Propositions pour une rénovation du collège

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Vers des rythmes adaptés dans les disciplines « cumulatives »

 

Pour respecter la structuration progressive des enseignements dans les disciplines cumulatives, telles que le français, les mathématiques, et les langues vivantes, et la constitution d’une base commune sur laquelle les enseignements ultérieurs puissent s’appuyer, une nouvelle organisation des curricula du collège, qui change relativement peu la structure existante, constituerait une amélioration notoire de la situation actuelle.

D’une part un tronc commun définirait comme aujourd’hui chaque niveau de classe. Il rassemblerait les disciplines fondamentales de culture générale telles que, principalement, l’histoire-géographie, la physique, les sciences de la vie et de la terre. S’y ajouterait le sport. En revanche, les enseignements de français, de mathématiques et de langue vivante 1, qui nécessitent tout particulièrement une structuration progressive des acquis de la part des élèves, reposeraient sur des progressions plus individualisées. Ils pourraient être conçus comme une série d’unités de valeurs soit semestrielles, soit annuelles, à parcourir. La notion d’unité de valeur est préférable à celle de module, dans la mesure où elle exprime mieux l’idée de progressions à l’intérieur d’un programme défini. Si les unités de valeur étaient annuelles, il en existerait alors quatre au total. Une telle périodicité, moins souple que la périodicité semestrielle, présenterait en revanche un avantage en termes de simplicité d’application.

Plaçons-nous dans l’hypothèse d’une périodicité annuelle des UV que les élèves doivent « valider » en mathématiques, français, et langue vivante 1 pour accéder à l’UV suivante. Un cursus correspondant à un programme de base devrait être parcouru par tous les élèves. Il couvrirait formellement, dans ces disciplines, une période de deux ans, soit les deux premières UV. Ces deux premières UV correspondraient donc aux acquis exigés de tous les élèves en fin de scolarité obligatoire dans les disciplines cumulatives.

Les élèves n’ayant pas le niveau suffisant des acquis scolaires pour accéder à une UV donnée suivraient une UV spéciale, où les classes seraient à effectifs réduits, et où ils retravailleraient l’UV non validée, éventuellement avec des horaires renforcées. Une fois les objectifs d’une UV atteints, les élèves accéderaient à l’UV suivante. Ce dispositif pourrait être mis en place dès l’entrée en sixième, sur la base de l’avis des enseignants de CM2 et des résultats d’un examen permettant d’harmoniser les évaluations des enseignants avec les résultats de l’ensemble des élèves du même niveau.

La différence de l’organisation proposée ici avec la constitution de groupes de niveau concerne les objectifs pédagogiques. L’organisation en groupes de niveau réunit les élèves en ensembles relativement homogènes, pour atteindre des objectifs pédagogiques néanmoins semblables pour tous les niveaux distingués. L'organisation en UV est, elle, indifférente aux classes constituées, et ne crée pas de différences de niveau au sein d’une même UV, mais conditionne en revanche l’accès à une UV donnée par les acquis nécessaires à son suivi.

Cette organisation permettrait une véritable restructuration des programmes d’enseignement. Les rythmes d’apprentissage en français et en mathématiques seraient assouplis, tandis que les progressions des élèves dans les cours de culture générale ne seraient a priori pas affectées. Parvenus en fin de troisième, en fonction de leur parcours, certains élèves n’auront pas validé, soit la dernière année, soit les deux dernières années, qui suivent la validation même du programme commun en français, en mathématique ou en langue vivante Certains auraient alors, suivant les progrès accomplis, la possibilité de redoubler l’année de troisième pour valider une ou plusieurs UV en retard.

Les horaires consacrés au français et aux mathématiques devraient être renforcés par rapport aux horaires actuels. Au corpus de disciplines de base s’ajouteraient non seulement les options facultatives de langues anciennes mais aussi, en sus, un choix de deux ou trois UV parmi un ensemble d’UV optionnelles, adaptées aux niveaux des classes dans lesquelles les élèves se situeraient. Ces UV, qui devraient offrir des apprentissages de grande qualité, resteraient en nombre limité afin que l’offre d’enseignement soit comparable dans chaque établissement. Elles se substitueraient aux enseignements actuels de dessin, de musique et de technologie qui gagneraient en efficacité s’ils n’étaient pas obligatoires. Elles proposeraient des développements spécifiques dans les disciplines de culture générale, dans des domaines techniques, artistiques ou professionnels, tout en introduisant de nouveaux enseignements tels que l’histoire de l’art ou l’histoire des sciences. Ces options permettraient aux élèves de développer une attitude positive vis-à-vis des savoirs, par une meilleure compréhension de leur rôle dans la connaissance du monde naturel et humain. Elles leur offriraient par ailleurs l’opportunité de développer des intérêts et des talents particuliers. Une option d’approfondissement en sciences aurait par exemple pour objet d’amener les élèves à la compréhension de ce que signifie l’énergie, les micro et nanosciences ; en biologie, elle permettrait aux élèves de s’intéresser à des domaines tels que la génétique, les micro-organismes, l’histoire des sciences et des techniques ; en histoire, elle leur permettrait de développer leurs savoirs historiques sur des thèmes et des périodes spécifiques etc. Il s’agirait d’éveiller des vocations, d’ouvrir les perspectives des enseignements du tronc commun, sans nuire à la structuration des connaissances que ces derniers ont vocation d’assurer. Certaines options auraient pour vocation non seulement le développement de talents artistiques, mais aussi le développement de projets collectifs s’ouvrant sur des événements fédérateurs pour l’établissement : théâtre, chorale, sport, par exemple. Les possibilités de parcours de découverte professionnelle seraient elles-mêmes renforcées, offrant des ouvertures vers des professions manuelles et techniques.

Au total, l’accès à la fin du collège aux différentes filières d’enseignement, qu’elles soient de type général, technologique ou professionnel, dépendrait notamment des UV validées en français et en mathématiques, et de l’obtention des unités de valeur communes et optionnelles. Cette organisation n’est pas exclusive de solutions adaptées à des profils d’élèves particuliers, par la création de cursus d’études doublés d’une préparation à la compétition sportive, d’un curriculum artistique ou d’une formation professionnelle, sous statut scolaire, pour les élèves qui le souhaiteraient.

La flexibilité relative des curricula du collège ainsi rénové satisferait, dans une certaine mesure, la variété des aspirations individuelles, et favoriserait l’accès de chacun à un niveau de compétences, d’habiletés et de connaissances élevé, sans constitution de filières. Elle assurerait le développement par tous d’une culture générale sur des bases solides. L’existence d’une classe de référence dans un ensemble de disciplines de culture générale pour lesquelles la progression serait transdisciplinaire (Histoire-géographie-instruction civique, SVT, Physique, Sport) assurerait la permanence de repères stables pour chaque élève.

Cette organisation permettrait aussi que les enseignements du français et des mathématiques recouvrent leur véritable vocation en matière de formation des habiletés intellectuelles. L’exigence d’une validation d’acquis, sous la forme d’UV semestrielles ou annuelles, rendrait en effet possible une reconstruction des programmes. En français, elle permettrait le développement d’enseignements nécessaires aux qualités de l’expression écrite et orale, et la réhabilitation d’exercices tels que la rédaction ou l’essai littéraire. L’enseignement des mathématiques pourrait, de son coté, être recentré sur la formation de la pensée logique, hypothético-déductive, en redonnant une place centrale à la démonstration. Les élèves atteignant le niveau de la dernière UV devraient maîtriser un programme de mathématiques au moins comparable à celui proposé aux collégiens au lendemain de la réforme Haby.

La clarté des critères et des normes de la réussite jouerait positivement sur l’égalité des chances. Par ailleurs, la possibilité offerte à tous de franchir toutes les étapes menant aux différents types d’enseignement des lycées serait une garantie d’équité. Quel que soit l’établissement et sa population scolaire, les conditions d’accès à chaque UV d’enseignement, en mathématiques et en français notamment, seraient les mêmes. Dans les collèges dits difficiles, des enseignements aux meilleurs niveaux continueraient donc à être assurés. La modularité des rythmes de parcours garantirait par ailleurs que les apprentissages scolaires soient toujours bénéfiques aux élèves, sur les plans tant intellectuels que motivationnels.

 

Nathalie Bulle

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