Pour une mémoire vive et non volatile, par Sophie Weibel

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« Une technique n'est pas seulement un instrument souple et malléable au service d'une finalité claire, fixée d'avance. « La technique », dans son ensemble, porte en elle une conception du monde que ses manifestations les plus frappantes contribuent à façonner, à changer. Mais surtout elle possède un dynamisme propre [...] »

Thierry Breton[1]

Mon travail d'enseignante m'a amenée à me questionner sur le « comment transmettre ce savoir », comment « être passionnant »[2] (G.Deleuze). Outre le fond, qui relève des contenus propres à la discipline, j'ai souhaité m'intéresser, en tant que plasticienne, à la forme de cette transmission.

Déçue par le cahier, peu à l'aise avec le tableau, je me suis tournée vers l'outil qui m'est familier et m'accompagne dorénavant au quotidien dans de nombreuses démarches réflexives et pratiques, relationnelles et communicatives : l'ordinateur.

Dans l'académie d'Aix-Marseille où j'étais affectée cette année, le programme Ordina13[3] est en place depuis plusieurs années et a permis à la majorité des collèges d'être très bien équipés en informatique. Les élèves de quatrième se voient également offrir un ordinateur portable par le Département. Un rapide état des lieux à la rentrée n'a pu que me conforter dans mes intentions : dans les classes de collège que j'ai en charge cette année, aucun élève ne se trouve sans ordinateur à la maison.

Mon interrogation était simple et mon désir profond : allait-il être possible de supprimer le support papier pour ne garder que des traces numériques ? Était-il envisageable de se soustraire à la contrainte de la copie et de la prise de notes, tout en gardant l'attention des élèves ? Et surtout, en jouant dans leur propre univers, celui du virtuel, du blog et de l'écran, serait-il possible de concentrer davantage les élèves sur une réflexion et de capter non seulement leur attention mais aussi leur mémoire ?

Dans un premier temps, j'ai constitué des outils de préparation pour moi, enseignante, des outils de recherche et de classement, une forme nouvelle d'évaluation, une véritable mémoire vive de ma part enseignante, vecteur de transmission. Puis il m'a fallu imaginer des outils pour les élèves, une nouvelle forme de cahier, de carnet de bord, de fond de connaissance : élaboration de dossiers d'informations, d'outils me permettant de vérifier que les traces déposées ne restaient pas perdues sur un disque dur, mais bien vives et vivantes dans leurs mémoires. Allait-il être possible de constituer une véritable mémoire de la discipline ? Quelles pouvaient être les limites de ce tout informatisé ?

Un autre objectif animait ma démarche : amener et aider les élèves à faire de ces outils numériques, non plus seulement des pôles de loisirs, mais également des outils incontournables du travail, de la recherche et de la documentation. 

Le but de cette expérimentation reste bien évidemment mon souci premier d'enseignante : transmettre un savoir, permettre aux élèves de s'approprier ce savoir et de le faire leur, former des citoyens, des individus majeurs et libres.

« Comme les autres enseignements obligatoires du collège, les arts plastiques avec les moyens qui les caractérisent, participent à la formation de la personne et du futur citoyen. »[4]

 

La Mémoire vive d'un professeur

 

« L'informatique nous introduit dans une nouvelle perception spatiale. Il se produit aujourd'hui le même phénomène qui a dû se produire à la Renaissance, quand l'invention de la perspective, par sa logique propre, a elle-même induit un mode de représentation architectural. Plus qu'un outil, l'informatique implique un système de pensée et de conception »

Nasrine Seraji, architecte[5]

Les programmes en vigueur, ceux à venir, les exigences du socle commun des connaissances, les recommandations Gouvernementales et européennes en matière d'usage des TICE (Technologies de l'Information et de la Communication Électroniques), ainsi que la propagation de ces nouveaux outils, n'ont pu que m'encourager à tenter cette expérience auprès des classes que j'avais cette année en charge .

« [...] le développement généralisé du numérique dans l’espace éducatif est à même de faire progresser l’efficacité de notre École, dans l’enseignement et la prise en charge des élèves, mais aussi dans son fonctionnement et son ouverture. [6] » Ainsi débute le rapport de la commission e-Educ, rendu en mai 2008 et telle fut ma volonté au cours de cette année scolaire : trouver la bonne méthode permettant de faire passer à mes élèves, non seulement les fondamentaux qui forgent ma discipline, mais également des principes de fonctionnement, de communication et de création propres à la société actuelle. Il s'agissait pour moi de lier les Arts Plastiques, leur apprentissage, à un apprentissage de la citoyenneté. J'ai suivi ces propos de Philippe Meirieu : « tout projet pédagogique implique une recherche permanente des méthodes capables de l'incarner et toute méthode porte, implicitement, un projet pédagogique, un type de rapport au savoir et au pouvoir, un profil d'homme et de société que l'on veut former et promouvoir »[7].

 

Organiser numériquement mon année scolaire

 

Je prépare donc mes cours sur ordinateur. J'ai à disposition les textes officiels, les programmes, les compétences, de nombreux textes[8]  qui me permettent de remettre en question mes démarches, d'élaborer des stratégies d'enseignement. Je peux également télécharger les images que je proposerai en référence. Youtube© et autres Dailymotion©[9] me permettent de proposer aux élèves des vidéos d'artistes, mais aussi des installations ou performances filmées. Un logiciel va rendre possible la capture d'images pendant le visionnage. Si je ne veux évoquer un film que pour quelques plans, je n'ai donc pas à faire d'arrêts sur images pendant la durée du cours.

Mes fiches de cours sont toutes les mêmes. Un simple « copier-coller » et toutes les rubriques nécessaires à l'élaboration d'une séance s'ouvrent à moi. Objectifs, notions, consignes, contraintes, tout est en place et je n'ai plus qu'à remplir les champs propres à chaque situation problème. Cette standardisation facilite amplement mon travail en amont comme en aval.

Nommer judicieusement les fichiers et dossiers est également un atout de taille. Une simple recherche dans mon disque dur et je peux facilement retrouver les séquences traitant de telle ou telle autre notion, les œuvres déjà proposées en référence et ainsi réinvestir ce qui a été vu et étudié. L'ordinateur devient un allié de taille, suppléant parfois aux défaillances de ma mémoire, raccourcissant mon temps de travail, m'épargnant de fastidieuses et inutiles recherches.

La magie du copier-coller me permet alors de simplifier la saisie de mon cahier de texte. Je n'ai qu'à reprendre mes fiches de cours et les faire glisser à la suite les unes des autres. Le cahier de texte numérique n'est pas encore rentré dans les pratiques courantes de tous les établissements, mais un projet gouvernemental tend à pallier ce manque, puisque la généralisation du cahier de texte numérique, la gestion des absences « online » sont des priorités et devront définitivement être adoptées par tous les établissements dans les deux ans à venir. Notre tâche sera alors une fois de plus facilitée : il ne sera plus nécessaire de courir après le cahier de texte papier (souvent oublié, gardé par un autre enseignant qui n'aurait pas eu le temps de le remplir, parfois perdu). Un élève absent pourra connaître le contenu des cours auxquels il n'aura pas assisté, tout en restant chez lui.

 

Le numérique, support d'évaluation, de progression et de dialogue

 

J'ai également mis en place un système d'évaluation m'aidant à améliorer ma progression. Je peux ainsi avoir une vision globale de mon avancement sur l'année scolaire.

Un tableau à double entrée me permet pour chaque séance, de visualiser les compétences travaillées et les notions abordées. Je peux rapidement me rendre compte des lacunes, des compétences à mettre en jeu lors des séances suivantes.

L'appareil photo numérique devient lui aussi incontournable dans ma pratique enseignante. Les productions des élèves ne peuvent être matériellement et réellement stockées, faute de place. Mais nous pouvons également imaginer qu'il serait bien fastidieux de consulter les travaux, de rechercher une réponse pertinente dans un carton à dessins ou une réserve contenant une quantité impressionnante de réalisations en tout genre. Garder trace numérique de ces travaux est un passage obligé : pour ma mémoire enseignante, afin de conserver les réponses qu'ont pu proposer les élèves, mais aussi pour la mémoire de la discipline, dans un souci de partage et de mutualisation avec d'autres enseignants (échanges de fiches de cours sur la plate-forme de travail académique[10], dialogues en ligne avec des collègues). Cette mémorisation systématique des travaux des élèves m'a également permis de constituer pour chacun un dossier contenant à la fois sa fiche d'évaluation personnelle mais aussi la totalité des réalisations qu'il a pu proposer. Ainsi, en quelques clics, je peux accéder à une ressource très riche et j'ai un outil offrant la possibilité d'individualiser au maximum mes évaluations. Lors des rencontres parents-professeurs, il m'est alors beaucoup plus aisé de montrer aux parents la progression de leur enfant, de leur expliquer les véritables enjeux de la discipline. Au cours des entretiens individuels de fin de trimestre que j'ai avec les élèves, le dialogue est d'autant plus riche qu'il est supporté par les reproductions de leurs réalisations. Ils prennent davantage conscience des progrès réalisés, des étapes qu'il leur reste encore à franchir.

Chaque dossier élève va alors contenir non seulement sa fiche d'évaluation annuelle, mais aussi des reproductions de ses travaux, classés chronologiquement. Des liens hypertexte permettent à nouveau de croiser fiches de cours, travaux d'élèves, évaluations, références artistiques.

 

Transmission vive d'une mémoire, d'un savoir : Interactivité professeur/élève(s)

 

« Pendant des mois je suis restée assise devant des ordinateurs : tentative d'évasion électronique vers d'autres lieux. [...]Mots, mélodies, images, tout devait entrer dans ce cadre rectangulaire afin d'être transmis à d'autres personnes, par écran interposé »

Laurie Anderson[11]

La classe, le cours... Un « espace-temps », un « cube » au sein duquel il « se passe plein de choses » comme le dit Deleuze[12]. Un cours « ça s'étend d'une semaine à une autre, ça a une suite »[13]. Et même si la plupart du temps, mes séquences impliquent une réalisation en une seule séance (verbalisation[14], mise en mots des notions et du vocabulaire et présentation des références comprises), ma progression propose un réinvestissement permanent, un apprentissage par paliers, une réappropriation des notions sus-évoquées. Ce fonctionnement permet aux élèves de comprendre les rouages et évolutions de la production artistique, mais aussi, me permet à moi, enseignante, d'évaluer réellement et individuellement leur propre progression, leur inscription dans une continuité.

Dans le meilleur des cas, une année scolaire en Arts Plastiques représente 33 séances par classe de face à face professeur-élève. 33 séances de 55 minutes chacune. Une seule heure par semaine, 6780 heures entre chaque cours... Autant dire que le poids d'un cours d'Arts Plastiques est quasiment insignifiant, noyé dans la masse d'activités et de sollicitations que vit un adolescent. Ces 55 minutes doivent être décisives. Il me faut être efficace, pertinente, ne pas perdre de temps, mettre les élèves rapidement au travail de manière à privilégier la pratique et la mise en commun, le travail oral, la verbalisation[15] et l'acquisition de primats de base.

 

Une nouvelle espèce humaine, les « Digital Natives »[16]

 

Je dois intéresser les élèves, imprégner leurs mémoires et actes, les questionner, les faire réagir, agir, interagir. Ils sont acteurs le temps du cours. Le temps de ces 55 minutes, ils doivent donner et prendre à la fois : d'eux-mêmes, entre eux, de la confrontation aux œuvres, de ma connaissance et de mon savoir. La spontanéité est essentielle et plus encore : simultanéité et interactivité sont en jeu. Mais il faut faire avec une génération de zappeurs. Un flux incessant d'informations, d'images, d'idées en tout genre parcourt leur quotidien. Il est primordial de prendre cet état de fait en compte et œuvrer au mieux, afin non pas d'enrayer cette tendance au zapping (ce qui relèverait d'une gageure improbable) mais de capter leur attention et d'être la plus efficace possible. Il me faut donc adapter ma pédagogie aux cerveaux de ces « digital natives »[17]. ... Faut-il à l'instar de Paul Virilio s'alarmer et crier à une mutation végétale de notre espèce ? « [...] on commence à se comporter comme des végétaux, c'est-à-dire qu'on réagit à la lumière [...] Il y a un héliotropisme des écrans qui fait que, de l'espèce animale, on est en train de glisser vers l'espèce végétale »[18]. Virilio expose alors une théorie qu'il nomme « dromologique » (du grec dromos; la course) et s'effraie devant ce nouveau monde qui oublie la vision « latérale », « et évacue ainsi tout » [...]  «  Les écrans deviennent le nouveau champ visuel, au détriment de la phénoménologie. Car vivre, c'est être autour et pas seulement devant »[19]. Ce que Virilio semble oublier, c'est que l'écran n'est pas seulement une surface qui obstrue, qui fait face et empêche de regarder ailleurs. Les « digital natives » ne le savent que trop bien. Ils ont la culture de l'hypertexte[20] et, derrière un écran, se cachent d'autres écrans. De multiples fenêtres s'ouvrent et la vision n'est dès lors plus focalisée sur un seul et même plan, mais bien projetée dans un nouvel espace, qui lui même proposera d'autres ouvertures. Les jeux de consoles en sont un exemple flagrant.

 

« Ce qui tend à produire de la dépendance doit alors devenir ce qui permet

de s’émanciper de la même dépendance. »[21]

 

« L’utilisation des nouvelles technologies dans le processus créateur (création numérique) et dans la découverte du champ artistique (images d'œuvres, d’événements culturels, de musées,…) est importante dans un enseignement actualisé des Arts Plastiques. Le recours à ces nouveaux outils participe en cela à la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication.»[22]

 

Du dispositif

 

La salle d'Arts Plastiques du collège est équipée de 5 postes informatiques élèves, 1 poste fixe professeur relié à un vidéo-projecteur fixé au plafond. Nous avons également dans la salle deux imprimantes couleur, un scanner et mes élèves ont accès à un appareil photographique numérique. En décembre, la classe mobile a été mise en service (un chariot comportant 12 ordinateurs portables élèves plus 1 professeur, un vidéo projecteur, ainsi qu'une imprimante couleur). Tous ces ordinateurs ont une connexion Internet et sont reliés par une connexion Intranet. Les élèves ont tous des codes d'accès personnels leur permettant d'ouvrir leur propre session sur n'importe quel poste de l'Intranet de l'établissement et retrouver ainsi tous leurs documents[23].

L'écran de projection est situé au dessus du tableau blanc et lorsque je déploie cet écran, il recouvre le fameux tableau. Le tableau blanc disparaît et à sa place se tiendra désormais l'écran de projection. J'adapte mes fiches de cours numériques aux élèves et mes séances peuvent prendre forme. Je n'ai pas prévenu ces derniers avant le premier cours, souhaitant observer leurs réactions.

 

Scénario type d'une séance

 

Les élèves rentrent en classe. Les stores sont baissés, une lumière artificielle baigne la salle. Une fois le calme instauré (j'ai pu remarquer que la pénombre favorisait l'installation du silence), le cours peut commencer. Je demande aux élèves de ne rien sortir de leurs cartables. Je désigne l'élève installé à proximité des interrupteurs comme mon assistant lumière et, dans le même temps, j'allume le vidéo projecteur avec la télécommande. La lumière de l'écran capte rapidement leur attention, ils sont silencieux, faisant face à ce qui va se dérouler sous leurs yeux. Une date, un titre, l'appellation « incitation n°1 », ils comprennent rapidement que ce qui est sous leurs yeux est le travail demandé. Ils ne semblent pas  perturbés par ce nouveau fonctionnement. Non pas qu'ils y soient habitués (après avoir demandé à mes collègues, je sais qu'aucun ne fonctionne de la sorte) mais l'écran en guise de tableau, cela ne leur pose aucun problème. Nous remettons la lumière, j'ouvre quelques stores. Le cours se déroule alors normalement, comme avant, quand le tableau officiait. Lors des premiers cours, quelques élèves ont sorti le fameux cahier (censé les suivre tout au long de leur scolarité dans le collège, d'année en année) pour copier ce qui était projeté. Je suis alors intervenue auprès de toute la classe, expliquant qu'il n'est pas nécessaire et même pénalisant pour eux de s'adonner à cette tâche. Quel intérêt de perdre de précieuses minutes dans la copie, alors que d'ici une heure, ce texte sera disponible sur la session de chacun ?  Et là, une sorte de stupeur et d'étonnement parcourt la salle. J'explique donc ce nouveau fonctionnement : « pas de cahier cette année, mais il y a aura bien des traces du cours. Ces traces seront numériques : vous pourrez récupérer sur vos sessions la totalité des éléments projetés au tableau (j'emploie encore ce terme, car, même si l'outil n'est pas le même, la fonction basique subsiste) : les œuvres que nous verrons tout à l'heure en référence, les définitions, les mots de vocabulaire. Non pas tout à l'heure, mais d'ici une semaine, vous trouverez également une photographie numérique de votre travail, ainsi que l'évaluation correspondante. Ceux qui désirent récupérer tout cela sur clé USB peuvent me remettre cette clé lors du prochain cours. ». Et c'est là qu'intervient l'étonnement réel, une sorte de prise de conscience. Il me faut alors expliquer comment fonctionne le serveur Iaca, comment ils peuvent récupérer les fichiers déposés, comment ils peuvent également m'envoyer des fichiers. Ils sont très enthousiastes. J'imagine que le côté « moderne » de ce modus operandi joue en ma faveur, mais ils comprennent aussi très rapidement le côté pratique du système : pas de perte de temps, une orthographe fiable (ça, c'est plutôt moi que cela rassure), des notes justes, pas de perte de document, des reproductions de qualité et en couleur !

Au cours d'une séance, arrive fréquemment ce moment nécessaire du recentrage. Il me faut, en tant qu'enseignante, après avoir laissé les élèves en situation exploratoire, revenir sur certains des termes de l'incitation, appuyer sur des consignes. Mon assistant numérique va encore jouer un rôle. Ainsi, je peux simplement agrandir, surligner, mettre en gras, changer de couleur, de police ou souligner les mots importants. Je peux également sélectionner ces mots, créer un nouveau document, les faire défiler sur l'écran, afin que les élèves ne les perdent pas de vue. L'écran est de nouveau mon allié, car ces simples opérations de traitement de texte, en appui de quelques phrases, scandent le cours et accrochent les élèves.

Au moment de la verbalisation, là encore l'ordinateur nous assiste. Lorsque des mots, des notions sont dégagés, ils sont saisis au fur et à mesure sur le clavier de mon ordinateur et donc affichés. Le plus souvent, c'est un élève qui est opérateur. La définition peut alors très rapidement prendre place sur l'écran (en général, ces définitions sont prévues, donc il me suffit d'afficher ce que j'avais préparé). Une véritable interactivité peut alors s'instaurer, par le biais de simples « clics », entre le temps de la verbalisation et l'écrit. Ce dernier devient alors lui aussi vivant. L'écran est lieu de passation, d'échange, un espace de transition qui permet d'introduire de nouvelles notions et offre à l'élève l'occasion de s'approprier des mots, des interrogations plastiques.

Une fois cette verbalisation effectuée, vient la présentation des références. En général, je prévois de nombreuses reproductions d'œuvres et je vais choisir de montrer aux élèves les plus pertinentes, en fonction des réponses qu'ils ont eux-même proposées. Nous sommes encore plongés dans le noir et la focalisation sur l'écran a de nouveau lieu. Dans la mesure où ces reproductions sont contenues dans un même dossier et que je ne les sélectionne qu'au dernier moment, les élèves peuvent voir sur l'écran toutes celles que j'avais au préalable choisies. Il m'est alors fréquemment arrivé de les entendre « réclamer » d'en voir plus que ce que je souhaitais. « Celle-là madame ! On voudrait la voir ! ». Ainsi, grâce à ce fonctionnement, leur curiosité est convoquée et, d'eux-mêmes, ils vont opérer des choix. Ils se mettent une fois de plus en position d'acteur, s'appropriant le cours.

S'il est parfois arrivé que la verbalisation doive se faire lors de la séance suivante, les prises de vue numériques permettent d'appuyer et de relancer le travail. Il est également arrivé que je filme les élèves en train de travailler, leur demandant d'expliquer ce qu'ils étaient en train de faire, comment, pourquoi. Ces petits films peuvent alors être projetés. Une fois, un élève qui avait terminé son travail bien en avance, a été chargé de réaliser ces courts filmages. Cette opération m'a permis de l'évaluer sur d'autres critères et de le rendre à son tour acteur du cours, pour une part habituellement réservée à l'enseignant. Cet élève étant généralement en difficulté, il s'est senti valorisé et a su réinvestir ce qu'il avait acquis ce jour-là et le mettre à profit lors des cours suivants.

 

Une fois la séquence achevée

 

Outre les dossiers préparés en amont (fiche de cours, références, vocabulaire, définitions, notions), je transmets à chaque élève via le serveur interne de l'établissement, la reproduction de son travail, ainsi que sa fiche d'évaluation, mentionnant les compétences travaillées et celles acquises. Les élèves peuvent ainsi « récupérer » ces fichiers sur leurs sessions. Après avoir demandé à chacun son accord, je transmets également, de manière à illustrer de façon plus pertinente les notions dégagées, les travaux des élèves de la classe qui ont été observés au cours de la verbalisation (ce qui est vu en vrai, expérimenté et proposé par un alter ego reste souvent plus marquant que les œuvres d'artistes uniquement vues en reproductions). Ainsi chaque élève possède, dans sa mémoire numérique personnelle, une trace du cours, qui se rapproche au plus près de ce qu'il a vécu durant la séance. Ce procédé ne peut que faciliter la tâche de ces habitués de l'image et de l'écran. Ceux qui bénéficient d'une mémoire visuelle sont également avantagés.

Au delà de la simplification, procéder de la sorte, me permet de m'assurer que les élèves prennent conscience de l'intérêt, des avantages de l'informatique. Plus qu'un simple outil, c'est un véritable fonctionnement de l'esprit qui leur est soumis. Ce sont les rouages d'un nouveau mode d'acquisition, de fixation et de transmission des savoirs qui leur sont proposés. Ils comprennent alors simplement que l'informatique n'est pas qu'un jeu, mais bien un mode de travail nouveau qui s'offre à eux et qu'ils doivent apprivoiser.

 

De la vérification des acquis

 

Il est évident que ces dossiers déposés pourraient rester éternellement dans des sessions et ne jamais être ouverts. Il va de soi que je me dois de procéder à une vérification des acquis. Une évaluation sommative trimestrielle est alors mise en place. Une évaluation qui elle aussi se fera numériquement. Simple questionnaire au premier trimestre, cette évaluation est devenue ludique au second trimestre. Afin de donner tout son poids à cet outil numérique et de jouer avec ce que mes « digital natives » d'élèves connaissent le mieux, je leur ai proposé rapidement de remettre de l'ordre dans les dossiers que je leur avais envoyés. « Madame la professeure d'Arts Plastiques ne s'est pas emmêlé les pinceaux, elle s'est emmêlé les fichiers et tous ses dossiers se sont éparpillés ! A vous de ranger chaque image, chaque mot de vocabulaire dans le bon dossier ». Je leur ai donc envoyé les 4 dernières séquences de travail en vrac (après les leur avoir envoyées « comme il faut », quand il le fallait) et ils devaient reconstituer les dossiers. Ce système m'a permis non seulement d'évaluer leurs connaissances en Arts Plastiques, mais aussi de leur faire prendre conscience de l'intérêt d'une bonne manipulation des fichiers informatiques. Ils ont ainsi une fois de plus montré qu'utiliser l'informatique au collège pouvait dépasser la simple validation d'item du B2i.

 

Du bon usage d'Internet

 

Même si Internet est leur quotidien, il va sans dire que la grande majorité des élèves n'en connaissent pas les règles. Ils connaissent les rouages de MSN, les trucs pour évoluer dans World of Warcraft©[24], comment déposer un commentaire sur un blog, mais utiliser intelligemment un moteur de recherche, être pertinent dans ses requêtes, croiser ses sources, respecter le droit et la propriété morale et privée d'un document, sont des procédures qu'ils ignorent. En tant qu'enseignante, je me dois de leur fournir les clés nécessaires au bon usage de cet outil, afin de les amener au plus près de cette « culture numérique lettrée ». Il s'agit alors de les sensibiliser au droit d'auteur, ne leur permettre d'utiliser des images que si elles sont libres de droits, leur faire comprendre tout simplement que même si l'on peut tout voir et tout trouver sur le net, on ne peut pas tout prendre ! Mais également, en matière de recherche, leur expliquer entre autres le fonctionnement de Wikipédia, ne surtout pas leur interdire de s'y référer, mais les avertir. Et comme l'expérimentation reste encore le meilleur moyen d'acquérir un savoir, il m'a suffit de trouver un artiste pour lequel les informations divergeaient entre Wikipédia et le site officiel d'un musée, de leur donner ses deux sites à visiter ainsi qu'une série de questions[25]. Ils ont alors pu, d'eux-même, constater cette divergence et nous avons pu parler des limites d'une encyclopédie comme Wikipédia et de l'intérêt d'une recherche sur plusieurs sources. Une telle pratique les a amenés à dépasser le stade du simple copier-coller auquel ils ont tant recours. Un « Webquest », recherche orientée sur le net, leur permet non plus seulement de lire rapidement (habitude tant rencontrée de "reading without literacy"[26]), mais bien de lire en profondeur les pages du Net, d'adopter une vraie posture de lecteur, telle que l'école se doit de la solliciter et la favoriser.

Il s'est également agi de leur faire comprendre le fonctionnement d'un moteur de recherche comme Google, ainsi que ces travers. Le plus lu, le plus visité, celui qui apparaît en première position n'est pas forcément le plus intéressant, le plus pertinent. Sélectionner, choisir, cela s'apprend.

 

De la pratique des élèves assistée par ordinateur

 

« Au fur et à mesure que la multiplication de nos technologies créait quantité de nouveaux milieux, les hommes se sont rendu compte que les arts sont des « contre-milieux », des antidotes qui nous donnent les moyens de  percevoir le milieu lui-même [...]L’art vu comme contre-milieu ou antidote au milieu devient plus que jamais un moyen de former la perception et le jugement.»

Marshall McLuhan[27]

 

Pour répondre à une proposition intitulée « ça bouge »[28], quelques élèves de 4ème se sont précipités sur Google image, espérant trouver une image qui bouge et tentant de la faire passer comme fruit de leur travail ! Une occasion de leur rappeler que prendre le travail d'un autre, même s'il est en libre accès, aisément copiable et téléchargeable, n'est en rien une posture attendue par l'école ou la société, qu'il ne s'agit ni plus ni moins que d'un « vol ». Outre ce point, cette attitude m'a alors permis de recentrer les attentes d'un travail sur informatique : s'approprier et maîtriser un outil, afin de dépasser la simple opération technique ! Le simple usage d'un effet ne peut être suffisant, il faut là aussi faire quelques efforts. Ces rappels ne furent que de courte durée et la majorité des élèves a su comprendre les attentes, apprenant que leur intérêt était dans la production personnelle, dans la recherche et l'appropriation de cet outil, au même titre que peuvent l'être crayons, pinceaux, colle et tous les matériaux traditionnellement usités en Arts Plastiques. « La maîtrise des outils numériques ne doit pas être une fin en soi » précisent les programmes, ainsi il a fallu dépasser le stade de l'apprentissage, de la navigation dans un logiciel. C'est aussi une des raisons qui m'ont amenées, dans un premier temps à ne pas « forcer » l'usage collectif des TICE, mais bien de leur laisser un espace de liberté, une autonomie, de leur permettre d'opérer des choix.

Travailler avec la classe mobile a permis un nouvel apprentissage : le travail en groupe. Invités à produire un rendu numérique, les élèves ont dû œuvrer en binômes. Et très vite, d'eux mêmes, ils ont mis en place un système d'entraide, les plus aguerris répondant aux besoins des novices. C'est essentiellement aidés de leurs pairs que ces derniers ont atteint une maîtrise de ces nouveaux outils. Bien évidemment, je répondais à la majorité de leurs questions, mais la plupart du temps, les élèves connaissant les réponses (utilisation d'un logiciel, choix d'un logiciel) éprouvaient un plaisir certain à les indiquer aux autres. Une certaine solidarité est ainsi née, confortant ma vision « humaniste » et de partage, qu'offre le numérique. Certains logiciels ont des secrets pour moi, je ne les maîtrise pas tous et ne m'en cache pas devant les élèves. Ainsi, nous avons pu mutualiser nos connaissances, ce qui leur a permis comme à moi, d'apprendre un peu plus à chaque séance. Là réside une sorte de construction idéale d'un cours, où chacun a une pierre à apporter à l'édifice, tout en gardant sa place. L'enseignant reste enseignant, détenteur du savoir, mais sait aussi rester humble et ouvert aux connaissances des élèves. « La science, c'est ce que le père enseigne à son fils[...]La technologie, c'est ce que le fils enseigne à son père. »[29]. Sans faire de cet adage une constante de mon enseignement, j'ai pu constater que respecter les savoirs ou ignorances de chacun, les prendre pour tels, ne pouvait que favoriser échange et transmission. Composante du socle commun des compétences et de tout attitude civique, cette solidarité se trouve favorisée une fois de plus grâce à l'outil informatique.

Au delà de l'ordinateur et d'Internet, un nouvel écran est devenu omniprésent dans ma salle de classe. Ou plutôt plusieurs écrans. Lors d'une séquence de travail, j'ai dû faire face à un paramètre que je n'avais pas prévu et réagir rapidement. L'incitation impliquait une prise de vue, un enregistrement et un travail numérique. L'appareil photo que nous avons à disposition ne fonctionnait pas ce jour-là. Mais je n'avais pas vérifié avant que les élèves en soient à ce stade (deuxième phase du travail). Un élève m'a alors demandé s'il pouvait utiliser son téléphone portable pour la prise vue. Très vite, cette solution m'est apparue excellente et ainsi ils ont pu continuer à travailler. Mais un nouveau problème s'est posé. Comment transférer ces images sur les ordinateurs ? Ils n'avaient pas les câbles nécessaires pour mener rapidement à bien cette opération. Je leur ai alors proposé deux solutions : l'envoi par mms sur leur boîte mail pour ceux qui possédaient un abonnement  permettant cela (il n'était pas question de leur faire « payer » une telle opération), ou l'envoi par Bluetooth[30] de cette prise de vue, me permettant de récupérer ces images sur mon propre téléphone et de le transférer ensuite sur les ordinateurs (j'avais quant à moi,  le câble adéquat). Cet objet généralement interdit pour ses fonctions communicatives dans l'enceinte scolaire est alors devenu un outil courant du travail en Arts Plastiques, évitant de perdre un temps précieux à attendre que l'appareil photo de la classe soit disponible. Et je n'ai pas eu à constater le moindre écart ni la moindre utilisation prohibée du téléphone. Il arrive parfois que les élèves utilisent également leur lecteur mp3, afin d'ajouter une musique ou un son sur leur production. La fonction dictaphone a aussi été utilisée par plusieurs élèves.

Tous ces outils participent donc pleinement du cours d'Arts Plastiques et, après expérimentation, il apparaît que les élèves alors libres de s'en servir à bon escient, ne dépassent que très rarement l'usage qui leur est demandé d'en faire (je suis très vigilante et n'ai sanctionné qu'un seul élève tentant de copier la musique d'un camarade durant le cours).

Mais un problème est apparu avec une classe de 4ème. Ils font preuve de beaucoup d'enthousiasme, parfois trop ! Et ils en oublient souvent l'essentiel... Ainsi, réaliser des prises de vue, proposer des réponses numériques a beaucoup stimulé leurs recherches et leurs productions n'en sont que très riches. Mais la plupart du temps, ils « oublient » de transmettre le fichier. Ils ont une forte tendance à rester dans l'instantanéité, le volatile, le fugace. Lorsqu'ils travaillent sur Windows Movie Maker, ils ne finalisent pas le projet, ne me rendant dans leur session qu'un fichier dont l'extension est absente (et ce n'est pas faute de le leur avoir rappelé). Ils « oublient » d'envoyer les photographies et cela ne semble pas les gêner. Ils ont fait, expérimenté, réalisé et cela leur paraît suffisant. Ce fut un travail de longue haleine que de leur faire prendre conscience du bien fondé de la trace... Je leur ai tout d'abord donné des délais supplémentaires pour le déposer terminé dans leur session, puis je leur ai donné également la possibilité d'un envoi par courriel sur ma boîte personnelle. Si le temps du cours n'est pas suffisant pour transmettre leur travail, ils savent qu'ils peuvent me le faire parvenir pour la séance suivante. Mais quelques irréductibles subsistent. Ils ne parviennent pas à prendre en considération l'importance d'une fixation, d'une mémoire, trop accoutumés qu'ils sont à la volatilité numérique et virtuelle. Ce point reste un écueil majeur, une tendance trop présente chez certains. Cette attitude n'est pas propre au cours d'Arts Plastiques : ces élèves sont en échec dans la plupart des autres matières, ne rendent pas les devoirs, ne se donnent que très rarement la peine d'apprendre leurs leçons, voire de les copier. Voir les travaux des autres disponibles, consultables, les a tout de même fait se remettre en question. Pas de manière régulière certes, ces dispositifs ne sont pas magiques. Mais le côté ludique des évaluations sommatives ou la fierté d'avoir réalisé un film semble parfois davantage les motiver. Et, petit à petit, les « digital natives » « accros » au furtif parviennent à comprendre que le numérique en classe ne veut pas dire : « on fait puis on n'en fait plus rien. » Si on veut évoluer dans un jeu de console, atteindre de nouveaux mondes, il est nécessaire non seulement d'avancer de faire et de gagner, mais aussi de sauvegarder ! Ce parallèle que je leur ai soumis a eu l'air de les faire réagir ! En passer par le ludique, mais pas au détriment de l'apprentissage, bien au contraire[31].

 

D'une mémoire à l'autre : la transmission numérique a engendré la non volatilité

 

Le déracinement qui est lié à la nouvelle technologie peut-il nous promettre une émancipation ?

Jean-François Lyotard[32]

 

Au sortir d'une heure de classe, d'un trimestre, d'une année et de sa scolarité toute entière, l'élève se doit de s'enrichir. Le travail qu'il fournit en étant scolarisé mérite salaire, comme tout autre travail. Ce salaire ne se compte pas dans une monnaie, mais bien en connaissances, en acquisition de paliers ou de compétences, lui permettant d'accéder à sa liberté. Liberté d'individu, capable de raisonner, de prendre du recul, de ne pas vivre dans la soumission et la passivité. Ce que je souhaitais transmettre, outre les principes et problématiques fondamentalement liés aux Arts Plastiques, résidait dans cette capacité à apprivoiser l'informatique, à naviguer librement sur la Toile, à prendre Internet pour un outil et non pas comme une source de vérité ou un nouvel objet à consommer. Prendre en compte les cerveaux des futurs citoyens de demain me semble essentiel pour un enseignant, chargé d'une mission aussi lourde et importante que de mener des êtres à devenir des individus « majeurs » à part entière.

Les nouvelles technologies dans l'Education est un sujet récurrent depuis les années 80. Mais la plupart du temps les textes se limitent à un exposé du déploiement de matériel ou à un étalage des acquisitions et investissements toujours plus impressionnant[33]. Les débats et discordes vont bon train, que ce soit en salle des professeurs ou parmi les penseurs ou acteurs de notre société.

Une famille française de 4 personnes possèderait en moyenne 10 écrans[34] ! Faut-il ignorer cet état de fait ? Doit-on considérer que l'école est au-delà de cette mode, que le vrai savoir est toujours contenu uniquement dans les livres ? Ne paraît-il pas davantage judicieux d'opérer avec les moyens que ces « poisons » que sont les « psychotechniques » nous mettent à disposition ? « Les podcasts peuvent-ils remplacer les professeurs ? [35]» « Court-on à une déshumanisation complète de l'apprentissage, voire des relations ? ». Y aura-t-il réellement perte, minimisation des apprentissages ? Il est évident que la machine ne remplacera pas l'homme... «L’émergence des TIC dans la formation est une chance pour réinvestir le domaine de la pédagogie ! [...]Il accentue, au contraire, le besoin en lien pédagogique », « Le numérique ne crée pas le savoir, mais améliore ses conditions d’acquisition ». J'ai ainsi pu expérimenter et vérifier ces assertions de Albert-Claude Benhamou[36].

La majorité des enseignants reste néanmoins effrayée devant ces quantités d'écrans qui déferlent dans les classes et les maisons. L'effroi me semble-t-il, après avoir parlé avec de nombreux collègues et lu quelques articles, semblerait davantage provenir d'une méconnaissance de l'outil[37] et d'un rejet de la part de certains, de ce qu'ils réduisent à un nouvel instrument de consommation, de manipulation des esprits[38]. Mais faut-il en arriver à rejeter dans son intégralité ce nouvel univers ? La génération à laquelle j'appartiens se doit de réaliser ce lien entre la traditionnelle école du tableau noir et des livres et l'école numérique du futur : trouver les outils et les moyens pour ne faire disparaître ni occulter l'un ou l'autre.

La place de l'écrit, bien qu'il n'y ait plus de cahier, est parfaitement conservée et même encouragée. J'ai juste voulu jouer sur la forme et  tous les possibles qu'elle pouvait engendrer : tenter l'expérience d'une méthode pédagogique. Et le résultat de cette expérimentation ne fait que confirmer mes attentes : les élèves que j'ai engagés dans ce processus ont beaucoup appris de l'outil informatique, y ont pris certaines habitudes. Concernant la discipline propre que j'enseigne, ils ont également pu recevoir et conserver en mémoire ce qu'ils ont appris au fil des semaines. L'informatique a quelque peu concouru à tisser des liens entre les semaines et à ainsi retarder les effets néfastes de la durée.

Si je me suis cette année limitée à des échanges dans un Intranet, forte de cette expérience, l'ouverture sur l'Internet me paraît envisageable[39] : réalisation de blog, de site dédié à une classe ou au collège[40]. Ce sont autant de possibilités d'écriture et de production propres aux Arts Plastiques, auxquelles les élèves seraient invités à participer : des pages qu'ils pourraient enrichir, laissant l'enseignant dans sa posture d'indicateur, d'évaluateur et de détenteur de la source du savoir, aux côtés des outils livresques ou numériques.

La classe deviendra élément à part entière du réseau[41] qui s'apparente tant à la structure rhizomatique idéale décrite par Deleuze et Guattari[42] et non pas déracinée[43]. Elle pourra se donner les moyens de participer pleinement à l'émancipation des êtres qui la composent.

 

 

 


[1] Thierry Breton, La Dimension invisible, éditions Odile Jacob, nouvelle édition, Paris, 1994

[2] L'Abécédaire de Gilles Deleuze, « P comme Professeur », téléfilm français produit et réalisé par Pierre-André Boutang et tourné en 1988. Sa première diffusion eut lieu sur Arte en 1996, dans l'émission de Pierre-André Boutang, Metropolis. Consultable en ligne :  http://video.google.fr/videoplay?docid=438091653681675611 et http://video.google.fr/videoplay?docid=-9009902138061209670&hl=fr

[3] Opération « un collégien un ordinateur », menée par le Conseil Général des Bouches du Rhône  http://www.ordina13.com/1024/index.php

[4] Progammes d'Arts Plastiques, cycle central

[5] Citée par Florence de Mèredieu, in Arts et nouvelles technologies, éd. Larousse, Paris, 2005

[8] Cf sitographie

[9] YouTube et Dailymotion sont des sites web d'hébergement de vidéos sur lesquels les utilisateurs peuvent envoyer, visualiser et se partager des séquences vidéos

[10] Espar, Espace partagé, plate-forme de travail collaboratif https://espar.aix-mrs.iufm.fr/espar/

[11] Laurie Anderson, citée par Florence de Mèredieu, in Arts et nouvelles technologies, op. Cit.

[12] L'Abécédaire de Gilles Deleuze, P comme Professeur, op.cit.

[13] L'Abécédaire de Gilles Deleuze, op. Cit.

[14] « La verbalisation qui est le terme usité pour cet acte de parole des élèves réunis face aux réalisations plastiques est un travail qui fait voir, voir différemment ce qui lui est soumis et qui par ce voir trouve la forme. Cet acte ne peut se concevoir qu’en prise avec ce qui a été fait plastiquement, il n’amoindrit pas ce visible il le promeut, il lui donne un sens. Il lui confère une autre destinée qui est celle de son installation dans le visible et par cette existence la possibilité d’être vu comme (si c’était) de l’art, car il n’y a pas d’art sans regard qui puisse le voir comme de l’art. » extrait de l'intervention de Gilbert PELISSIER, inspecteur général honoraire, lors du stage de formation continue intitulé « L’oral en Arts Plastiques » (IUFM de l’académie d’Aix-Marseille, le 26 mai 2004 ), à consulter sur le lien suivant http://www.aix-mrs.iufm.fr/formations/filieres/apl/didactique/final%20GP.pdf

[15]   Cf Intervention de Gilbert PELISSIER, op. Cit.

[16] Expression que l'on doit à Marc Prensky, spécialiste américain des nouvelles technologies appliquées à l'éducation. Le « digital native » est celui qui est né dans un monde où l'ordinateur et Internet règnent déjà et s'oppose au « digital migrant » qui est né dans un univers papier et doit s'adapter à ce nouvel univers du pixel et du digital. Site en ligne (mais en anglais) http://www.marcprensky.com/

[17] Mark Prensky, op. Cit.

[18] Paul Virilio,  interview à partir de l'exposition « Terre natale » qu'il a conçue avec Raymond Depardon Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Paris, du  21 novembre 2008 au 15 mars 2009 (http://fondation.cartier.com/?_lang=fr&small=0&i=16). Par Ariel Kyrou et Yvon Le Mignan, en ligne http://www.culturemobile.net/marche/visions-d-experts/terre-natale-virilio-05.html#top

[19] Paul Virilio, op.cit.

[20] Le mot " hypertexte ", apparu dans un essai de Ted Nelson en 1975, a été largement analysé et utilisé        par Gérard Genette dès 1982 dans Palimpsestes, ouvrage dans lequel il définit l'hypertexte de la manière suivante, p. 16 : " J'appelle hypertexte tout texte dérivé d'un texte antérieur par transformation ou par imitation "

[21] Bernard Stiegler, Prendre soin de la jeunesse... op.cit.

[22] Programmes du collège, programme de l'enseignement des Arts Plastiques, in BO spécial n°6 du 28 août 2008

[23] Serveur IACA

[24] Jeu en ligne

[25] Marc Prensky, in Le Monde l'Education n°368, Paris, avril 2008

[26] Sorte d'illettrisme numérique, selon l'expression de chercheurs anglo-saxons

[27] Herbert Marshall McLuhan in deuxième édition de Pour comprendre les médias

Points Essais, Paris, 1997

[28] Voir annexes

[29] Michel Serres in Le Monde, édition du 19 juin 2001

[30] technologie radio courte distance destinée à simplifier les connexions entre les appareils électroniques

[31] Voir les travaux de Marc Prensky, disponibles sur son site, op.cit.

[32] Jean-François Lyotard, in La Condition postmoderne, Paris, éd. De Minuit, 1979

[33] Voir l'article « Ecole Numérique, la Révolution tranquille », in Le Monde du 16 avril 2009

[34] Emmanuelle Anizon et Hélène Marzolf, enquête « La vie numérique », in Télérama n°3074, 10 décembre 2008

[36] Médecin et professeur de chirurgie vasculaire, président de l’UMVF (Université médicale virtuelle francophone), cet acteur convaincu de la pédagogie interactive prône et conçoit un enseignement numérique, à la fois virtuel et humain.  Chargé de mission auprès du Ministère de l’éducation nationale, il prépare ainsi l’organisation du CIUEN, rendez-vous international du numérique pour capitaliser les acquis et ouvrir de nouvelles perspectives

[37] Une note du rectorat, datée du 23 mars 2009 et transmise par la Principale de mon collège, indiquait que dans mon établissement, seuls 9 enseignants avaient validé des item du B2i

[38] Voir, entre autres textes, le Manifeste d'Ars Industrialis ( http://www.arsindustrialis.org/le-manifeste)

 

[39] Il existe de très nombreux sites construits par des enseignants, pour la classe, mais rares sont ceux auxquels les élèves participent activement et réellement

[40] Voir l'interview de Marc Prensky « La pédagogie aux prises avec la Toile », in Le Monde l'Education n°368, op.cit.

[41] Cf l'article de Maryline Baumard, p.30-33, sur un projet pédagogique international impliquant un dispositif numérique (projet financé par Microsoft !), in Le Monde de l'Education n°368, op.cit

[42] Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, éd. De Minuit, Paris, 1994

[43] Cf Buydens Mireille, « La Forme dévorée, pour une approche deleuzienne d'Internet », in L'Image: Deleuze, Foucault, Lyotard, Université Libre de Bruxelles, Institut de Philosophie et de Sciences Morales, éditions Vrin, Paris, 1997

Commentaires

Mémoire

Désolé je vais, avant de lire en détail cet article (dont le survol me donne envie de poursuivre plus avant) je vais évoquer votre titre.

Ce que je reproche le plus à (pour faire simple) la pensée moderne progressiste est de ne jamais faire le point sur ce qu'elle perd lorsqu'elle propose une innovation.

Ici vous opposez vive-à non volatile

le spécialiste en informatique pourrait vous dire que c'est précisément la même chose.

Je n'irai pas sur ce terrain et répondrait sur l'intention de titre.

Le gravé n'est pas "mieux" que le volatile
(les paroles volent - elles sont vivantes - les écrits restent ...en leur tombe d'éternité immobile qui rapidement, dès que les lèvres ne leur redonnent plus souffle, perdent plus que le sens, la vie)

Parce que l'enfant peut oublier il peut s'approprier

La tragédie de l'école est qu'elle possède des moyens de plus en plus efficaces pour faire ce qu'elle croit être son travail, alors même que c'est dans les zones de flous, dans les lieux que les disciplines ne parviennent pas à cristaliser , que se fait l'être vrai.

Alors faut-il souhaiter votre paradoxale mémoire vive ?

Sans y répondre - je préfère entendre avant la pensée de l'autre -  je pense que la question mérite au moins d'être posée.

Déracinement salutaire ?

La citation que vous donnez

"Le déracinement qui est lié à la nouvelle technologie peut-il nous promettre une émancipation ?"

est dans la droite ligne du désir  de puissance qui caractérise le courant dominant (actuel) de notre civilisation 

il me fait immédiatement penser à ce que disait Goethe d'un désir de puissance possible de l'oiseau

Lequel à la place de JFL aurait écrit
"Si l'air disparaissait sous mon aile, peut-être mon vol pourrait-il alors s'émanciper ?"

Je trouve votre expérience

Je trouve votre expérience passionnante. Votre travail semble exigeant et précis.

Cercle vicieux

Je viens de prendre connaissance de votre article, et ma réponse sera sans doute trop tardive pour provoquer la discussion. Je vous la livre à tout hasard.

Votre expérience est intéressante mais son caractère systématique me semble soulever de nombreuses questions:

1) On voit à vous lire que le numérique (les écrans, internet, l'environnement numérique de travail) vous aide avant tout à "capter l'attention" des élèves, mieux que ne le ferait votre parole seule, ou des consignes écrites sur du papier, ou encore des images photocopiées ou affichées. Plus généralement, on comprend que dans vos cours vous utilisez parfaitement tous les ressorts du spectacle visuel (jeux sur l'obscurité, surlignage sur écran, etc.) pour mobiliser votre classe. A priori, il n'y a là que du positif et du nécessaire. Cependant je me demande si ce que l'on gagne à court terme (davantage d'attention) ne s'accompagne pas d'une plus forte perte à long terme (incapacité de plus en plus forte des élèves à se concentrer sur de l'écrit seul, incapacité à lire, à attendre, à s'intéresser à quelque chose qui ne serait pas spectaculaire, visuellement séduisant). Vous citez beaucoup Deleuze. L'avez-vous déjà vu faire cours, seul au milieu des étudiants qui l'écoutent (et discutent avec lui), sans le moindre outil de communication autre que sa parole? Pensez-vous qu'éduqués à longueur de journées et d'années sur ce mode spectaculaire, si ce genre de dispositif venait à se généraliser, les élèves, une fois l'âge requis, pourraient suivre un cours de Deleuze? Seraient-ils même capables de regarder attentivement une partie de l'Abécédaire sans avoir envie de zapper? Je ne parle pas de lire un de ses articles ou de ses livres... N'est-ce pas à l'école d'offrir progressivement aux élèves les conditions d'accès à ce genre de savoir ? Ne se condamne-t-elle pas à échouer si elle renonce dès l'adolescence ?

2) Ce qui pose la question de la place relatives du numérique et du non numérique à l'école, et en filigrane celle de la place de la lecture ou de l'écoute longue et attentive, sans hypertexte. J'ai souvent entendu que le numérique n'a pas pour vocation de se substituer à la lecture longue et à des formes plus « traditionnelles » d'accès au savoir, mais qu'il vient seulement les compléter, voire servir d'étrier pour accéder à la culture légitime. S'il s'agit de "compléter", je n'y vois pas d'inconvénient, et il me semble incontestablement faire partie des missions de l'école d'apprendre aux élèves à utiliser le numérique. Toutefois il me semble - et votre expérience me confirme dans mes craintes - que le numérique à l'école a beaucoup plus d'ambition, et ait en réalité pour vocation de remplacer les autres formes de transmission. N'y a-t-il pas d'ailleurs quelque chose de la prophétie auto-réalisatrice, et du cercle vicieux, dans la manière dont il s'introduit dans nos pratiques : les élèves sont de moins en moins attentifs et intéressés. On multiplie donc les effets et les écrans pour capter leur attention. Du coup ils sont de moins en moins enclins à suivre des cours « traditionnels », qui demandent plus d'efforts. On en déduit alors que ces méthodes, dites traditionnelles, ne sont plus adaptées et qu'il faut faire une place plus grande aux écrans et au numérique, qui se révèlent dès lors plus « efficaces », etc. On notera cependant qu'assez vite (c'est déjà le cas), les élèves se lassent des nouveaux outils et des nouvelles situations. Il faut encore varier leur usage pour les maintenir en haleine, etc. etc. ce qui a au moins pour mérite (aux yeux de pas mal de gens) de maintenir les enseignants, toujours soupçonnés d'être un peu feignants, « sur le grill ».

3) Je me demande aussi quels élèves auront encore accès à cette culture humaniste classique, à ce savoir livresque si décrié, fondé sur la concentration, le silence et sur la lecture continue. Assurément pas ceux des classes populaires, qui passent déjà une bonne partie de la journée devant leurs écrans. Ceux des classes moyennes peut-être, à qui on aura lu quelques histoires. Ceux des élites (culturelles) sans aucun doute, qui disposeront de ces trésors à la maison. Or si l'école peut apporter quelque chose aux premiers, n'est-ce pas justement un autre rapport au monde que le rapport « médié » par l'écran, que ce rapport numérique qui envahit la vie quotidienne? Où, ailleurs qu'à l'école, pourraient-ils apprendre ce type autre (devenu complètement exotique) de rapport au savoir ? Nulle part. Et en réalité je vois déjà se profiler une école à double vitesse (inchangée de ce point de vue, et même sans doute plus inégalitaire) : d'un côté des établissements pour classes moyennes ou supérieures, dans lesquels place est faite au numérique, bien entendu, mais de manière limitée, maîtrisée, en appoint de cours traditionnels voire magistraux, qui seuls permettront aux élèves d'acquérir une véritable culture en un minimum de temps, leur ouvrant les portes des universités et des grandes écoles ; de l'autre une école des pauvres, paradoxalement très riche en dispositifs numériques de toutes sortes, foisonnante de projets et d'innovation, obsédée par l'idée de d'intéresser ceux qu'on nomme pudiquement les « nouveaux publics » par tous les moyens, renonçant à transmettre une culture classique, décrétée inégalitaire et inutile (tant mieux pour les autres, il y aura moins de concurrence aux concours d'entrée). Cette tendance s'observe déjà aux États-Unis, où les classes intellectuelles supérieures (notamment des ingénieurs) mettent leurs enfants dans des établissements sans outils numériques, bien conscient que dans le primaire ou le secondaire, l'usage immodéré qui en est de plus en plus fait nuit aux apprentissages ; bien conscients aussi que leurs enfants maîtriseront de toute manière les outils du futur, qu'ils s'approprieront en dehors de l'école, cette dernière ne pouvant à cet égard qu'avoir plusieurs trains de retard sur les évolutions technologiques (souvenez-vous de vos initiations informatiques sur les TO7, si vous êtes de la même génération que moi).

4) Derrière tout cela, il y a aussi dans mon esprit l'idée qu'on ne lit pas, qu'on n'apprend pas et qu'on ne voit pas tout à fait le monde de la même manière à travers le numérique et à travers le livre (ou l'écoute du discours d'une personne en chair et en os). Vous semblez écarter d'un revers de main cette distinction, préférant croire qu'il s'agit finalement d'un même enrichissement, transmis autrement. Je n'en crois rien, et je vous renvoie à ce sujet au livre de Nicholas Carr, The Shallows, pour de plus amples arguments (notamment la mobilisation de nombreuses études qui démontrent qu'on apprend moins bien avec hypertexte que sans). La démonstration est plus consistante que celle de Virilio.

Ne voyez pas dans mes interrogations des attaques contre votre expérience, ni contre le numérique en soi. Je suis prof comme vous (mais de français) en ZEP et j'utilise très souvent l'informatique, les écrans et internet, pour mon usage personnel et pour mes cours. Comme vous je vois bien que ce sont des outils utiles pour capter leur attention et les motiver. Pour autant je m'aperçois qu'ils n'apprennent pas mieux, voire moins bien, que les élèves que j'avais il y a quinze ans, et qui n'avaient aucun de ces outils. Ils sont moins autonomes, plus vite perdus dans le dédale d'informations. Leur niveau en français est devenu extrêmement faible, les rendant incapables de lire un article de journal en continue en troisième, sans parler d'un discours argumenté construit (ce qui pose quelques soucis démocratiques pour le futur). Ce qui était possible, avec les mêmes types d'élèves, ne l'est plus. C'est un fait que je vérifie chaque jour. Je vois aussi que revenir à des pratiques plus traditionnelles devient de plus en plus difficile (pression des élèves, mais aussi des inspecteurs, de l'administration, des parents).
En fait j'ai l'impression que l'éducation nationale s'est lancée dans une course sans fin à la captation de l'attention d'enfants de plus en plus déconcentrés. Depuis cinquante ans, au texte seul on a ajouté les images, puis les vidéos, et maintenant internet. On multiplie les activités, les travaux de groupes, les projets, les sorties, les interventions, les dispositifs de différenciation pour raccrocher les plus faibles et tromper l'ennui qu'on sent (ou craint de voir) poindre au bout de quelques minutes ou quelques heures chez la majorité des élèves. Pour habiller cette course à la séduction, on pare les élèves et les profs de nouvelles qualités (ou compétences): les premiers sont des digital natives étonnants de créativité et de dynamisme, les seconds sont plus que de simples profs : de véritables animateurs de leurs projets pédagogiques, innovants, branchés sur les nouveaux enjeux de la société moderne.

Qu'il me soit permis de douter que ce que nous avons gagné l'emporte sur ce que nous perdons.

Cette course est-elle vraiment le bon choix? Est-ce vraiment le mieux que l'on puisse apporter à nos élèves?

Je comprends votre fierté légitime et votre enthousiasme (mesuré, tempéré) pour votre dispositif, qui vous a sans doute demandé beaucoup de travail et vous a sans doute permis d'intéresser vos élèves à vos cours, mais je me demande vraiment s'il doit être généralisé et servir d'exemple.

Bien cordialement.

Philippe Sarraut