Entretien de skholè avec Fanette Charvier, députée LREM du Doubs, co-rapporteure de la loi sur « L’école de la confiance » à l’Assemblée nationale

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Entretien de skholè avec Fanette Charvier, députée LREM du Doubs, co-rapporteure de la loi sur « L’école de la confiance » à l’Assemblée nationale

Question 1 de Skholè : Depuis 1989, les lois d'orientation sur l'école se succèdent et on peut dire que l'éducation nationale ne cesse de se transformer depuis trente ans pour tenter de régler une crise de l'école et de l'éducation qui persiste. Ainsi, en 2013, suite à l'élection de François Hollande, nous avons eu une loi de refondation de l'école qui procédait, pour partie, des discussions organisées sur ce thème. Quelle est donc l'orientation et l'originalité de cette nouvelle loi sur l'école de la confiance, quelle est son orientation qui fonde sa légitimité intellectuelle et politique? En quoi prétend-elle apporter des solutions à la crise de l'école? Plus précisément, dire qu'on promulgue une loi sur la confiance, cela signifie-t-il que l'école est embarquée dans une spirale de la défiance? Quels sont les éléments intellectuels et institutionnels qui alimentent cette défiance et comment y remédier?

Fanette Charvier : Vous avez raison : initialement, la loi n’était pas programmée. En fait elle est devenue nécessaire pour deux raisons qui s’articulent. D’abord les mesures prises dès 2017 souffraient d’un déficit de cohérence, elles étaient trop isolées. Ensuite, nous avons constaté que se mettait en place subrepticement une école de la défiance qui nourrissait, par exemple, une crise profonde de l’autorité dans toutes ses dimensions : autorité des savoirs et de leur transmission, autorité de l’institution, autorité des professeurs. Dès lors, face à cette inquiétante montée de la défiance, une loi sur l’école de la confiance devenait nécessaire. Il fallait définir les cadres et les principes.

Question 2 de Skholè : Il s'agit, nous dit-on, de garantir les savoirs fondamentaux pour tous. La question des savoirs fondamentaux a une histoire qui recoupe celle des dérives pédagogistes d'antan – les procédures. En quoi ces savoirs fondamentaux ont-ils été délaissés, quel sujet veut-on construire à l'école avec cette loi, s'agit-il de redorer le blason de l'éducation nationale dans les évaluations PISA? Corrélativement, que penser de la réforme des programmes scolaires qui marque un retour des exigences intellectuelles et disciplinaires mais laisse apparaître un fossé grandissant entre un élève abstrait et les élèves réels? De même, comment comprendre une réforme des lycées qui semble mettre en péril les disciplines? Enfin, le maillon faible du système éducation est, nous dit-on aujourd'hui, l'école primaire. Soit. Et on repense alors l'école et le lycée, mais que devient le collège qui était l'ancien maillon faible? On ne peut non plus éviter, et c'est le deuxième aspect, la question des inégalités à l'école et le risque toujours présent d'un égalitarisme de mauvais aloi.

Fanette Charvier : Il s’agit d’insister d’une part sur les trois compétences lire-écrire-compter et d’autre part d’enseigner le respect d’autrui. Pour nous, l’essentiel se passe à l’école primaire et nous voulons reprendre les choses depuis leur commencement. D’où le dédoublement des classes en CP-CE1, d’où également l’obligation scolaire dès l’âge de trois ans avec une vraie réflexion sur l’apprentissage en maternelle.

Le constat est sévère et sans appel : les inégalités scolaires se creusent et le marquage social est patent.

Mais ce retour aux savoirs concerne également les professeurs, et par conséquent la formation qu’ils reçoivent. Les ESPE installées par la loi de 2013 font apparaître une diversité trop importante des formations alors que les exigences de l’état sont parfaitement nettes. Il faut reprendre la question de la maîtrise des savoirs fondamentaux par les professeurs. Ce qui implique évidemment un cadrage national de la formation des enseignants, une réflexion sur les licences universitaires, une réflexion sur la pré-professionnalisation, un peu sur le modèle ancien des IPES. Enfin, je signale que ces dispositions prévues par la loi seront évaluées ; nous voulons promouvoir et rendre possible une évaluation des politiques publiques engagées, sachant que dans le domaine éducatif ce qui prévaut est le temps long et que le temps politique est un temps court. De plus, dans le formation des professeurs ainsi conçue avec la création des INSPE, nous voulons mieux articuler la recherche en éducation et en pédagogie avec la formation des professeurs. Ce qui requiert que cette recherche en éducation soit renforcée et pluralisée.

Question 3 de Skholè : Sur le volet politique et institutionnel, la loi souhaite adapter les institutions aux territoires. Cela est louable. Dans son livre de 2017, Jean-Michel Blanquer vantait les mérites de l'autonomie, insistait sur le contrat et la subsidiarité pour faire respirer le système éducatif et voulait s'appuyer sur les acteurs de l'école. Ce faisant, il plaçait au centre de ses préoccupations l'effet-établissement et souhaitait proposer une nouvelle culture de l'évaluation institutionnelle au plus près des réalités scolaires. Que devient ce programme ambitieux dans la loi?

Fanette Charvier : La volonté de faire respirer le système éducatif et de se tourner vers les acteurs au sein des établissements est bien présente. Mais elle prend la forme de l’expérimentation qui va être de plus en plus encouragée. Des pratiques nouvelles sont à inventer tant dans l’organisation de la classe que dans la répartition des horaires dans le cadre de cette expérimentation encadrée. Je crois beaucoup aux réalités locales et des marges de manœuvre réelle existent. Cette expérimentation, de surcroît, doit être pensée en réseau. Il conviendra également de réfléchir à une réforme de l’évaluation des établissements sous la forme, par exemple, d’un audit où tous les acteurs de l’école seraient concernés et sollicités. Cela n’est pas explicitement présent dans la loi mais la possibilité est présente. Cela renvoie au pilotage du système éducation et même à son gouvernement. Je le répète : la loi sera évaluée et ses effets seront mesurés dans cinq ans.

Question 4 de Skholè : On reproche parfois au ministre Blanquer un excès d’autorité. Que pensez-vous de cette critique ?

Fannette Charvier : Le ministre, dans les cas auxquels vous faites allusion, rappelle juste titre le cadre dans lequel travaille tout fonctionnaire de l’Etat, il rappelle à juste titre que le fonctionnaire a certes des droits mais aussi des devoirs qu’il doit respecter. De ce point de vue, ces rappels, parfois nécessaires, sont parfaitement fondés.