J.G. Fichte - extrait - L’école comme « petit Etat » industrieux

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[L]es élèves de cette nouvelle éducation, quoique séparés de la communauté des adultes, n’en vivront pas moins en communauté, constituant ainsi une société particulière, absolument autonome, régie par une constitution très précise, fondée sur la nature même des choses et demandée formellement par la raison. La première mage d’ordre social que l’on poussera l’élève à élaborer, devra donc être celle de la communauté dans laquelle il vit ; il faut arriver à ce qu’il éprouve l’intime nécessité de réaliser point par point cet ordre tel qu’il est réellement offert à ses yeux et de le comprendre dans toutes ses parties comme la résultante nécessaire des éléments constitutifs. Ceci encore ne relève que de la simple connaissance. Une fois établi cet ordre social, l’individu doit, dans la vie réelle et pour l’intérêt de la collectivité, omettre bien des actes qu’il pourrait accomplir sans hésitation s’il se trouvait seul. Et dans la législation comme aussi dans l’enseignement de la constitution dont elle est le point de départ, il conviendra de présenter à chaque élève tous les autres comme animés de cet amour de l’ordre, poussé jusqu’à l’idéal, amour qui peut-être n’existe chez aucun, mais que tous devraient posséder ; il faut donc que cette législation soit extrêmement sévère et impose beaucoup de semblables omissions. Et s’il le faut, l’on fera intervenir la crainte d’un châtiment toujours imminent pour obtenir ces abstentions qui sont la condition vitale de toute société (….).

Une des exigences fondamentales de cette nouvelle éducation, c’est que l’étude et la travail y soient réunis. L’établissement doit se suffire à lui-même ou du moins en avoir l’air aux yeux des élèves, de telle façon que chacun ait toujours la conviction d’y contribuer dans la mesure de ses forces. Sans même parler de la facilité de réalisation et de l’économie que tout le monde est bien obligé de reconnaître à notre projet, une telle organisation est exigée par la mission même de l’éducation ; d’abord parce que tous les élèves qui recevront exclusivement cette éducation nationale sont destinés à faire partie des classes travailleuses et donc songer à faire d’eux d’excellents ouvriers ; ensuite et surtout parce que la confiance qu’il faut légitime qu’on pourra toujours se suffire dans la vie par ses propres forces sans avoir à recourir à l’aide d’autrui, fait partie de l’indépendance personnelle de l’homme et est bien plus qu’on ne semblait le croire jusqu’ici la condition de l’indépendance morale.

Fichte, Discours à la nation allemande, Discours II, traduction J .Molitor, Costes, Paris, 1923, p. 31-32 et 167.