J.G. Fichte - extrait - La bonté naturelle de l'enfant

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L’enfant éprouve pour l’ordre et la clarté un penchant naturel, qui trouve sans cesse satisfaction dans le système en question et remplit l’enfant de joie et de plaisir ; mais au milieu de son contentement, surgissent de nouvelles obscurités qui l’excitent à nouveau et lui procurent une nouvelle satisfaction. Et la vie s’écoule ainsi dans une alternance d’amour et de plaisirs procurés par l’étude. C’est cet amour qui rattache tout individu au monde de la pensée et relie, en un mot, le monde des sens et celui des esprits. Grâce à cet amour, cette éducation voit s’opérer, à coup sûr et de façon bien calculée, ce qui jadis n’était dû qu’au hasard et restait l’apanage de quelques esprits spécialement favorisés, c’est-à-dire le développement aisé de la cognition et l’heureuse mise en valeur du domaine de la science. Mais il existe encore un autre amour, celui qui rattache l’homme à l’homme et réunit tous les individus en une communauté raisonnable partageant les mêmes idées (…)

Une observation superficielle a conduit à cette hypothèse ordinaire, mais absolument fausse, que l’homme est naturellement égoïste, que l’enfant lui aussi naît avec cet égoïsme et que l’éducation est seule capable de lui implanter un mobile moral. Mais, d’une part, le néant ne peut produire aucune réalité ; d’autre part, quelque étendu que l’on suppose le développement d’un penchant fondamental, celui-ci ne pourra jamais être transformé en son contraire ; comment l’éducation pourrait-elle faire naître la moralité chez l’enfant, à moins que cette moralité n’y existe originairement et préalablement à toute éducation ? C’est ce que l’on constate d’ailleurs chez tous les enfants qui voient la lumière du jour ; nous n’avons pas d’autre tâche que de découvrir la forme la plus primitive et la plus pure sous laquelle la moralité se manifeste.

 

J. G. Fichte, Discours à la nation allemande, Discours X, traduction J .Molitor, Costes, Paris, 1923, p. 156-157.