petit plaidoyer pour l'histoire des sciences

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Barbara Ehrmann - Bild

Je ne me parviens pas à m'y faire : chaque année, je suis surpris par l'inculture scientifique des élèves de Terminale S, tant conceptuelle qu'historique.

Interrogés, aucun d'entre eux ne sait par exemple définir le concept de point mathématique, ni expliquer la différence entre les chiffres et les nombres, ni formuler clairement le principe d'inertie, ni n'a idée de ce que l'on appelle la "révolution copernicienne", la plupart confondent les figures dessinées au tableau avec les notions géométriques, peu d'entre eux parviennent à situer Darwin, etc.

Il y a là à la fois un manque de connaissances élémentaires, un défaut quasi-total de vision historique, les signes d'un rapport extrêmement naïf à la démarche scientifique, et plus généralement un grand déficit de sens.

Et je me dis qu'en tout cas, et pour commencer, il serait sans doute fécond d'introduire davantage de perspectives historiques à l'intérieur des cours de sciences, si ce n'est des programmes eux-mêmes, afin que l'ensemble des connaissances qui y sont enseignées fassent davantage sens  et unité dans l'esprit des élèves.

J'aimerais beaucoup lancer ici un début de discussion informelle sur ces questions, notamment avec les profs et les élèves de sciences qui "souffrent" aussi de ces "symptômes" : n'hésitez pas à réagir !

 

Addendum (13/7/08)

Pour prolonger ces réflexions, je vous invite à lire déjà les deux articles publiés depuis sur ce sujet sur le site de skhole.fr :

- "une science sans histoire ?" par Nicolas Witkowski

- "L'intérêt de l'histoire des sciences dans l'enseignement" par Francis Beaubois

Commentaires

Etant moi-même élève de

Etant moi-même élève de terminale S, je suis tout à fait d'accord avec vous. Nos lacunes en matière d'histoire des sciences et autres sont trop importantes et je le déplore...Tout d'abord, je tiens à dire que la philosophie a réveiller mon esprit scientifique tout comme mon esprit critique, car celle-ci s'avère "toucher" à tous les thèmes. Cependant, il est assez étonnant d'attendre la terminale pour enfin posséder des bribes de savoir, une culture et non pas seulement une illusion de savoir. Ainsi, je soutiendrai que la philosophie devrai être enseignée plus tôt, car une seule année ne suffit pas malheureusement, ou alors que les matières que nous apprenons depuis des années soient beaucoup plus développées en vue de nous apporter de véritables connaissances.

Je suis ravi d'avoir enfin trouver un site ou l'on peut s'exprimer librement. Merci à vous. N.L

et si on arretait pour

et si on arretait pour commencer, de donner le BAC avec 8 de moyenne toute l'année, peut etre reviendrait on vers quelques connaissances et cultures approfondies. C'est pas pour demain apparemment..... pas dans les programmes de faire des élèves des humanistes...... dommage, je suis d'accord.
Pat

En tant que prof de

En tant que prof de biologie-géologie, je pense qu'un travail en commun philo et sciences serait très fructueux. Parfois, j'ai l'impression que les profs de philo que je rencontre dans mon lycée n'ont pas non plus beaucoup de formation scientifique hélas !
Sur la première page de mon site cette semaine
Lenjeu du véritable enseignement scientifique (Henri Bassis)

« Quon ne sy trompe pas ! Lenjeu du véritable enseignement scientifique nest pas tant lacquisition dun certain nombre dinformations, ni même des concepts élaborés, que, à travers la médiation de ces informa­tions et de ces concepts, la formation philosophique, à savoir que souvent les apparences ne sont que tromperie, et mes opinions un provisoire très fragile, la formation daction à me questionner et questionner le monde, à chercher, à vouloir chercher plus profond que ces apparences et ces opi­nions.»

Henri Bassis, dans reconstruire ses savoirs, éditions Messidor.

 Merci pour votre commentaire

 Merci pour votre commentaire et bravo pour votre site !

Je suis tout à fait d'accord avec vous pour reconnaître et déplorer le manque de connaissances de la plupart des professeurs de philosophie en matière de sciences : cela tient largement à leur formation universitaire, qui fait peu de place - sauf en option ... - aux notions d'épistémologie ou de logique.

Et ne parlons pas des recherches scientifiques les plus contemporaines...

Comment verriez-vous plus précisément ce "travail en commun" dont vous parlez ?

JG

Bonjour, Tout d'abord,

Bonjour,

Tout d'abord, excellente initiative que ce site. Il y a tellement à dire sur l'école et l'éducation en générale.

En ce qui concerne plus particulièrement l'enseignement des sciences, voilà ce que je peux en dire, étant professeur de physique en lycée et "adepte" de l'histoire des sciences. Si l'on veut que les élèves puissent s'approprier durablement les notions de bases, ou encore qu'ils entrevoient ce que l'on nomme la "méthode scientique", il faut aller au-delà du cours standard tel qu'il est prodigué en classe. Et je pense que cela passe par un travail sur l'aspect historique de ces notions et également un travail en collaboration avec d'autres matières, comme l'histoire ou la philosophie (en terminale).

Si on lui demande, un élève de terminale pense qu'il n'y a aucun lien entre philosophie et science. Le comble ! De même qu'il n'a aucune culture scientifique digne de ce nom une fois son BAC en poche. Mais peut-on en vouloir à ces élèves quand les professeurs eux-mêmes n'ont aucune notion d'épistémologie ni d'histoire des sciences. De fait, il faudrait briser ce cercle vicieux et commencer à donner un enseignement de ces matières à l'IUFM, ou dans le futur MASTER que le ministère souhaiterait lui substituer. De fait, le problème pour enseigner les sciences différemment, c'est-à-dire, tout en conservant le côté expérimentale, incorporer une bonne dose d'histoire des sciences, c'est la capacité du professeur à le faire. Et à mon avis, cela ne s'improvise pas.

Francis Beaubois