'y viendront pas, sinon contraints et forcés. Les parents ? Ils connaissent leurs gamins.

Quant au contenu : nombreuses sont les situations sur-jouées, dont on ne comprend pas toujours la nécessité, ni l'importance qui peut leur être accordée ; réactions disproportionnées de l'enseignant au sujet d'événements et d'incidents gratuits qui nous laissent pantois, même si les "acteurs" qui n'en sont pas, se prêtent de bonne grâce à cette comédie, jouant leur propre rôle, ou bien, un rôle tel qu'il a pu être pensé par ceux qui ont "pensé" cette production, ou plutôt, ceux qui croient avoir compris et pensé... à quelque chose en réalisant ce document, alors que cet objet ne pense... rien... ni... à rien, puisqu'il s'agit d'un film sans point de vue, sans parti pris et sans engagement autre que celui que le métier d'enseignant dictera à quiconque exerce cette activité.

"Entre les murs" c'est de la pellicule pour rien puisque ceux qui en débattent n'ont aucun pouvoir sur cette institution qu'est l'Education Nationale : ils n'y occupent aucun poste stratégique. Quant aux politiques sociales, culturelles et économiques qui ont pu conduire en trente ans et plus, des pans entiers de la population française marginalisés à rejeter l'école, les savoirs et la Culture : celles des livres, des auteurs, des sciences, des langues... 

280 000 ados ou pré-adultes quittent l'Education Nationale chaque année sans maîtriser l'écrit ou la lecture ; 50% des étudiants inscrits à la Fac abandonnent leurs études dès la fin de leur première année.

D'aucuns seraient tentés de croire que l'Education Nationale est principalement occupée à gérer un échec de masse, sans oublier la gestion des carrières des pédophiles qu'il faut muter de temps à autre, ici et là, quand vraiment, ça sent le roussi parce que la presse, alertée par des parents dégoûtés et en colère, s'en mêle...

Occupée aussi cette institution à préparer les nouveaux outils et les méthodes pédagogiques qui, nul doute, plomberont l'avenir des gosses des classes populaires - et plus particulièrement ceux de l'immigration -, au grand désespoir de leurs parents, impuissants face à cette montagne qu'est devenue l'accès à une réussite scolaire digne de ce nom, pour leurs enfants...

Et si l'on en croit les témoignages : institution dont la vocation consiste aussi à broyer les enseignants qui tenteraient de se révolter...

Et n'oublions pas leurs représentants syndicaux, bedonnants (même les femmes !), à force de déjeuners bien arrosés, avant d'aller négocier, sur le dos des gosses, qui... une heure en plus, qui... une heure en moins, qui... une augmentation... enfin bref ! Tout ce que vous voudrez, sauf  les conditions d'une prochaine réussite scolaire des classes populaires.

Il est vrai que l'on nomme depuis quarante ans des ministres de l'Education de gauche comme de droite qui confient leurs enfants aux meilleurs lycées, et aussi et surtout, aux écoles privées, tellement la confiance y règne et les résultats y sont encourageants... dans ces établissements publics...

Quant aux enseignants : aussi préparés à affronter une réalité sociale dont aucun mur ne pourra les protéger que leurs élèves le sont à recevoir un enseignement qui les ignore puisqu'ils ne sont pas supposés s'y épanouir ou y triompher dans et avec cet enseignement...

D'autres enseignants et d'autres établissements y pourvoient, ailleurs.

Pensez donc !

Seulement 12% de la population possèdent un diplôme d'enseignement supérieur (un des taux les plus faibles des pays occidentaux, sinon... le plus faible !).

La caste des diplômés n'a pas de souci à se faire et les enseignants non plus puisque ce sont majoritairement, leurs enfants qui obtiennent ces diplômes ; enseignants qui, lorsqu' il s'agit des enfants des autres, n'hésitent pas à nous parler d'enfants et d'ados racistes (anti-français) et antisémites (sans commentaire).

Non ! Sans blague ! A 12 ans, à 14 ans, ils sont...

Dans la parole d'un enfant ou d'un ado, confondre le fait de tenir des propos "raciste" avec le fait d'être raciste... c'est à se demander de quel côté sont les cancres !

Ces enseignants, prompts au procès d'intention à l'encontre de leurs élèvent, ne savent donc pas qu'à 12 ans... on... n'est pas ! Non ! On ne fait que chercher... à devenir* ; et la route est sacrément dure et longue jusqu'à l'âge adulte.

* La parole d'un enfant de 12 ans n'est pas seulement sa parole mais... celle de tous ceux qui, bien ou mal, pour le meilleur et pour le pire, contribuent et contribueront à faire que cet enfant devienne ce qu'il pense devoir être jusqu'à ce qu'il décide, une fois adulte, et autant qu'il soit possible de le faire en toute autonomie,  d'être ce qu'il dit et d'être ce qu'il fait puisque seul un adulte en est capable.

Comment peut-on faire preuve d'un tel manque de discernement, alors qu'à l'endroit de leurs propres enfants, ces mêmes enseignants sont capables de toutes les mansuétudes, de toutes les complaisances, voire de toutes les lâchetés ?

Faudra-t-il un jour parler de la haine des profs face à leurs élèves auprès desquels ils auront épuisé toute capacité de pardon, et de compréhension, en vertu d'une nouvelle loi (peut-être pas si nouvelle que ça) selon laquelle : quiconque empêche un enseignant de faire son métier, n'aura aucune excuse, et qu'un devoir et qu'un droit : s'effacer et disparaître.

Confrontées à un environnement difficile, souvent violent, les enseignants auraient-ils sombré, à l'instar de leurs élèves, dans le fatalisme, le désintérêt, le mépris, le défaitisme et la colère ? Mais à une différence près - et elle est de taille -, car, s'ils ont à faire face à des enfants ou des ados parfois totalement démotivés, en revanche, ces élèves ont bien pour référents des adultes éduqués et instruits, des adultes capables de discernement et de sang froid, quand bien même ils l'auraient oublié depuis qu'à Noël, ils se font offrir, tous ces adultes enseignants ou pas, les mêmes cadeaux que leurs progénitures, à savoir : ordinateurs et jeux vidéo, entre autres. 

"Entre les murs" a bien failli ressembler au film des Tavernier père et fils : "Ca commence aujourd'hui", dans lequel on sermonne les pauvres ; et notamment, une mère - à la fois, actrice et non actrice ; mais... on ne sait plus avec ce type de production -, qui élève seule, dans la vie et dans le film, ses enfants.

"Entre les murs" ?

Entre... ces murs, les profs n'y feront pas de vieux os, le temps pour eux d'accumuler les points nécessaires à une mutation dans un établissement et une région et un département de leur choix (Bégaudeau quant à lui, a déjà quitté l'enseignement).

***               

Au contact de ces vrais-faux/faux-vrais élèves, difficile de ne pas penser, tout en le déplorant, à tout ce dont ils sont privés, tout ce à quoi ils n'auront jamais droit, et les conséquences pour eux dans les années à venir... alors qu'il est inconcevable qu'ils aient pu ou qu'ils puissent mériter un tel sort... car à 13 ou 14 ans, qui peut bien prendre la décision de vous couper les ailes !

Monopolisant les temps de parole et d'images, Bégaudeau devient très vite insupportable ; les élèves en revanche, sont tellement plus intéressants (sans démagogie) car, ces élèves-là sont des "effets" vivants dont il aurait fallu interroger les causes.  

Et puis, une fois la première heure passée, force est de constater que l'on ne sait plus très bien ce qu'on nous donne à regarder, où commence le jeu, où il finit ou bien, où il s'interrompt, le vrai-faux élève retrouvant son autonomie. A ces gosses, leur fait-on jouer ce qu'ils sont, ce qu'ils seront, le fait qu'ils soient déjà en situatino d'échec sur le plan scolaire ? Avec eux, à quoi joue-t-on en les mettant en scène ?

Si "Entre les murs" est sans aucun doute une production malsaine, toutefois, une belle ironie se dessine : tout du long, on ne peut pas ne pas voir le documentaire qu'il aurait été possible de tourner, même si ce documentaire-là n'aurait fait que traiter les effets et non les causes, alors qu'aujourd'hui, il y a urgence : ce sont les causes qu'il faut aller chercher, exposer et attaquer ; et une fois qu'on les a saisies, les mâchoires serrées, comme un chien : ne pas les lâcher.

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 Serge ULESKI http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com


Brouhaha ?

Tout d'abord, votre texte n'est pas un commentaire au sens strict : il ne répond pas à l'article, mais profite de l'espace libre qui est ici ouvert pour livrer une opinion déjà publiée ailleurs, et ce au mépris des règles élémentaires de courtoisie électronique. Mais, ne voulant pas être taxés d'étroitesse d'esprit, nous laisserons donc nos lecteurs juger de sa pertinence. Quant à leur éviter de mourir idiots, nous n'aurions pas cette prétention.

Quant au fond, j'avoue humblement n'en avoir pas très bien compris le sens, au-delà d'une éructation tous azimut contre Entre les murs. Qui sert très vite de prétexte à ... une analyse psycho-pédagogique de l'élève, un état des lieux catastrophiste de l'Education nationale, une dénociation des élites politiques ? On ne sait pas trop... L'expression de "brouhaha sans objet" prend ironiquement tout son sens. Il semble en tous cas que je sois passé à côté de beaucoup de choses dans mon visionnage du film.

Bref, la raison principale qui nous avait fait supprimer votre commentaire était qu'il nous apparaissait peu clair et pertinent. Mais, ne voulant pas passer pour des censeurs, nous laissons nos lecteurs juges et les invitons à publier librement leurs commentaires.

Guillaume Vergne

entre les murs

La double question qui gangrène ici ce que ce film montre, et l'école, et l'état présent de notre société, et toutes les critiques sur ce film, coupable de ce qu'il n'est pas encore plus de ce qu'il est ou montre, est celle du procès d'intention qui condamne déjà ce qu'il n'a pas encore entendu et du non-respect des mots de la tribu qui ne sont plus entendus pour ce qu'ils ont dits et où et comment. (Je sais, Socrate déjà... et donc Socrate encore)

Ainsi la seule faute renvoyée au professeur (qui en commet un grand nombre en effet) est pour une fois de parler vrai et simplement, d'appeler un chat un chat, et une pétasse "une pétasse". Car en l'occurence ses élèves (la 1° de la classe comme sa "leader" omniprésente) se sont comportées, c'est un fait du film, en pétasses, et tant mieux! Quelle merveille que ces élèves pleines d'autonomie et d'autorité, oserais-je dire de liberté et finalement d'une vraie dimension culturelle que les plus vieux et les plus philosophes d'entre nous étaient loin d'avoir à cet âge, en leur temps?

Progrés? Et oui oui, et non non!

Quel effroi que cette prévention d'entrée de jeu des élèves contre leur professeur, suspect de mépris, racisme, colonialisme , de "ne pas les aimer"... les jeunes, les beurs, et par là de se refuser à eux-mêmes ce qu'il peut/veut leur donner? Flic enregimenteur ou militant émancipateur , la dialectique de l'instituteur est la même depuis Jules Ferry, mais elle trouve aujourd'hui ici une telle accélération et confusion que les mots perdent vite sens et netteté, que tout est noyé dans un flou de bougé, certes humain, émouvant et mouvant où à la fin quoi? Bof!

Soit le pire peut-être quand le procès (et non le processus) sans savoir, ni voir, ni entendre, est la règle commune, la seule "parlée" par tous ( et moi donc?). Que le cinéma s'attache à (re)montrer ça? C'est déjà ça!