Entretien avec Denis Kambouchner, Philippe Meirieu et Bernard Stiegler

Le 19 Janvier 2010, nous avons invité Denis Kambouchner, Philippe Meirieu et Bernard Stiegler à s'entretenir de manière approfondie autour de quelques grandes questions concernant l'école. Il s'est agi de discuter avant tout de la transformation des systèmes scolaires dans le contexte des mutations techno-culturelles de l'époque.

L'entretien, qui dure 2h30 en tout, est organisé en trois parties :

Partie I (60') : Ecriture et numérique, comment l'école du livre doit tenir compte du nouveau monde sur écran ?

Partie II (40') : L'école dans la "société de la connaissance"

Partie III (45') : L'école et l'idéal démocratique

 

Depuis, cette réflexion commune a été prolongée, d'une part lors d'une séance publique au Théâtre de la Colline (Paris), le 27 Novembre 2010, d'autre part dans un ouvrage collectif publié chez Fayard en 2012, "L'école, le numérique et la société qui vient".

 

Denis Kambouchner est professeur de philosophie à l'Université Paris I et président du jury d'agrégation de philosophie. Il est l'auteur de nombreuses publications portant sur la philosophie de l'éducation, et notamment Une école contre l'autre (PUF, 2001), qui proposait une lecture critique approfondie des positions pédagogiques de Philippe Meirieu. Cette publication a donné lieu, depuis, à de nombreux échanges féconds et amicaux entre les deux hommes, qui trouvent un nouveau prolongement ici.

Philippe Meirieu a été professeur en sciences de l'éducation à l'Université Lumière-Lyon 2, et l'auteur de nombreux ouvrages et articles de pédagogie. Il a également été l'initiateur d'un certain nombre de réformes du système scolaire français dans les années 90. Depuis septembre 2006, il est responsable de la chaîne de télévision éducative Cap Canal, et depuis peu vice-président de la région Rhône-Alpes, chargé de la formation continue tout au long de la vie.

Bernard Stiegler est philosophe, dirige actuellement l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) du Centre Georges-Pompidou, et préside l'association Ars Industrialis. Depuis plusieurs années, les questions d'éducation et d'école sont au coeur de ses réflexions et de ses publications, en particulier l'ouvrage Prendre soin de la jeunesse et des générations, publié chez Flammarion en 2008 et commenté ici-même.

Commentaires

"sciences de l'éducation": M. Philippe Meirieu

Professeur de Lettres modernes à la retraite, je n'ai aucun bon souvenir de l'incidence, sur l'enseignement, de la discipline dite "sciences de l'éducation". Ni de ce que les représentants de ces Sciences ont pu prescrire comme réformes.
Pouvez-vous indiquer plus clairement les réformes qu'a portées M. Meirieu?? qu'en dit-il lui-même, aujourd'hui, vingt ans après? J'aimerais lire le scrip de l'entretien qu'il a eu avec les deux philosophes. Peut-être qu'avec le recul j'aurais un avis moins négatif sur son oeuvre.

bonjour, vous pouvez

bonjour,

vous pouvez accéder au script intégral de l'entretien, en bas de la page de chacune des trois parties.

cordialement,

JG

merci

Merci Monsieur. je me livrerai à cet exercice.
J'ai tout de même réfléchi à l'aversion que j'éprouve pour les " sciences" de l'éducation. Il y a un hiatus entre la théorie et la pratique, entre la pensée et l'action.
J'ai vu de mes yeux de ces prétendus "scientifiques", cachant assez maladroitement leur suffisance, assez certains, sinon de détenir la vérité, du moins d'en avoir une bien plus grande part que les malheureux professeurs suant sang et eau dans les établissements d'enseignement secondaire.
Eux avaient pensé, nous, non.
Heureusement qu'ils étaient là pour nous faire comprendre que nous devions changer, évoluer, nous adapter; sous-entendu nous faisions tout sans conscience (d'éducateur), et persister dans cette voie lamentable était à coup sûr ruine de l'âme (enseignante).
Je soupçonne que bon nombre de ces donneurs de conseils ont embrassé une carrière de scientifiques de l'éducation par-dessus tout pour ... quitter l'enseignement !
De là à penser qu'ils eussent été de piètres enseignants, il y a un pas à franchir... . Faute de preuves, je m'en abstiens. mais je cherche en vain des preuves avérées de l'efficacité de leurs travaux, de la pertinences des réformes qu'ils ont produites, cautionnées, inspirées. Le Collège, le Lycée fonctionnent-ils mieux depuis leurs recherches mises en oeuvre? Personne ne m'en a rien dit. J'ai plutôt constaté le contraire.
Je serais enchantée d'apprendre qu'au contraire l'enseignement devient un métier plus efficace, grâce à tous les bons conseils dont on abreuve les enseignants....
Cordialement.

Philippe Meirieu

Je suis également professeur de lettres honoraire et je voudrais répondre à mon collègue anonyme qui n'a de toute évidence ni lu ni mis en œuvre la pédagogie Meirieu et procède à son son sujet par insinuations malveillantes et calomnies.
Sachez, cher collègue sans nom, que Philippe Meirieu a aussi sué sankéo comme prof dans d'obscures classes d'obscurs établissements secondaires, et que partant de cette expérience pratique et concrète, il a voulu et réussi à réfléchir sa pratique pédagogique et à la formaliser. Il a ainsi produit des outils performants et précieux pour nombre de praticiens de base comme moi dans les domaines suivants :
- la pédagogie de groupe
- la pédagogie de la situation problème
- L'évaluation formative
- La différenciation pédagogique
- Les TPE
- Etc. (Ce dernier item étant le plus fourni de son œuvre qui fort heureusement n'est pas encore achevée…)

Si ce langage professionnel ne vous parle toujours pas, cher collègue sans nom, tant pis. Pour vous et moi, il est désormais trop tard, nous n'aurons plus jamais ("never more"…) à le mettre en œuvre. Mais je veux témoigner ici que Philippe Meirieu a été pour moi l'impeccable artisan, le passeur professionnel, mon contemporain considérable.
Comme beaucoup de profs de lycée, je lui dois de m'avoir aidé à être un prof heureux dans mes classes, d'avoir vécu en continuité le plaisir d'enseigner et de n'avoir jamais eu le désir de faire autre chose dans ma vie que d'être passionnément professeur de français et de lettres…
Je pourrais vous montrer tout cela dans le détail, œuvres de Meirieu en mains. Mais je ne sais si la chose pourrait vous intéresser plus de cinq minutes tant votre propos relève de l'anti-pédagogie primaire dont les contempteurs sarkozystes et brighelliens se sont fait une spécialité.
Raoul Pantanella
83170 Camps la Source (raoul.pantanella@wanadoo.fr)

A l'école de P.Meirieu: le chancre

Le chancre

Avec la tête? Il dit non.
Avec le cœur? Il dit oui.
A ceux qui l'aiment? Il dit oui.
Lui, professeur? Il dit non.
Il est debout,
on le questionne,
et tous les problèmes sont tronqués.
Soudain, le fou! Rire le prend.
Et il efface tout:
les chiffres et les mots,
les dates et les noms,
les phrases et les pièges.
Et malgré la mission d'un maître,
sous les louanges des enfants bolides,
avec des jeux de toutes les couleurs,
sans le tableau noir du bonheur,
il destine ces visages au malheur.

NB: je serais ravi de lire votre défense de la cohérence et de la pertinence de "la pensée" de votre idole. Il vous faudra d'abord répondre aux objections précises de Denis Kambouchner dans "Une école contre l'autre" et ce, non de manière évasive comme a pu le faire le"pape" lui-même dans un entretien de la revue française de pédagogie (volume 137; année 2001; pages 5-16).
J'ai peur cependant que votre foi se refuse à une argumentation serrée et, sur les textes, appuyée. Non que je sois hostile aux livres sacrés, mais je rappelle que, pour ne prendre qu'un exemple, excepté pour quelques illuminés, la bible n'est pas un texte à vocation scientifique contrairement aux prétentions affichées par les écrits de votre "maître".
Quant à l'anonymat, il est une simple mesure de prudence pour moi, quand on sait que, nonobstant votre aveuglement idéologique ou votre mauvaise foi ironique, il est évident que P. Meirieu et ses disciples sont dotés de pouvoirs étendus au sein de l'administration de l'éducation (j'ai plus d'un ami instituteur qui a été victime d'une cabale pédagogiste). Je précise que je n'ai rien contre un pouvoir fondé sur un savoir, mais, et jusqu'à preuve du contraire, il n'est pas assuré que la pléthore de publications de ce pédago-politique est une quelconque assise scientifique. Les chiffres ne parlent pas en sa faveur. En effet, il est démontré sur skhole que les statistiques sont un pharmakon, dont je pense que votre "saint père" fait un usage toxique.
Donc, hors de toute pratique incantatoire, j'attends avec impatience votre démonstration; je me ferai un plaisir d'en analyser les insuffisances conceptuelles, d'en effacer le vernis intellectuel - ce faux brillant qui séduit les indigents -du raisonnement.

Que vos propos soient aiguisés?!
Car j'affûte ma lame acérée,
ennemi de la liberté et de la pensée,
je vous écorcherai sans pitié.

Scorpion enragé.

Ce texte n'engage que son auteur.

Bonjour, Obscur élève d'un

Bonjour,
Obscur élève d'un obscur établissement d'enseignement secondaire, j'ai eu la chance, que dis-je? le privilège d'avoir Philippe Meirieu comme professeur de philosophie en terminale A.
Année éblouissante, extraordinaire et exceptionnelle.
Cet homme m'a fait découvrir la philo, m'a donné envie de la découvrir, comme à tous mes condisciples.
Alors que mes amis, suants dans d'autres lycées de la bonne ville de Versailles, ne comprenaient rien aux textes qu'on leur donnait à lire et passaient leur temps à essayer de mémoriser un maximum de citations, nous avons découvert cette matière ardue sans manuels (M. Meirieu n'en voulait pas), simplement en l'écoutant raconter et souvent vivre, la vie des philosophes, leurs théories, leurs discussions, leurs batailles.
Cette année, je ne l'oublierai jamais. Elle s'est terminée pour moi par un 16 à 'écrit de philo. J'ai conservé tous les cours que j'avais noté durant cette année. Ils m'ont permis par la suite de lire avec bonheur Kant, Nietsche, Freud, Rousseau, etc. Jamais je n'aurai ouvert leurs livres sans cet enseignement.
Je crains que par la suite ce professeur absolument extraordinaire ne se soit malheureusement perdu en essayant de théoriser ce qu'il faisait si bien : enseigner…