Présentation de PRECIP, un projet d’enseignement de l’écriture numérique

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Le projet PRECIP (Pratiques d'écriture interactive en Picardie), mené par Serge Bouchardon de l’Université de Technologie de Compiègne, et financé par la Région Picardie,  part d’un constat : la fracture numérique est en général traitée en termes d’équipement et d’accès, rarement en termes de pratiques d’écriture numérique. Or, sans une formation de l’utilisateur aux pratiques d’écriture numérique, un ordinateur est au mieux une machine à écrire sophistiquée, au pire une boîte noire. Le projet PRECIP fait l’hypothèse que l'écriture numérique est une écriture spécifique, et que l’on peut enseigner ces spécificités. Plus qu’un projet sur les TICE – qui étudierait par exemple dans quelle mesure les TIC facilitent ou non l'apprentissage –, il s’agit avant tout d’un projet sur l’écriture numérique. Celui-ci s’intéresse moins aux pratiques numériques pour l’enseignement qu’à l’enseignement des pratiques d’écriture numérique.

Les pratiques d’écriture sont profondément transformées par les médias numériques. En effet, « loin de détrôner l’écrit [...], les nouvelles technologies en rendent l’usage encore plus nécessaire, en multiplient et en complexifient les usages»[1]. La pratique de l'écriture numérique est ainsi généralisée, quotidienne, ordinaire. Elle nécessite néanmoins des compétences scripturales de plus en plus complexes. Dans le prolongement de Dabène, selon qui la maîtrise de l'écrit suppose précisément une connaissance et une compréhension des spécificités de l’écrit qualifiées de « compétences méta-scripturales »[2], nous formulons l'hypothèse que l'écriture numérique requiert, au-delà d'une maîtrise des fonctionnalités techniques – c'est-à-dire de l'emploi de l'outil –, une connaissance et une compréhension des spécificités du numérique. Cela suppose, selon nous, de comprendre ses propriétés fondamentales que sont la discrétisation et la manipulabilité.

La théorie que nous construisons est opérationnelle : d’une part, elle se conjugue en une pratique éducative, elle offre des modules pédagogiques où le savoir est toujours un savoir-faire, d’autre part, elle vise à être l'instrument d'une ingénierie de systèmes d’écriture et d’éditorialisation[3], d’ailleurs utilisés dans nos modules d’enseignement pour l’écriture numérique. Nous ne sommes certes pas les seuls à dire qu’il y a un enjeu scientifique et opérationnel à comprendre les nouvelles modalités d’écriture inhérentes au support numérique, mais notre approche est originale car elle nous conduit du concept à l’usage et de l’usage à la conception ; elle se singularise par sa triple vocation : analyser, enseigner et anticiper les pratiques et systèmes d’écritures numériques.

La pensée du numérique sur laquelle nous nous appuyons doit se lire dans la continuité de questions plus générales que nous nommons par exemple par les mots de « support » ou « dispositif ». Ces mots tentent de penser l’articulation de la connaissance et de la technique, du savoir et du pouvoir, du dit et du non-dit, de l’écrit et de son medium. Nous nous positionnons dans le cadre d’une théorie du support qui mène de la raison graphique (Jack Goody[4]) à la raison numérique (Bruno Bachimont[5]).

Le numérique se caractérise par une double coupure : il est coupé de l’interprétation d’une part, et coupé de sa matérialisation d’autre part. On parle de coupure sémantique, car la nature sémiotique de la ressource binaire lui vient de manière extrinsèque, et la ressource binaire reste fondamentalement neutre vis-à-vis de son interprétation qui ne pourra alors qu’être arbitraire. C’est cette coupure qui libère le potentiel calculatoire aussi bien que les propriétés spécifiques de l’écriture numérique. Nous avons été conduits à définir trois niveaux dans le numérique, depuis son idéalité numérique jusqu’à sa réalité sémiotique ou matérielle[6]. Notre hypothèse est que rendre sensible à la tension entre ces trois niveaux permet non seulement de mieux comprendre le fonctionnement du numérique, mais aussi de mieux jouer avec les potentiels littéraires de l’écriture numérique. Bref, on développe d’autant mieux des pratiques enrichies d’écritures numériques que l’on comprend la théorie du numérique.

Pour plus d’indications sur l’esprit du projet et sur ses fondements théoriques, il est conseillé de se reporter aux vidéos de Serge Bouchardon et de Stéphane Crozat, mais également de consulter les articles qui constituent la base scientifique de notre projet pédagogique : http://www.utc.fr/~wprecip/?cat=80

Nos modules pédagogiques

Nous proposons des modules pédagogiques d’enseignement à l’écriture numérique, alimentés d’exercices réflexifs basés sur un répertoire critique d’œuvres de littérature numérique. De même qu’il ne suffit pas de numériser un livre imprimé pour faire un livre numérique, un manuel d’écriture numérique n’est pas un manuel d’écriture numérisé, c’est un manuel qui interroge les spécificités de cette écriture en manifestant ses possibilités et ses tensions, en invitant à les exploiter à partir d’exemples critiques ou d’œuvres artistiques.

Le public visé par cet enseignement est potentiellement large : il ne concerne pas seulement certains « jeunes » relativement illettrés quoiqu’écrivant de plus en plus,  il concerne tous ceux qui écrivent numériquement sans avoir pris le temps de réfléchir à l’écriture numérique. Le projet PRECIP est convaincu que l’écriture numérique doit s’enseigner y compris auprès des utilisateurs adaptés au numérique : un collégien sur Facebook est plus qu'un alphabète – un adapté du numérique –, mais il n’est pas forcément un lettré du numérique, au sens où il ne comprend pas forcément le statut de la lettre numérique, par exemple le statut de la trace de l’écriture. Enseigner l’écriture numérique ce n’est pas apprendre un « mode d’emploi », mais faire réfléchir au « mode d’existence des objets numériques », pour non seulement libérer et enrichir la pratique d’écriture numérique (hypertextuelle, multimédia, collaborative, etc.), mais pour développer un esprit critique et une réflexion sur sa propre écriture, ainsi que pour adopter une lecture critique des industries de lecture.

Ces modules pédagogiques sont mis en œuvre depuis septembre 2010 : dans le cadre de l’enseignement dans le supérieur (UTC, automne 2010 ; Universités Paris 8[7] et Picardie Jules Verne[8], printemps 2011) et dans le secondaire (collège La Fontaine de Crépy-en-Valois, printemps 2011[9]) ; et pour les citoyens dans le cadre des Espaces Publics Numériques[10] (Amiens, printemps 2011).

En résumé, l’ensemble de notre travail pédagogique a porté sur les points suivants :

  • La constitution d’un corpus d’œuvres de littérature numérique pour l’apprentissage de l’écriture numérique, ainsi que la rédaction de matériaux pédagogiques associés[11].
  • La rédaction du contenu des six modules de formation à l’écriture numérique[12]. Ces supports sont publiés sous licence libre et peuvent être réinvestis dans tel ou tel contexte. Ces modules sont en chantier, mais certains de ces prototypes sont consultables[13].
  • La mise en place d’une méthode comparative.
  • L’analyse de l’effet de nos propres formations.

La culture numérique et l’école.

La Revue Skhole.fr, à travers le livre qu’elle a suscité, a récemment nourri cette idée selon laquelle c’est bien à travers la question de l’écriture que l’école doit rencontrer le numérique[14]. L’écriture est une archi-condition des études en général, ce pourquoi le rôle premier de l’école demeure d’apprendre à lire et à écrire, et cela d’autant plus que notre milieu numérique requiert plus que jamais l’écriture et la lecture. Certes, le rôle premier de l'école n'a jamais été de former à tel ou tel métier, et cela reste valable pour les informaticiens en tout genre. Cependant si tout métier suppose une technique, toutes les techniques n'ont pas le même statut, et certaines excèdent le cadre de tout métier : ainsi des technologies numériques, qui ne sont pas seulement des technologies d'information et de communication, mais plus fondamentalement des technologies de l’écriture, des technologies de la mémoire, des technologies de la connaissance. A l’heure où l’individu lui-même semble un document, à l’heure où l’écriture de soi est devenue industrielle, il apparaît pour le moins opportun que l’école s’empare de la question du numérique à travers son écriture. Il ne s’agit surtout pas de céder aux injonctions de mode ou d’imposer tel ou tel ou tel logiciel d’écriture, il s’agit de réfléchir aux pratiques de l’écrit, celles des élèves et des étudiants mais aussi les nôtres, d’y réfléchir tous ensemble : enseignant de collège et professeurs d’université[15].

La technique n’est pas un simple moyen, un simple outil, une simple chose, c’est, au sens fort, notre milieu, celui qui fait de nous des humains. Or, Internet est très largement devenu ce milieu, au double sens du terme : notre médium (mi-lieu par lequel les individus s’entretiennent) et notre environnement (notre espace-temps). La différence entre moyen (technique) et milieu (psycho-socio-technique) est importante à faire sentir aux élèves. Le milieu de communication ou d’information n’est pas un simple moyende communiquer des représentations indépendantes du médium : il est important de comprendre que Facebook ou Google ne sont pas des moyens de communiquer ou de s'informer, mais des milieux de communication et d'information, qui, comme tels, transforment la nature même de ce qui est communiqué et de ce qui est informé, mais aussi de ceux qui communiquent et s'informent. Qui pourrait soutenir que l’école doit garder silence sur ces milieux ? Si le propre d'un milieu est de donner à voir sans être vu, penser notre milieu numérique consiste d’abord à le rendre visible, et pour cela lutter contre le mythe de la transparence et de l’immédiateté, en redonnant son épaisseur à l’algorithme, écrit par l’homme avant d’être traité par la machine qui écrit et qui lit. L’objectif fondamental d’une culture technique n’est pas tant d’apprendre à se servir de tel ou tel outil, mais de redonner corps et sens au mi-lieu technique. Avant de passer par l'utilisation de telle ou telle technique, la culture technique passe par la compréhension du sens de la technique, irréductible à son usage. Historiquement, la technique est caractérisée par son oubli, son déni, tout comme le milieu est caractérisé par sa transparence, son occultation, et c’est un enjeu de taille que de lutter contre cette tendance. « La plus forte cause d’aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n’est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence, par son absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisant partie de la culture »[16]. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces propos de Simondon gardent toute leur pertinence aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui pensent encore que les technologies numériques sont de simples moyens techniques – des fournitures –  qui ne méritent pas d'être enseignés dans le cadre d'une « culture classique » et qui n'ont en tout cas rien à voir avec le domaine des « lettres ». Notre propos consiste à dire qu'il est au contraire philosophiquement intéressant (et pédagogiquement productif) d'élaborer une pratique critique de notre nouveau milieu technique de lecture et d'écriture, et cela en classe de français, pour précisément se défaire de la dichotomie persistante entre culture littéraire et culture technique. Rejeter les possibilités du numérique hors des classes de lettres serait accentuer la dichotomie entre culture et technique, pourtant sans fondement. Le numérique participe de l’histoire de l’écriture, et c'est en tant que technologie textuelle qu'il a toute sa place en cours de lettres. Comme l’expliquent Yves Jeanneret et Emmanuel Souchier, les médias informatisés sont des machines textuelles auxquelles on accède et que l’on manipule à travers l’écriture, si bien que « la nouvelle emprise de la machine dans l’activité symbolique de l’homme n’est pas un recul, mais une extension de l’écriture et de la lecture »[17]. Bref, le numérique, à tous ses niveaux, relève de l’écriture et de la culture textuelle. Comment soutenir en même temps qu’il existe des robots lecteurs et des robots scripteurs qui gouvernent nos pratiques d'écriture et de lecture, et que l’enseignement de l’écriture et de la lecture doit les ignorer ?

L’enseignant en lettres aurait tort de négliger le support numérique, car le danger réel contre lequel il doit prémunir ses élèves, pourtant suradaptés au numérique, est précisément celui de négligence numérique – neg-legere[18]. L'école ne peut pas faire l’économie de la prise en charge d’une certaine formation critique aux technologies numériques, cela reviendrait à négliger le danger d'une société de l'écrit numérique sans culture de l'écriture et de la lecture numérique. D’autant plus que les nouvelles possibilités de l’écriture numérique – et les nouvelles œuvres de littérature numérique[19] – sont un excellent moyen pour donner ou redonner le goût de l’écriture et de la lecture.  Amener à réfléchir à l’écriture et à son média, distinguer l’un et l’autre pour mieux les relier, cela permet de libérer l’écriture d’une part et d’éclairer le média d’autre part. Si tout support de l’écrit est aussi une contrainte pour l’écrit, alors, le seul moyen de se libérer des contraintes est de les connaître. C’est cette connaissance que nous nommons littératie[20]. Notre but est de donner des armes pour sortir de notre état actuel de « littératie restreinte »[21], et pour contribuer à travers une étude pratique de l’écriture et de la lecture numérique. En un mot, le projet de ce séminaire est de contribuer à faire émerger une littératie numérique, au-delà de l'alphabétisation classiquement prise en charge par les formations traditionnelles à l'utilisation des outils informatiques.

 

Victor Petit, au nom de l'équipe PRECIP.



[1]Barré-de Miniac, C. « Savoir lire et écrire dans une société donnée », Revue française de linguistique appliquée, 1, vol. VIII,  2003.

[2]Dabène, M. « Un modèle didactique de la compétence scripturale », Repères. Recherches en didactique du français langue maternelle, 4, 9–22, 1991.

[3]Scenari, système de conception de chaînes éditoriales numériques, http://scenari-platform.org ; C2M, chaîne éditoriales collaboratives multimédia, http://www.utc.fr/ics/c2m

[4]Goody, J. La raison graphique : la domestication de la pensée sauvage. Paris: Éditions de Minuit, 1979.

[5]Cf. par exemple, Bachimont B., « L'intelligence artificielle comme écriture dynamique : de la raison graphique à la raison computationnelle », in Au nom du sens, J. Petitot & P. Fabbri (Eds.), pp.290-319, Grasset, 2000.

[6]Les trois niveaux sont en gros celui de la machine, celui du logiciel, et celui de l’écran, autrement dit celui du calcul, celui du format et des fonctions, et celui de l’interaction.

  Vous trouverez de plus amples développement sur cette théorie des trois niveaux, ainsi que la carte heuristique propre au niveau 2, dans : Crozat, S., Cailleau, I., Bouchardon, S., Bachimont, B. (2011). « Une carte heuristique des fonctions d’écriture numérique », actes du colloque international H2PTM’11, 12 au 14 octobre 2011, Université Paul Verlaine-Metz, Paris : Hermès, 287-300.

[7]Le cadre institutionnel de la formation à Paris 8 se nomme Arbradoc ; il est porté par le Service Commun de Documentation de Paris 8, est une plateforme d'autoformation à la recherche documentaire, proposant des formations en ligne à disposition des étudiants qui le souhaitent. Nos formations doivent apparaître pour cette rentrée dans la rubrique "culture numérique" du nouveau dispositif en ligne d'autoformation promu par la bibliothèque universitaire de Paris 8. Description de la partie culture numérique aux étudiants : "ces cours auront pour objectif de vous familiariser avec de nouveaux outils liés à l'environnement du web, notamment le web 2.0 dit collaboratif, et de vous doter d'un appareil critique pour vous approprier cet environnement". http://www.bu.univ-paris8.fr/arbradoc

[8]Dans le cadre du Master MIAGE.

[9]Pour plus d’informations, on se reportera aux vidéos de Sylvie Barrier et Christelle Sospedra-Tessier.

[10]L'EPN Synapse d'Amiens ("la réponse globale et durable pour réduire la facture numérique"), qui possède de nombreux financeurs dont la Région Picardie, effectue notamment des formations à destination des retraités de la ville d'Albert (9 personnes âgées de 60 à 80 ans) dans le cadre du club du 3e âge.

[11]http://www.utc.fr/~wprecip/LN/PRECIP-litterature_numerique.pdf

Pour plus de détails sur la littérature numérique, cf. Bouchardon, S., Saemmer, A. (2012). « Littérature numérique et enseignement du français », Guide TICE pour le professeur de français - identité professionnelle et culture numérique, CNDP-CRDP de l’académie de Paris, 225-248

[12]Il  y a plusieurs typologies possibles d’écritures numériques. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous avons isolé six types d’écritures, qui se recoupent mais se distinguent : l’écriture multimédia, l’écriture hypertextuelle, l’écriture collaborative, l’écriture interactive, l’écriture sous modèle (ou architextuelle), l’écriture des traces. Ces modalités sont bien évidemment composables (on parlera ainsi d’écriture hypermédia quand celle-ci articule hypertextualité et multimédia) et leurs frontières ne sont pas nettes (écrire collaborativement en ligne implique également d’interagir avec un programme).

[13]Pour le sommaire des modules : http://precip.fr/modules/. Actuellement, il y a deux dossiers, deux prototypes : l’un sur l’écriture des traces (http://precip.fr/modules/traces) et l’autre sur l’écriture collaborative (http://precip.fr/modules/collaborative). On peut consulter une version PDF (destiné au collège) de ce dernier ici : http://precip.fr/modules/collaborative/PRECIP-ecriture-collaborative-college.pdf

[14]Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Bernard Stiegler, Julien Gautier, Guillaume Vergne, L’école, le numérique et la société qui vient, Fayard/Mille et une nuits, 2012.

[15]Sur l’université, on pourra se reporter à Jérôme Valluy : « Vers une pédagogie numérique à l’université ? Compte-rendu et discussion de l’ouvrage ‘‘TIC et métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche – Emergences, transformations’’ » (nov. 2011) ; http://www.reseau-terra.eu/article1234.html

Cf. aussi, AlexandraSaemmer « L’intégration des pratiques créatives dans l’enseignement de la culture informationnelle », Spiral-E - Revue de Recherches en Éducation – 2011 Supplément électronique au N° 47 (19-31)

[16]Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, 1989, p. 9-10.

[17] Yves Jeanneret, Emmanuel Souchier, « Écriture numérique ou médias informatisés ? », Pour la Science - Scientific american, Dossier n°33, « Du signe à l'écriture », octobre-janvier 2002, p. 100.

[18]Nous empruntons ce concept à Olivier Le Deuff : « le concept de négligence désigne une série de mésusages qui permet de regrouper sous une même étiquette des échecs communicationnels et informationnels entre l’individu et le document. L’étymologie latine du mot négligence facilite l’élargissement du concept. Negligentia vient de negligere, qui se décompose en neg-legere et qui signifie « ne pas lire ». […]. Les négligences sont donc par extension toutes ces actions de non-lecture, refus de lecture ou de ‘‘mauvaise’’ lecture » (Olivier LE DEUFF, La formations aux cultures numériques, fyp éditions, 2011, p. 61).

Cf. aussi« Laskholé face aux négligences: former les jeunes générations à l'attention», Communication & Langages, n°163, mars 2010, p. 47-61

[19] A ne pas confondre avec la littérature numérisée…

[20]Littératie, anglicisme de literacy, comme antonyme d'illettrisme, signifie, au-delà de l'alphabétisme, la capacité de mobiliser l'écriture pour accomplir ses objectifs.

[21]Goody (Pouvoirs et savoirs de l'écrit, coordonné par J.M. Privat, La Dispute, 2007) propose la notion de « littératie restreinte » pour désigner l’état relatif à une écriture restreinte, notamment lorsqu’elle en est à ses débuts, que le système n’est pas totalement exploité. Si ces observations ont été formulées pour les périodes précoces des systèmes d’écriture, il nous semble raisonnable de considérer que l’état précoce de l’écriture numérique nous met dans un état de littératie numérique restreinte.