J.G. Fichte - extrait - Le monde spirituel : but de l'éducation

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Jusqu’à nos jours il était de règle de considérer le monde sensible comme le seul réel, véritable et vrai, existant effectivement ; c’est lui que l’on proposait d’abord au disciple de toute éducation ; c’est de lui qu’on partait pour exercer l’enfant à penser, et cette pensée, qui se rapportait d’ordinaire au monde sensible, n’en était que l’humble servante. La nouvelle éducation fait juste le contraire. A ses yeux, le monde véritable et réellement existant est le monde de la pensée ; c’est dans ce monde qu’elle veut, dès les premiers débuts, introduire son élève ; c’est à lui qu’elle veut attacher tout l’amour et tout le contentement de l’enfant, afin que celui-ci commence et continue nécessairement à vivre dans ce monde de l’esprit. Jusqu’ici, c’étaient la chair, la matière, la nature qui vivaient dans la plupart des hommes ; grâce à l’éducation nouvelle, ce sera bientôt l’esprit seul qui vivra, d’abord chez la majorité, puis chez la totalité des hommes et les animera de son souffle.

 

J. G. Fichte, Discours à la nation allemande, Discours IX, traduction J .Molitor, Costes, Paris, 1923, p. 143.