La neutralité axiologique dans les sciences sociales, une simple idéologie ?, par Jean Lawruszenko

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Écran. Photocopie réalisée par Élisabeth Kurtaj (7 ans), Louise Turpin (8 ans) et Clara Vasseur (8 ans), à partir de trois dessins : écran plat d'Héloïse Ferrand (8 ans), ordinateur de Manu Tétier (8 ans) et machine à barbe à papa de Clara Vasseur © L'Arachnéen / RADO

 

Nous nous contenterons donc d’exposer les principaux éléments de ce que fut « La querelle allemande des sciences sociales »[1] qui opposa en son temps Adorno à Popper. A travers ces querelles se révèle l’opposition frontale entre deux conceptions de la science : celle qui affirme qu’on peut tenir une position purement scientifique (Popper) et celle qui dévoile (la Théorie Critique) comment cette conception n’est qu’une autre façon de sombrer dans l’idéologie bourgeoise et de la reproduire dans le champ scientifique. A l’occasion de cette querelle Adorno approfondit les idées qu’il avait développées en collaboration avec Horkheimer. Il passe au crible de la critique tous les présupposés qui voudraient nous faire croire que la science et le chercheur sont dans une position de pure extériorité, détachés de toutes déterminations et libres de toutes fins.

Il nous faut donc pour bien comprendre les fondements de cette critique exposer brièvement comment les deux auteurs de la Théorie Critique démontent les mécanismes de ce qu’ils nomment la ruse de la raison. De quelle façon celle-ci peut-elle se transformer en moyen d’oppression ? Popper tout comme Weber sont donc les chantres d’une nouvelle figure de raison, la raison subjective ou instrumentale, qui, parce qu’elle fait du principe de la neutralité axiologique son principal fondement, peut s’insérer « aussi bien dans le meilleur des mondes que dans n’importe quelle idéologie préfabriquée »[2]. Ce sont ces critiques radicales que semblent oublier ceux qui affirment, aujourd’hui encore, que la neutralité axiologique est au fondement de toute véritable démarche scientifique[3]. A les en croire, faire fi de ce principe, mènerait directement à un relativisme qui nuirait aussi bien à la production du savoir qu’à l’intérêt des dominés. Or une lecture attentive des écrits d’Adorno et de Horkheimer montre au contraire que prétendre à la neutralité axiologique ne fait que conforter la domination des puissants du moment. Il nous faut donc reprendre ce débat dans le détail et montrer en conclusion comment cette prétention influe directement sur la nature et la conception de l’enseignement des sciences sociales au lycée. 

Du Mythe à la Raison

Avant le déploiement de la Raison expliquent Adorno et Horkheimer, il y a le mythe. Ce dernier est un discours voire une explication des phénomènes naturels et sociaux inconnus qui effraient les hommes. Dans les mythes, les forces de la nature sont personnifiées par des divinités ou des héros dont les actions revêtent un sens symbolique. Il édifie ainsi une première rationalisation du monde vécu et sa fonction est d’établir une communication entre les forces naturelles et l’homme afin de les domestiquer. Cette rationalisation ne signifie pas que l’explication donnée est vraie : car une des caractéristiques du mythe est sa plasticité. Il se transforme selon les lieux, ceux qui le racontent et selon l’auditoire : d’où ses différentes variantes. De même cette communication et cette volonté de domination de la nature sont illusoires.

La raison crée de l'ordre,  des synthèses pour expliquer la multiplicité des phénomènes de la nature. Elle vise la connaissance des vérités universelles et nécessaires. Elle procède soit par le raisonnement discursif, démonstratif, s'opposant ainsi à l'intuition et à la sensibilité, soit par généralisation à partir de l'expérience. Chacun possédant la raison, celle-ci est donc par nature démocratique et incite les hommes à argumenter, à discuter et ainsi s’engendre un espace public de délibération.

Dès la naissance de la philosophie, au moyen de la raison, les Grecs vont donc questionner les mythes, leur fondement et leur véracité. Le mythe va donc perdre de sa superbe : il ne sera plus l’explication ultime du monde, ni le modèle du réel. Détruit par la raison le mythe ira rejoindre les discours imaginaires.

Raison objective et Raison subjective

Mais la raison peut prendre différentes figures qui relèvent toutes deux d’une raison irrationnelle affirment Adorno et Horkheimer. Chacune renvoie à des moments particuliers de l’histoire et de la domination de la bourgeoisie.

La première figure de la raison est donc la raison objective. A l’image du mythe son but est de libérer les hommes de la peur et de l’ignorance. Elle cherche à comprendre le Monde pour le transformer et en faire un outil de bien-être. En droit, cette raison peut comprendre le Monde. Elle affirme que la structure du Monde est accessible à la raison car toutes deux possèdent des structures identiques rationnelles. C’est à partir du principe « le réel est rationnel » que la raison objective s’attache à la compréhension de la nature et de l’homme. Cette volonté de connaître ne s’arrête pas au savoir et aux connaissances factuelles.

« On la considérait » écrit Horkheimer, «  comme un instrument de compréhension des fins, comme l’instrument de leur détermination » [4]. La connaissance rationnelle du Monde engendre et impose ipso facto une connaissance des fins. Celles-ci n’étaient pas rejetées hors de la raison, hors de la connaissance et du questionnement. Au contraire c’est bien la connaissance d’une certaine rationalité du Monde qui commandait certaines fins, ces dernières ne pouvant contredire les connaissances acquises.

Plus encore, son effort incessant de rationalisation se déploie en tous sens ; elle se donne la capacité de juger du Bien, du Bon, du Vrai et du Juste. Les fins elles-mêmes deviennent objet d’étude[5]. Ainsi la raison objective ne se sépare pas de l’idée que cette connaissance fondera l’émancipation. La Loi, par exemple,  écrit encore Horkheimer était conforme à la raison. Le progrès des sciences, des techniques et la diffusion des connaissances rendront les hommes plus libres et leur permettront d’accéder au bonheur. La raison s’avère être le moyen du perfectionnement de l’homme : fin ultime de l’humanité que la raison se donne pour tâche d’accomplir. « La théorie de la raison objective n’était pas centrée sur la coordination entre la conduite et but, mais sur des concepts – même si ces concepts ont aujourd’hui pour nous une résonance mythologique-, sur l’idée du plus grand bien, sur le problème de la destinée humaine et sur la manière de réaliser les fins dernières »[6] écrit encore Horkheimer.

Cette figure spécifique de la raison a été refondée par la bourgeoisie naissante : celle-ci a besoin de fixer dans des normes dites rationnelles ce qu’elle croit être Le Bien, Le Bon, Le Vrai et Le Juste. Elle assure ainsi son pouvoir idéologique en imposant des normes anhistoriques : fondées en raison, elle les soustrait à la critique. Dans le même temps cette raison se transforme en dogmatisme. Nous y reviendrons.

La raison objective possède donc par elle-même un contenu. C’est bien ce dernier que détruit la raison subjective au risque de verser dans un relativisme des plus purs. A l’ère de l’industrialisation et du libéralisme triomphant, il n’est plus question d’affirmer des fins transcendantes. Le désencastrement achevé de l’économie et son autonomisation totale de toutes fins rationnelles est consubstantielle à une autre « libération » : la raison s’affranchit des fins pour le pire. La réalité n’apparaît plus comme raisonnable, la rationalité n’est plus partie prenante du réel, elle se loge tout entière du côté du sujet. La raison devenant simple faculté de l’esprit subjectif devient purement formelle. Elle « se préoccupe essentiellement des moyens et des fins et de la congruité des méthodes. Ses objectifs sont à peu près généralement admis et censés s’expliquer d’eux-mêmes. Elle attache peu d’importance à la question de savoir si ces objectifs, en tant que tels, sont raisonnables »[7]. Elle se contente, croit-elle, de coordonner les moyens en vue de fins qu’elle ne questionne jamais. Elle prétend à l’autonomie des intérêts particuliers et rejette toute question des fins et des valeurs dans le domaine de l’irrationalité et de l’indécidable scientifiquement.

Mais pour paraphraser Marx, pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une théorie sur ce qu’elle proclame d’elle-même. Car la raison subjective charrie avec elle nombre de valeurs qui restent implicites. Refusant toute discussion sur les fins ; devenant pur instrument de calcul ; s’attachant uniquement aux relations moyens/fins ; cette raison s’assujettit au processus vital et social. « La raison subjective se conforme à n’importe quoi »[8]. Coupée de tout contenu humain par sa propre volonté, elle revient donc à l’état de nature. La seule rationalité qu’elle sauvegarde pour mieux se perdre c’est la conservation de soi et l’utilité. Or se conserver soi-même dans un monde traversé par la domination n’a précisément qu’une fin : s’adapter aux normes changeantes de celle-la. Elle ne fait que participer de la domination du moment. On sombre ici dans un relativisme des plus purs inhérente à toute raison instrumentale.

Cependant le monde des valeurs n’a pas disparu : il hante la raison subjective et la conception scientifique poperrienne. Popper ne cesse de l’affirmer : il s’inscrit entièrement dans cette conception de la raison subjective.

Popper et sa propre conception de la science sociale

Popper affirme en effet dans sa quatorzième thèse « Dans la discussion critique, nous pouvons distinguer des questions telles que : 1) La question de la vérité d’une affirmation ; (…), 2) La question de sa pertinence, de son intérêt et de sa signification par rapport à divers problèmes extra-scientifiques, celui, par exemple, du bien-être humain (…) ». S’il est impossible d’éliminer ce genre d’intérêts extra-scientifique de la recherche scientifique,  par contre « ce qui est possible et important, et qui confère à la science son caractère scientifique, ce n’est pas l’élimination des intérêts extra-scientifiques, mais la distinction entre les intérêts qui ne relèvent pas de la recherche de la vérité et l’intérêt purement scientifique pour la vérité »[9]. Cette coupure du Monde en deux sphères l’une composée des faits et relevant de la vérité, l’autre des valeurs relevant de l’opinion est affirmée un peu plus loin : il faut écrit Popper, « combattre la confusion des sphères de valeurs, en particulier en éliminant les évaluations extra-scientifiques des questions de vérité »[10].

On sait que l’ennemi principal de Popper est la méthode inductive[11]. Celle-ci affirme que nous pouvons tirer des lois générales à partir de l’observation de faits particuliers et de leur répétition. La critique de Popper peut se résumer ainsi : « la connaissance ne commence pas par des perceptions ou des observations, par une collection de données ou de faits, mais bien par des problèmes »[12]. Le problème s’avère quand une contradiction surgit entre notre savoir supposé et des faits supposés. Autrement dit pour être véritablement une science, un énoncé doit se soumettre à la logique de la réfutation. On ne peut pas prouver qu’une théorie est vraie même à partir d’innombrables observations. On aura beau observer des milliers de fois que les cygnes sont blancs, on ne pourra pas en déduire une loi qui affirmerait que tous les cygnes sont blancs. La théorie ne reste qu’une hypothèse, une solution que l’on propose à un problème et cette solution n’est que provisoire. Par contre on peut éliminer une théorie à partir d’une seule observation qui la réfute. La science doit donc être formulée de telle façon qu’elle puisse être réfutée. En reprenant l’exemple des cygnes la formulation devrait donc être la suivante « Tous les cygnes sont blancs. ». Cette formulation se prête à la réfutation : la seule observation d’un seul cygne noir réfutera cette théorie. Ainsi le scientifique construit un problème théorique nouveau, formule des hypothèses et les soumet à la réfutation.

Ce qui nous intéresse ici est la conception des sciences sociales élaborée par Popper. Elle tient en quelques principes majeurs au niveau méthodologique et relatifs à la construction de son objet. Il affirme un monisme méthodologique absolu :

-  la méthode scientifique de la réfutation doit être similaire quelle que soit la science considérée. L’objectivité de la science sociale étant identique à toutes les autres sciences doit se soumettre à une mise en œuvre critique de la méthode par essais et erreurs ;

- la logique déductive doit s’imposer à toutes les sciences. 

-  l’explication causale est la seule qui vaille : les faits doivent être expliqués par d’autres faits suivant une logique rationnelle.

L’objet de la sociologie est le suivant : « … expliquer certaines conséquences sociales non voulues et souvent même non souhaitées de l’action humaine »[13]. Sa méthode elle l’importera d’une certaine science économique qui part donc des comportements individuels  pour déboucher sur des phénomènes macro-économiques. Elle doit expliquer, sous forme de modèle, l’action de l’individu à partir de certains éléments de la situation dans laquelle il s’inscrit. Elle nous explique pourquoi l’action est appropriée à la situation. En cela, continue Popper, la méthode d’analyse est bien une méthode individualiste qui présuppose une certaine rationalité des agents.  Cette rationalité il faut la comprendre dans un sens élargi : certes les êtres humains n’agissent presque jamais de manière parfaitement rationnelle (faisant un usage optimal de toute l’information à leur disposition pour atteindre des objectifs déterminés par eux-mêmes), mais cela n’empêche pas d’affirmer qu’ils agissent plus ou moins rationnellement. C’est une méthode de compréhension objective : dans la même situation, avec les mêmes informations, chacun agirait de la même façon. On aura reconnu ici une analyse factorielle du comportement humain : l’ensemble des facteurs explique les comportements des agents et ainsi les actions  deviennent prédictibles selon le modèle élaboré. Il ne restera plus qu’à soumettre ce protocole aux tests et ainsi constater empiriquement les écarts à ce modèle.

Bien sûr ces explications sont généralement fausses tant ces reconstructions théoriques sont « archi-simplifiées et archi-schématiques »[14]. Il n’empêche affirme toujours Popper, elles peuvent toutefois avoir un important contenu de vérité. « Mais surtout, les analyses de situations sont rationnellement et empiriquement critiquables, et elles sont susceptibles d’amélioration »[15]. Popper n’est pas dupe. Il va de soi que l’individu n’est pas hors société. Il vit et pense dans une société, ou plus exactement, puisque Popper n’emploie pas ce terme, au milieu d’institutions qui influent sur le comportement. Mais ces institutions n’agissent pas, seuls les individus agissent. Le but de la sociologie est alors d’édifier une théorie des conséquences institutionnelles, voulues ou non voulues.

La critique d’Adorno comment l’oubli du Tout produit de l’idéologie

Reprendre la critique d’Adorno à l’encontre de Popper, c’est préciser celle qu’a élaborée Horkheimer à propos de la raison subjective et ne pas hésiter à s’enfoncer dans les détails. On peut les regrouper sous plusieurs principes : refuser d’analyser le Tout c’est se priver du chemin vers la vérité mais plus encore c’est se soumettre à la réification de la société voire la re-produire et légitimer l’aliénation.

La première critique d’Adorno est donc la suivante : aucun élément ne peut être compris en dehors du Tout, aucun fait social ne peut être appréhendé sans l’inscrire dans la Société. Il écrit : « De même qu’on ne peut pas séparer ce Tout de la vie de ses éléments, de leur coopération et de leur antagonisme, de même aucun élément –y compris la manière dont, tout simplement il fonctionne- ne saurait être compris sans l’intelligence du Tout »[16]. Les faits étant médiatisés par la société, les détacher pour les prendre à l’état brut supposé (puisqu’ils n’ont pas d’état brut étant déjà médiatisés) devient donc une erreur méthodologique fondamentale qui vient cacher le sens profond qu’ils peuvent révéler. L’accès à la vérité du fait lui-même est interdit. Dans un autre texte[17], Adorno prend l’exemple de l’analyse de Weber : on sait que ce dernier  analyse certains phénomènes sociaux avec les catégories de prestige et de statut. Mais que fait-il exactement ? Il ne fait que classifier certains faits en appliquant des grilles et des schémas appliqués au phénomène étudié, et dans le même temps il leur donne une consistance qu’ils n’ont pas objectivement. Et que ne fait-il pas s’interroge Adorno ? En les rapportant à la société on aurait pu s’apercevoir qu’ils étaient dérivés de rapports objectifs de domination. Et surtout, Weber aurait pu découvrir que ces rapports peuvent très bien être démantelés au lieu de quoi il leur donne une essence  anhistorique. Le positivisme part des faits et s’arrête aux faits. En réalité les faits ne sont que l’apparence, le phénomène d’une essence (pour parler en termes kantiens) qui n’est autre que le Tout.

Si les faits sont produits par le Tout celui-ci se reproduit, se recompose par les faits. On ne peut pas prétendre découvrir la réalité profonde de la société si l’on s’en tient aux faits sans les ramener au Tout. Les uns ne s’éclairent que par la connaissance de l’autre. Dans le même temps le Tout ne peut pas être connu s’il n’est pas saisi dans le factuel et le singulier. La connaissance des faits crée la connaissance du Tout, la connaissance du Tout oriente la connaissance des faits.. La théorie devient donc ici dialectique. 

Mais qu’est-ce donc que ce Tout qui subsume l’ensemble des faits ? Et que manque Popper quand il ignore que les faits sont engendrés par le Tout ?

Le Tout n’est pas un fait. On  ne pas proposer une théorie qui le réfute. C’est une unité contradictoire. Unité car la Société se reproduit sans (trop) se décomposer, sans se séparer de ses éléments ; unité encore car ses éléments tiennent eux aussi ensemble. Contradictoire car les faits, les ensembles, les institutions, les classes entrent en opposition, en conflits perpétuels. Contradictoire aussi car la Société est fondée sur la domination et l’exploitation, division première. Cette division première engendre certaines caractéristiques particulières : la Société est à la fois rationnelle – car produite par l’action des hommes -, et irrationnelle – car cette division première fait qu’elle s’autonomise en imposant ses propres lois - puisqu’elle échappe à la volonté des individus. Par-là même elle est à la fois « compréhensible » car rationnelle et « incompréhensible »[18] car irrationnelle, produite par la contingence des oppositions. Cette réification de la société est bien l’impensé de la raison subjective. Se contenter d’étudier les faits sans jamais remonter à leur origine c’est donc se soumettre à cette réification et la penser comme étant une « seconde nature ». Dans le même temps, les concepts et les catégories utilisés peuvent également apparaître comme naturels. On retrouve ici la critique de la notion de prestige et de statut. Si l’on ne réfère pas les inégalités à leur lieu de production elles peuvent aussi apparaître comme immuables. En hypostasiant la société, en la laissant dans l’ombre, on la laisse imposer ses propres catégories. La raison se dessaisit de son objet – car elle ne l’étudie pas - et n’atteint pas la vérité. Le positivisme non seulement se soumet à l’aliénation mais en faisant apparaître la société comme « naturelle » elle la re-produit idéellement. Un autre exemple pris chez Popper : si les actions des individus créent des phénomènes émergents non désirés et si c’est là l’objet de la sociologie comme nous l’avons vu lus haut, s’il faut partir des actions des individus pour comprendre non pas la société mais les institutions, on voit bien que la Société peut alors s’imposer à la pensée en exigeant l’utilisation de ses propres catégories. Ne pas interroger l’essence de la Société c’est s’y soumettre. Autre confusion du positivisme : ce n’est plus le Tout qui détermine les faits mais des lois qui sont elles-mêmes produites à partir de la prédictibilité des faits constitués par la science. Les faits prennent vie à partir d’eux-mêmes : non seulement la réification de la Société n’est pas interrogée mais les faits eux-mêmes sont réifiés.

Ainsi la conception scientifique poperrienne, non contente de soumettre le réel à la méthode qui agit comme carcan, punit la pensée : « Que l’on ne doive pas manger le fruit de l’arbre de la connaissance, voilà qui devient dans le positivisme la maxime de la connaissance elle-même. La curiosité est punie dans ce que la pensée a de nouveau : l’utopie, sous n’importe quelle forme, y compris celle de la négation, doit en être expulsée »[19]

Une fausse neutralité axiologique

Cependant rendons justice à Popper : il est vrai qu’il a entrevu l’apparition d’une contradiction. Celle-ci au lieu de se tenir dans la réalité de la Société (la domination et/ou l’exploitation) ou dans la relation entre les faits et la Société (son côté irrationnel), se loge entre la théorie et les faits. C’est là le principe même de la réfutation. La théorie ne coïncide plus avec les faits. Ce faisant la contradiction n’apparaît jamais dans l’objet. Là encore on peut y déceler l’indice d’une soumission aux faits. Mais on peut aussi y voir l’effet, de façon bien plus inquiétante, d’une certaine idéologie. Celle de croire que la Société est rationnelle en n’interrogeant pas son côté irrationnel. En oubliant le fait premier : celui de la domination et de l’exploitation qui donnent lieu à un ensemble de conflits qui produit, nécessairement, son côté irrationnel. Cela renforce l’idée mensongère, consubstantielle à l’idéologie bourgeoise, que la société ne se fonde qu’à partir des actions individuelles comme le prétend Popper à propos des institutions. La nature irrationnelle de la société ne se révélant qu’à travers les effets émergents non voulus et non à partir de ses divisions et antagonismes. 

Dans ce cas il devient aisé de s’en tenir à la neutralité axiologique. Si la société n’est plus divisée en classes antagonistes; si les faits ne renvoient pas au Tout qui, à travers ses divisions, les détermine, alors bien sûr il suffit d’être objectif pour atteindre, grâce à la méthode, la vérité des faits. Outre que l’on sait maintenant que cette méthode ne peut que manquer son but, accéder à la vérité, elle impose une fausse neutralité axiologique. Laisser dans l’ombre la domination et l’exploitation et  prétendre à la neutralité axiologique ne font qu’un. Plus exactement si l’on veut prétendre à la neutralité axiologique il y a nécessité logique de faire ainsi : c’est la seule solution pour ne pas prendre position. A contrario si l’on considère que la société est divisée en exploitants/exploités, dominants/dominés alors prétendre à la neutralité axiologique n’est que mensonge. En effet cette méthode et ses conclusions ne peuvent que légitimer les puissants du moment en ignorant les logiques de coercition imposées par la société. Ecoutons Adorno : « De même qu’une attitude strictement apolitique devient, dans le jeu de forces politique, une position politique – la capitulation devant le pouvoir -, de même la neutralité axiologique se subordonne généralement de façon non réfléchie à ce que les positivistes appellent les systèmes axiologiques en vigueur »[20]. Par système axiologique entendons l’idée développée par Popper que la science se doit d’être neutre et faire abstraction des valeurs extra-scientifiques qui ne peuvent être objet de science. L’homme de science remplit son rôle de citoyen possédant ses propres opinions uniquement dans le domaine politique ; mais dans son travail scientifique il doit s’en débarrasser de la même façon qu’il expurge son objet de toute contradiction. On retrouve une nouvelle fois le principe même de toute idéologie : cette croyance en l’idée, toute idéaliste, que l’individu peut s’extraire des rapports sociaux dans lequel il est inscrit et prétendre à l’autonomie totale des idées.

Une autre conception des sciences sociales est possible

Cette conception de la science, même si elle apporte des connaissances, charrie avec elle des présupposés qui risquent bien de la disqualifier. Horkheimer écrit : « …dans la mesure où le concept de théorie est posé comme un absolu, comme s’il était fondé sur une essence propre de la connaissance ou de quelque autre façon en dehors de l’histoire, [il] se mue en une catégorie idéologique réifiée[21] ».  Pour éviter cette idéologisation, il faut prendre conscience que toute activité même théorique est inscrite dans la réalité sociale et dans l’histoire réelle de la société. Elle s’insère dans une division du travail intellectuel/manuel précise. C’est d’ailleurs la spécialisation des hommes dans le travail intellectuel qui est la source de cette croyance que l’idée mène le monde. En mettant en avant les valeurs d’impartialité, de neutralité et de désintéressement, la théorie traditionnelle se garantit à bon compte de toute subjectivité. Mais surtout elle se prive de toute capacité de réfléchir sur elle-même : sont passés ainsi à la trappe de l’ignorance ses conditions de productions, ses orientations et ses déterminations sociales et économiques.

Dans le même temps la science traditionnelle affirme, outre l’essence propre de la connaissance, l’image d’un savant hors-sol, hors prise de toute opinion lorsqu’il accomplit son travail de chercheur. Pour les mêmes raisons cette représentation est tout aussi mensongère. Plus fondamentalement cette conception détermine aussi les catégories produites par cette recherche. Elles apparaissent comme issues de la seule raison, anhistoriques, purement rationnelles, n’étant en rien redevables à la société puisque celle-ci reste appréhendée comme simple extériorité. C’est cette séparation (d’un côté la Société jamais interrogée, de l’autre l’homme, le scientifique libéré de toutes déterminations sociales et uniquement mu par la logique scientifique) qui est remise en cause par la théorie critique.

C’est à une toute autre démarche que nous invitent Horkheimer et Adorno. Celle-ci produira une double critique : sur les catégories et sur le rôle du chercheur.

Si l’on refuse cette dichotomie Société/Individu, reproduite dans une autre dichotomie Société/Fait, (l’individu n’existe pas en dehors de la Société, les faits ne se produisent pas indépendamment de la Société), alors toutes les catégories et concepts produits par la science ne peuvent être que contradictoires en eux-mêmes. Par exemple et pour reprendre des concepts connus pour être justement objets de débats, le Travail, la Valeur, la Marchandise, renferment en eux toutes les contradictions de la société. Soit la valeur est vue comme un effet de la rareté, soit elle est vue comme un temps de travail cristallisé ; soit la marchandise est vue comme un simple bien produit par des facteurs de production, soit comme le produit d’un rapport salarial particulier. Dans ce cas il devient absurde de prétendre à la neutralité axiologique. De même la notion d’objectivité s’éteint d’elle-même. On retrouve ici l’idée de critique élaborée par Marx et exposée par E. Renault[22]. Il ne s’agit pas de critique normative et d’opposer un devoir-être à l’être mais de mener une critique serrée des théories et de leurs concepts qui prétendent à l’objectivité en affirmant  de manière illusoire et idéologique ne se fonder que sur le travail de la raison.

Le chercheur ne sort pas indemne de cette critique. Car si la société n’est plus conçue comme réalité extérieure qui impose ses normes à la recherche, alors on peut l’appréhender d’une autre manière. Elle est le produit d’une praxis générale et multiforme de l’ensemble de ses éléments qui la composent. La science faisant partie de cette praxis. Si l’activité des hommes produit la Société, de manière consciente ou inconsciente d’ailleurs, se découvre l’idée de sa transformation possible ou de sa reproduction perpétuelle. Ainsi l’acte de rationalisation  n’a plus aucune raison de s’arrêter à l’activité scientifique. Il peut, voire doit, transformer la société sous peine de, comme dit plus haut, faire le jeu des puissants. Le chercheur ne peut plus se contenter d’être spectateur passif du réel n’ayant d’autre intérêt que la Science. La rationalisation qu’il expérimente dans son activité scientifique, doit alors sous peine d’être fétichisée, s’appliquer au réel. La théorie critique vise une société juste, conforme à la raison. L’explication du Monde acquiert ici une fin particulière : elle ne se contente pas d’apporter des connaissances factuelles, mais elle crée un surcroît de conscience et de transparence qui ne peuvent qu’aider à sa transformation. La raison se fait ici objective certes, mais échappe au dogmatisme car elle se sait inscrite dans des rapports sociaux. Et ce savoir lui permet de faire un continuel retour sur soi, sur ses déterminations, sur ses propres catégories en interrogeant les moyens méthodologiques qu’elle utilise et les fins qu’elle produit. 

Quelles conclusions ?

Sur quoi débouche cette critique de la conception poperrienne de la science si ce n’est sur les idées développés par Marx dans les thèses sur Feuerbach[23] ? Le nouveau matérialisme que veut mettre en œuvre Marx repose sur les principes exposés dans cet article. Il réfute la séparation sujet/objet et la dissociation théorie/pratique.

L’objet et/ou la Société est le résultat d’une praxis généralisée. Tous deux sont pris dans d’indissolubles liens : l’activité humaine crée la société qui en retour donne forme à celle-la. De même la pratique s’accompagne indissolublement de sa théorie celle-ci ne cessant de réfléchir sur cette dernière. Ainsi la pensée humaine ne peut se contenter de tourner autour de ses certitudes subjectives si elle veut atteindre la vérité de l’objet. L’idée de la séparation n’est plus un préalable mais au contraire un obstacle à la pensée. Si cette dernière veut acquérir un certain contenu de vérité elle doit revêtir un caractère objectif, devenir pratique, se confronter au réel et agir dans le monde. Sinon elle reste purement spéculative et légitime le monde tel qu’il est aujourd’hui. C’est cette tentation que n’évitent pas tous ceux qui se réclament de la neutralité axiologique et d’une conception idéologique de la science.

Quelles sciences sociales enseigner au lycée ? Un exemple à travers les sciences économiques et sociales 

Nous pouvons donc conclure que la neutralité axiologique n’en est pas une et que vouloir s’en tenir à une « science des faits » nous mène à une impasse et produit une idéologie bien particulière. Et pourtant il faut bien enseigner les sciences sociales dans le secondaire. Mais quelles sciences sociales enseigner ? Prenons l’exemple de l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée. Objet brûlant tant la multiplicité des paradigmes au sein de la seule science économique (ne parlons pas de la sociologie…) renvoie aussi bien à des intérêts particuliers dans le champ théorique de la science économique aujourd’hui qu’à des intérêts contradictoires dans l’économie réelle. Alors si on se réclame de la neutralité axiologique, ce qui a été la mission du groupe d’experts chargé de concevoir les nouveaux programmes de sciences économiques et sociales en 2010, que fait-on ? Comment élaborer un programme de sciences économiques et sociales à partir des sciences sociales produites aujourd’hui dont on sait qu’aucune ne peut prétendre à la neutralité ? Il suffit de lire attentivement le préambule du programme de SES pour y déceler l’ensemble des présupposés qu’il faut échafauder pour atteindre cette mission impossible[24].

La première solution aurait été de trouver ou d’élaborer, dans un premier temps, une méta-science sociale capable de rendre compte de façon objective de l’ensemble des paradigmes et des faits. Puis dans un deuxième temps il aurait fallu en transposer les résultats dans le programme. Supposition irréaliste convenons-en…

Il a donc fallu se contenter d’une deuxième solution beaucoup plus prosaïque et se fixer trois objectifs dont le premier est de permettre aux élèves de s'approprier progressivement les concepts, méthodes et problématiques essentiels de trois sciences sociales (la science économique, la sociologie et la science politique)[25]. Derrière cette apparence de bon sens se cache des présupposés scientifiques et idéologiquement très marqués évoqués plus haut.

Le premier est de faire entendre que les sciences sociales ne sont en fait que des sciences parmi d’autres qui obéissent aux même méthodes que les sciences de la nature. La conception poppérienne est ici soutenue sans ambages.  Est affirmé ici un parti pris précis : l’existence d’une unité de la méthode scientifique, transcendante à toutes les sciences, un monisme méthodologique, critère poppérien s’il en est. « Comme dans toutes les autres sciences », est-il écrit, « il s’agit de rendre compte de façon rigoureuse de phénomènes soigneusement définis, de construire des indicateurs de mesure pertinents, de formuler des hypothèses et de le soumettre à l’épreuve des protocoles méthodologiques et de données empiriques ». Plus encore, il est ajouté que les sciences sociales ont recours à une modélisation. Si le préambule confirme  bien l’existence de débats épistémologiques sur la possibilité d’une nature différente des sciences sociales et des sciences de la nature c’est pour, dans la même phrase, les évacuer : « les sciences sociales, même si la question de leur spécificité par rapport aux sciences de la nature fait l'objet de débats, poursuivent indiscutablement une visée scientifique. » Ajoutons que l’on peut lire également dans la même veine, que les sciences sociales produisent des connaissances « au moins partiellement cumulatives ».

Le deuxième présupposé consubstantiel au premier est d’affirmer que les objets d’étude de l’enseignement des SES ne peuvent être que ceux qui sont définis par le travail théorique et épistémologique de chacune des sciences précitées. Puisque chaque science découpe la réalité en fonction de son questionnement on n’étudiera l’objet « entreprise » par exemple que dans un champ disciplinaire précis : le regard de l’économiste crée un "objet entreprise" différent de celui de la sociologie qui est lui-même autre de celui de la science politique. «L’approche disciplinaire a aussi le mérite de former les élèves à une posture parcimonieuse : il n’est pas possible d’embrasser d’emblée la réalité sociale dans sa totalité ». On aura reconnu ici, sous couvert de rigueur scientifique, le point nodal qui fonde la critique d’Adorno à l’encontre de la conception poppérienne : la disparition du Tout dont on connaît maintenant les conséquences idéologiques qu’il engendre. Ce découpage disciplinaire affirmé dans le préambule relève donc à la fois d’une conception scientifique particulière, mais aussi politique et idéologique.

Le troisième présupposé découle logiquement des deux précédents : si la démarche des sciences sociales s’apparente aux sciences de la nature ; si l’on doit découper la réalité sociale afin « d’isoler certaines variables déterminantes et à accentuer unilatéralement certains aspects de la réalité afin de formuler des relations causales ou des interprétations heuristiques » ; si l’on doit montrer que la science se distingue des opinions, des idéologies et de toutes valeurs, alors il y a nécessité de définir un fond commun à tous les courants théoriques qu’on pourrait ainsi opposer à tous les autres discours. Ce fond commun transcenderait toutes les oppositions et tous les débats. En effet est écrit dans le préambule que l’on se doit d’éviter « d’opposer de façon simpliste » les différentes approches théoriques pour ne pas sombrer dans le « relativisme », et ainsi ne pas donner l’impression que les théories se valent toutes. Au contraire, il faut dévoiler, malgré ces divergences théoriques apparentes, que les sciences sociales construisent un savoir solide admis par la communauté scientifique et pour une part cumulatif. Après avoir lu comment Adorno règle son compte à ce type d’approche, il nous faut préciser comment les rédacteurs du préambule construisent une telle possibilité.

La méthode employée ici est particulière : il s’agit de trier puis de séparer ce qui relèverait de la science et de l’idéologie et/ou des valeurs dans chacune des approches théoriques pour aboutir à un fond commun. Par exemple « on mettra l'accent sur le raisonnement coût-bénéfice qui est au cœur de l'analyse économique, et sur la nécessité des choix, dans le présent et dans le temps, que l'on s'intéresse aux choix des acteurs individuels ou aux choix collectifs. » Phrase suivie d’une autre : « On insistera sur le caractère extensif de la notion de rationalité qui sous-tend le raisonnement économique, en évoquant la diversité des motivations et donc des satisfactions, ce qui interdit de juger, de l'extérieur, de la rationalité des actions observées ». Comme l’écrit Jean-Yves Mas : « Les programmes d'économie devraient permettre d’enseigner la théorie marxiste sur le blocage de l'accumulation sans parler des "solutions" marxistes pour résoudre les crises du capitalisme, de parler de la rente différentielle et de la loi des rendements décroissants chez Ricardo sans rappeler que cette " loi" sert avant tout à prouver l'intérêt de l'importation de denrées alimentaires étrangères afin de faire baisser les salaires ouvriers dans l'industrie comme le réclamaient les industriels manchestériens au XIXème siècle »[26]. On pourrait rajouter que vouloir séparer la théorie économique de la philosophie critique chez Marx relève d’une simple aberration. Car si Marx élabore une critique de l’économie politique son but n’est pas d’instituer une nouvelle science économique normative mais bien d’approfondir sa critique de la domination et de l’aliénation. 

On peut conclure que l’objectif de neutralité axiologique que se sont donnés les membres du groupe d’experts aboutit, pour assurer la cohérence de leur travail, subsumé sous ce principe hautement idéologique, à la construction d’une définition irrévocable des méthodes, des contenus, et des problématiques des sciences sociales. Ils ont donc suivi le chemin qui les menait à la fondation d’une méta-science sociale. On peut supposer que leur mission ne leur en demandait pas autant. Peut-être aurait-il fallu simplement abandonner cette idée de neutralité axiologique et faire sienne d’une idée plus modeste : celle de l’impartialité. Choisir un objet d’étude et montrer comment les différents paradigmes le définissent, le questionnent et aboutissent à certaines conclusions. Sont-elles contradictoires ? Mais si c’est le travail scientifique lui-même qui produit les contradictions, pourquoi en avoir peur et les dissimuler aux yeux des élèves au prétexte de la neutralité axiologique ?

 

Jean Lawruszenko

Professeur de Sciences économiques et sociales.

Docteur en philosophie

 



[1] « La querelle du positivisme » remonte à la discussion qui eut lieu entre Adorno et K. Popper autour de la « Logique des sciences sociales » lors d’une réunion de travail de la Société allemande de sociologie qui se tint à Tübingen du 19 au 21 octobre 1961.Publié en 1962 les contributions d’Adorno et de Popper marquèrent le coup d’envoi d’un débat qui prit peu à peu les proportions d’une querelle, à la faveur des prises de positions successives, de plus en plus virulents de Jürgen Habermas, et Hans Albert. L’ensemble de ces textes a déjà fait l’objet d’une traduction collective, sous le titre De Vienne à Francfort, La querelle allemande des sciences sociales,Bruxelles, Complexes, 1979. Voir. T.W.  Adorno,  « Introduction à la Querelle du positivisme », Le conflit des sociologies, Théorie critique et sciences sociales, Paris, Payot 2016, p. 294..

[2] M. Horkheimer, « Moyens et fins », Eclipse de la Raison, Paris, Payot, 1974, p.65. Pour Adorno et Horkheimer le positivisme s’applique aussi bien à Popper qu’à Weber.

[3] A. Beitone et A Martin-Baillon, La neutralité axiologique dans les sciences sociales. Une exigence incontournable et incomprise. http://www.journaldumauss.net/?La-neutralite-axiologique-dans-les-1340

[4] Ibid., p. 20. En italique dans le texte.

[5] Il suffit de penser à Platon, Kant, et Hegel qui chacun à leur manière nous présente ce que devraient être les fondements d’une société juste

[6] Ibid., p.15.

[7] Ibid., p.13-14.

[8] Ibid., p. 34

[9]Karl. R  Popper, « La logique des sciences sociales »,  T.Adorno-K. Popper, De Vienne à Francfort, La querelle allemande des sciences sociales, Bruxelles, Ed. Complexes, 1979, p. 83. Souligné dans le texte.

[10] Ibid., p. 83. Souligné dans le texte.

[11]Nous nous référons ici au chapitre « II 1967-2011 : la démarche des SES en question »,  Les sciences économiques et sociales, Paris, La découverte, 2015, p.55 et suivantes.

[12]Karl. R  Popper, « La logique des sciences sociales »,  T.Adorno-K. Popper, De Vienne à Francfort, La querelle allemande des sciences sociales, op.cit., p. 83. Souligné dans le texte.

[13] Ibid., p 88.

[14]Ibid., p. 89.

[15] Ibid., p. 89.

[16]Theodor. W. Adorno, « A propos de la logique des sciences sociales », Le conflit des sociologies, Théorie critique et sciences sociales, Paris, Payot, 2016, p. 192.

[17] Theodor. W. Adorno, «  Introduction à la Querelle du positivisme », Le conflit des sociologies, Théorie critique et sciences sociales, op.cit., p. 223.

[18] Ibid., p. 232.

[19] Ibid., p. 281.

[20] Ibid., p. 285.

[21] Horkheimer, « Théorie traditionnelle et théorie critique », Théorie traditionnelle et théorie critique, Paris,  Gallimard, 1974, p. 22.

[22] E. Renault, Marx et l’idée de critique, Paris, PUF, 1995.

[23] On s’appuie ici sur le remarquable livre de P. Macherey, Marx 1845, Les thèses sur Feuerbach, Paris, Amsterdam, 2008.

[24] Préambule des programmes de cycle terminal de sciences économiques et sociales, Bulletin officiel  >  2013  >  n° 21 du 23 mai 2013, http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71834. Toutes les citations se référant au préambule seront tirées de cette référence.

[25] Les deux autres étant : « préparer les élèves à la poursuite d’études post-baccalauréat » et « contribuer à la formation citoyenne ».

[26] J.Y. Mas, À propos du débat sur l'école, peut-on sortir du dogmatisme ? Blog Médiapart https://blogs.mediapart.fr/jy-mas/blog/171216/propos-du-debat-sur-lecole-peut-sortir-du-dogmatisme-jy-mas