Crédits illustration

Le principe de l'illustration iconographique de skhole.fr est de faire appel à un artiste à chaque livraison, l'une de ses oeuvres accompagnant chacun des articles publiés. Nous espérons nouer de nombreuses et fécondes collaborations. Si vous désirez proposer votre travail pour l'iconographie de skhole.fr, n'hésitez pas à nous contacter.

 

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Les oeuvres illustrant la livraison XXIX de skhole.fr sont issues du travail de Julien VIGNIKIN (www.vignikin-julien.fr).

Julien VIGNIKIN identifie sa vie à son art dans une recherche perpétuelle où il interroge le mystère de l'art comme celui de la vie.

Dans son travail l'émotion est omniprésente. Julien sert ses références, ses courants d'influences et ses notions acquises en passant librement les portes qu'elles lui ouvrirent jadis. Il peut désormais explorer les méandres des sentiments dans leur contexture originelle et infinie et poursuivre son errance entre éclipse et lumière.

Sa peinture décline aujourd’hui le motif de la Croix, « signe empirique faisant appel à l'inconscient ou conscient collectif : la Croix comme Cri, comme Crucifixion, comme Cible, comme Code, la Croix des quatre Points Cardinaux et des quatre Eléments… ».
Symbole du sacré, de l’espoir, symbole de régénération, la croix représente pour la plupart ; la foi, l’amour…
« Les croix, ont, au travers du temps rassemblé, divisé, exprimé le mystique. En exposant dans un lieu sacré, Julien tient à laisser la trace de cet emblème et ce que suggère pour lui la croix, les croix. » 

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Tous les dessins illustrant la livraison XXVIII de skhole.fr sont extraits du magnifique et passionant ouvrage intitulé Enfantillages outillés, un atelier sur la machine (l'Arachnéen / RADO, 2016), qui retrace une expérience menée pendant l’année scolaire 2012-2013 avec une quarantaine d’enfants âgés de 4 à 10 ans, élèves de trois écoles primaires de la vallée de la Dordogne. Une présentation du livre suivie d'un entretien avec les auteurs est disponible ici. Nous remercions chaleureusement les auteurs et l'éditeur de nous avoir autorisés à reproduire ces images.

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Claude-Luca Georges nous fait le grand plaisir d’illustrer la livraison automnale numéro XXVII de Skhole, avec six œuvres extraites de la série « Faille ».

D’une ancienne ferme à la campagne au renommé Bateau-Lavoir, de la Bourgogne à Montmartre, d’un atelier à l’autre, la voix de Claude-Luca Georges raconte dans une vidéo, comment il peint, bien plus, comment il fait de la peinture. Entre œil et oreille, le regard se trouve aiguisé par l’écoute captive de la parole du peintre – sur un mouvement entêtant et répétitif d’une virtuose contrebasse aux mains de femme. Cette parole se fait aussi poésie de ces formes et matières, découvrant son geste ample de peindre, autosuffisant, loin des supports et couleurs sériels, des matériaux prêts à l’emploi, puisque tout ou presque est créé de sa main. Ici les bords refusent la géométrie de la ligne droite, de l’angle ; le regard n’y est pas encadré par la fenêtre du tableau. L’ondulé délimite les œuvres, à la manière d’une ligne de flottaison, entre l’œuvre vive – en langage maritime il s’agit de la part cachée du navire, mais absolument nécessaire pour fendre la mer –, et l’œuvre morte – la part visible. Dans l’épaisseur de la peinture abstraite, matérielle, le jeu avec l’invisible n’est pas absent, par la torsion, l’intensification avec la réalité, l’absence totale de la dimension figurative, ce qui n’est pas sans semer le trouble dans la perception du spectateur. La « voracité de l’œil » évoquée par le peintre est ici convoquée qui, par je ne sais par quels rythmes, compositions, assemblages de couleurs et formes, me donne la sensation de voir des fragments organiques de nature, que les failles détachent encore en morceaux réels, presque palpables. Cette sensation avec laquelle ressentir dans son corps la peinture « comme un animal pâture une prairie », selon les mots de Paul Klee, rappelle ce qu’il peut y avoir de pulsionnel, et même d’une possible sauvagerie des sens, dans l’expérience de la délectation esthétique par le regard – en apparence silencieuse. Et à une certaine distance focale, c’est sans nous, les humains, puisqu’il s’agit d’abord d’une immersion dans la matière, son relief, ses couleurs. Ô couleurs agalmatiques, que dire de vous ? Entre les plus claires, fabriquées par une tempura à l’œuf, lumineuses, gourmandes, folâtres, couleurs de l’azur, et les plus fortes à base de résine, les sombres, les caverneuses, les ténébreuses, celles des nuits profondes, qui jaillissent en autant de sensations intenses alors que les mots manquent à vous nommer ? Le peintre vous dit en tension, en dualité foncière entre le haut et le bas, le ciel et la terre, le jour et la nuit, l’esprit et la chair. L’envie de vous toucher, de vous goûter presque m’envahit. Attiré jusqu’à vous, LE REGARDEUR sera surpris par l’entrecuisse d’une femme nue, soudainement s’offrant à l’œil, sa présence olympienne aussi, dans ses jupes souveraines, tournoyantes, la sculptant. Qu’il s ‘agisse du creux de son intimité ou du haut de ses mascarades, l’homme est tout entier dans son cri. La mimesis est de retour. « Le pathétique » entre en scène, la toile s’humanise, alors que l’autre n’existe pas quand l’œil est pris par sa voracité, « ni pitié, ni compassion » quand la matérialité, l’objet, prédominent nous prévient l’artiste. Le cri de l’homme ? Désir sauvage, retrait scandalisé, mystérieux cri qui semble retentir solitairement dans la nuit des temps ? Mise en abyme de l’œil du peintre ? Signe de l’indicible de la rencontre avec l’appel au désir ? La récurrence de la robe dans cette série, paraît consacrer cette phrase de Baudelaire : « Quel est l’homme qui […] n’a pas emporté une image inséparable de la beauté de celle à qui elle appartenait, faisant ainsi des deux, de la femme et de la robe, une totalité indivisible » ? Sa disparition la mettant à nu dans l’intimité de sa chair béante. Et la faille à cette hauteur de la toile ? Devenue celle entre les amants, l’homme et la femme, l’amour et la chair, la nuit et le jour, le ciel et la terre ? Tout ce qui forme un ensemble dans la différence, l’opposition, irréductibles ? Cependant que le travail est traversé par des tensions, des rapports contraires, l’artiste se propose de joindre l’abstraction et la figuration ensemble. Une démarche en rhizome, par-delà les mots d’ordre prônant une conception univoque de la peinture, des modes ou manifestes, mais qui puise dans le champ infini des possibles propres à la peinture. En somme, un style qui brouillerait, refuserait, les clivages parfois, souvent, encore vivaces, entre le figuratif et l’abstraction, déconstruisant les périodes convenues de l’art, relayées par des discours institutionnels continuistes, alors que la pulsion de « l’œil vorace », celle que convoque l’art pictural, qui ne connaît ni les discours sur l’art, pas plus les souhaits du peintre, est habilement mise au travail, presque sans le savoir. Dans l’espace de ces failles, à la manière des rimayes, mais à la verticale, cet irrémédiable détachement se fait noir, trou, vide, non représenté, parmi les formes signifiantes qui de l’appel charnel féminin, qui du cri de l’homme, sexes béants, bouches criantes, dans leur crudité symbolique, l’absolu de leur signe, et laisse l’œil du spectateur naviguer d’un mystère à l’autre, pour se replonger dans la faille qui regarde les siennes, ad libitum, comme moins seul sur ces terres crevassées.

Elise Clément

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Pour la livraison XXVI de mai 2016, nous avons le plaisir de présenter sept photographies extraites de Mythomanias, un infime aperçu par image de créations architecturales élaborées, des abris, pour des singularités qui débordent par leur existence réelle ou mythologique, la loi de leurs sociétés ou de leurs groupes, par une échappée qui ne trouve à se loger nulle part.

Telle celle de ce Brahmane, par exemple, rencontré dans le sud de l’Inde, qui vivant parmi sa communauté, suscite l’incompréhension, voire la jalousie, à ne préférer s’occuper que de sa grande bibliothèque – Would have been my last complain, et lui imposerait un mur, réduisant son espace avec sa famille. Des abris pour les figures trahies, abandonnées, par la promesse non tenue d’un homme, comme Ariadne de Naxos, qui, dans l’une des versions du mythe, serait morte de chagrin. Ou encore une déclinaison particulière de Diogène, refusant tous les semblants de la société, continue d’y vivre, mais avec les rats, pour conserver sa part sauvage. Nos villes ne regorgent-elles pas de ces Diogènes contemporains ? Parlant en eux-mêmes, solitaires, invectivant parfois l’autre, les à la marge mentale de la norme inscrivant leur corps dans les interstices urbains ?

Cette série d’études, menées par des architectes, a pour sous-titre,  crime scenes & psycho cases studies – quinze en tout – sur un concept de François Roche et Camille Lacadée – 2012/2015 – new-territories_m4mindmachinesmakingmyths. Elle a été réalisée dans différents lieux, Thaïlande, Suisse, Inde, etc., aux confins de la nature, parfois de milieux urbains, et aussi de la technologie, puisqu’un robot malaxe la matière, offre de nouvelles lignes et épaisseurs, créant étrangement par sa loi des algorithmes, l’abri de récits d’images mentales,  jusqu'à la brisure la plus intime, pour des personnages qui empruntent autant à la mythologie que pour des personnes réelles et leurs symptômes. Ce travail d’architectes, qui de l’imaginaire jusqu’aux symptômes épinglés par la science, desquels ils se jouent, tente en chiasme de rendre compte de l’intérieur vers l’extérieur, de ce qu’un homme ou une femme auraient à loger de plus singulier de sa cartographie mentale par un abri le prolongeant,  et qu’ils ont à dessein de leur construire.

C’est dans un dispositif, complexe, dont nous n’avons qu’un aperçu ici, prenant à bras le corps l’au-delà de toute convention du vivre ensemble, en couple, ou en famille, en collectivité, loin des lois autoritaires de la ségrégation de l’espace du monde, dans un rapport absolu, où à la lettre d’une première douleur, d’un indicible, ou d’une errance,  d’un lien terrible à l’autre, ou impossible – ce que les titres des images signent aussi – que leur travail se déploie dans un esprit collectif d'échanges.  

Des architectes aux prises avec l’inouï, en résistance, qui redessinent, pensent, écrivent, construisent les contours de l’intérieur de singularités imprenables, inlogeables, incertaines. Mythomanias est le travail très saisissant d’arpenteurs-bâtisseurs d’un genre autre du monde globalisé, à la quête des à part.

Elise Clément

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Anne PROCOUDINE-GORSKY est artiste peintre plasticienne, diplômée de l’ENSAAMA (Paris). En parallèle de sa pratique personnelle, elle travaille dans le spectacle et met en place des ateliers de pratique artistique dans de nombreuses structures. La livraison XXV de février 2016 de skhole est illustrée par six oeuvres extraites de sa série "Nus rouges" (50 x 50 cm ou 60 x 92 cm, sanguine et pigments, acrylique sur toile ou drap, 2015).

"Depuis quelques années, mon travail s’inspire du corps. Cette démarche me permet de rendre sa noblesse à notre véhicule, cette magnifique machine transportant notre conscience, trop souvent malmenée et mal jugée. Le corps féminin a été représenté depuis des siècles, mis sur le devant de la scène. J’aime à rendre justice au masculin et représenter, dans la douceur, sa beauté et sa puissance. De la même manière, mon travail sur l’Etreinte me plonge dans l’intimité du couple, des corps enlacés. Je cherche à représenter la fusion entre deux êtres, à suggérer les respirations, les rythmes, le lien entre les corps et les âmes. J’utilise des ocres rouges pour laisser éclater une sensualité dans l’harmonie de cette rencontre. Dans ma recherche plastique, je plonge dans les matières, celle de la peinture et celle des chairs. Je travaille au sol, avec des traits et des jus dilués, comme une aquarelle géante. Le grand format me plonge dans une implication corporelle totale. L’énergie que je dois déployer alors m’emporte, et m’immerge totalement dans l’acte créatif, me donne ma place dans ce monde. Mon but est de faire naître l’émotion et de suggérer des éléments qui ne se figurent pas, les odeurs, les sons, la mémoire et les respirations. « Caresser » le corps me rapproche de l’âme." (Anne Procoudine)

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Daniel Levy, 44 ans, ancien élève de l'école des Beaux-arts de Nimes, partage sa vie entre la musique et le dessin, dont il a repris le travail depuis 2011. En 2013, il inaugure une vaste série de plusieurs dizaines de dessins au feutre intitulée "Séquences", qui a déjà donné lieu à plusieurs expositions, notamment à Nimes et à Marseille, et dont sont extraites les oeuvres publiées dans la livraison XXIV de novembre 2015. Suivant un procédé original, qui utilise un système de caches en carton et de scotchs, il réalise des dessins au feutre à l'intérieur d'un cadre rectangulaire, dont le résultat n'apparaît qu'a posteriori, y compris à lui-même : des mouvements multiples et amples de sa main sur le support, l'oeuvre finale, une fois ôtés les caches, ne retient au bout du compte que des détails, des visions fragmentaires, rendues visibles comme au travers d'une meurtrière : des "séquences". Se donnent à voir alors des surfaces blanches striées de traits à la fois ténus et d'une grande densité de couleurs et de mouvements, dont on ne saurait dire si elles relèvent de l'art abstrait ou figuratif : comme des abstractions concrètes.

Julien Gautier

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Odile Alliet nous fait le plaisir d’illustrer la livraison printanière XXIII de 2015 avec des œuvres extraites de la série Écritures en acrylique et aquarelle. Après avoir étudié à l’École Supérieure des Arts appliqués Duperré de Paris, elle a travaillé à la création de décors pour le cinéma, le théâtre, ou encore la publicité et les grands hôtels, avant de se consacrer à la peinture, à l’illustration, et depuis peu à la gravure. Ce qu’elle nomme ses Écritures sont des séries de visages, au nombre variable selon les tableaux. Au commencement des visages en série ce fut la captation d’un détail : rendre le regard par les yeux. Ils prenaient alors toute la surface de son support. Visiblement, l’artiste regarde autant que ça la regarde le regard de l’autre, qu’elle emporte avec elle, pour lui jeter un sort solitaire dans son atelier, où son regard cerne l’autre attrapé au vol par la restitution en image, à l’œil. Comme pour enregistrer ses rencontres anonymes qui ont cependant déposé leurs traces. Le métro, dit-elle, m’a décidée à rester à Paris. C’est là où elle aime rencontrer les visages, se laisser envahir par une expression, c’est là où elle est attentive au micro-changements d’un unique visage. Les terrasses sont aussi laboratoire de visages. Ce n’est pas sur la foule qu’elle travaille, mais sur un visage qu’elle décline. Si elle a quitté les yeux pour l’ensemble du visage, la couleur s’est aussi immiscée dans « son tissu » de lignes de visages. Des traits pour les regards aux lignes de visages, comme autant de symboles, d’écritures. « Idéogrammes ou hiéroglyphes », plutôt que lettres, dit Odile Alliet. Une lettre ne dit rien sans les autres pour former mot, phrase, récit. Et la seule restitution de la saisie d’un visage non plus visiblement ? Se ferait-il lettre ainsi épinglée à un seul instant éphémère, s’y réduirait-il ? D’où la série. Comment le rendre, celui qui sans cesse se transforme, ce visible d’un visage, comme des lignes d’écriture, à l’invisible des mots qui sont « terribles » pour l’artiste , et qui ici sont silencieux. Comment figurer ce qui sans cesse se dérobe d’une seconde à l’autre de la vie d’un visage croisé, délogé de l’anonymat par le regard qui s’y arrête. C’est peut-être l’instant de voir qui semble sans cesse à recommencer dans le geste de peindre. C'est à suivre. Assurément.
Pour découvrir son travail : http://www.odile-alliet.com

Elise Clément

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La livraison XXII de l'hiver 2015 est illustrée par une série d'extraits de Médusa, oeuvre monumentale de Gilles Marrey, créée expressément pour une exposition de l'artiste au Musée des Beaux-Arts de Rouen, qui durera jusqu'en mai 2015. Elève de l’école des Beaux-Arts de Rouen de 1982 à 1988, Gilles Marrey reçoit l’influence de Gérard Garouste, qui l’incite à cultiver son penchant pour la peinture et le dessin. En virtuose, il convoque dans ses œuvres des images de la vie moderne, de la nature, des modèles, qui résonnent avec l’histoire des arts et les mythes anciens.

"Ce dessin fut entamé de la gauche vers la droite, en déroulant la large feuille au fur et à mesure, sans schéma préconçu, sans idée arrêtée, si ce n'est de ce laisser porter par le courant du temps, des pensées et des émotions. (...)

Un grand dessin mais sans dessein. Vivre et témoigner de vivre, au fil du trait. Ne pas s'entrainer (s'entraine t'on à vivre?), se réconcilier avec ses échecs, apprendre à dessiner en dessinant, tenter, saccager, recommencer.

Le dessinateur, mois après mois, voit apparaître et redisparaître son œuvre dans le rouleau, le dessin étant trop grand pour le mur de l’atelier. De la même manière l’oeuvre sera exposée dans la nuit d’une pièce obscurcie, chacun muni d’une petite lampe individuelle, illuminant le dessin partiellement, jamais entièrement.

En laissant à la nuit le secret de son ensemble, « Medusa » rejoint la perception que l’on a d’un livre page après page ou d’un film scène après scène, la frustration du regard de ne pouvoir tout appréhender étant atténué par l’acuité que donne la nuit aux détails et l’ampleur des espaces qu’elle suggère. Médusa laisse au souvenir le soins de reconstituer sa réalité et sa narration, à notre entendement et notre imagination celui de recréer sa globalité, de transformer une perception inachevée en une œuvre accomplie. (...)" (Amérigo Rogas).

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Nous remercions Fabienne Houzé-Ricard qui nous a fait la faveur d’illustrer la livraison XXI de l'automne 2014. Elle a été enseignante d’arts plastiques avant de se concentrer pleinement à son travail d’artiste qui réunit des supports divers : la peinture, les installations, et les dessins comme autant de carnets de bords, qui accompagnent les séries dédiées à un travail précis de variations sur un même thème. Le choix des matériaux – bande plâtrée, verre –, comme des couleurs, appartiennent pleinement aux récits qui accompagnent mentalement le travail de l’artiste, irrigué par l’ample question métaphysique de ce que nous faisons là, de nous comme avec nous, et surtout là maintenant. Et qu’est-ce qui de l’enfance s’est transformé, a disparu, ou sous-tend l’apparente contingence de ce que nous fabriquons dans l’exil de ce temps qui sans cesse reflue par petits fils, plus ou moins, visibles. De la mort d’un père à un nid d’oiseau posé sur une chaise à la campagne, où elle a grandi en « enfant de la terre », mais aussi dans la proximité d’un étrange lieu, l’abattoir familial – carcasses alignées, après la saignée, l’arrachage du cuir, l’éviscération de ses abats blancs et rouges – Fabienne Houzé-Ricard semble avoir conservé la matérialité et les couleurs de cet univers particulier quand elle peint. Et la quête d’un nid. La série des nids rouges sur fond noir, aux occupants toujours absents, signe à la fois le commencement de la vie et la quête d’un lieu où continuer à se nicher. Ces nids aussi figuratifs qu’abstraits se donnent à voir comme une métaphore du vivant, en ce qu’ils sont des espaces pour l’accueillir, fabriqués dans la nature à cet effet par leurs créateurs, en même temps que les linéaments aux textures vivantes semblent les traces d’une autre vie. Des nids-organes, des nids-végétaux, des nids comme des cœurs où pulserait la vie. Comme si le visible et l’invisible se trouvaient loger ensemble dans ce geste de peindre des traits, prolongeant le corps de l’artiste, sa respiration, pour certes donner forme à des nids, mais aussi à leur matière intérieure vivante et aux variations infinies de les tisser. D’où la série. Des tissages de nids comme autant de linéaments de vies plurielles, ou le tissage d’un nid unique, aux formes et textures qui selon le temps varient. Et de comment on le regarde. Des nids-corps ou nicher son corps de l’oiseau à l’homme. Le nid toujours à recommencer ?

Elise Clément

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Nous avons le plaisir de présenter, pour la livraison XX de Juin 2014, une sélection d’affiches de Patrick Daumont, extraite d’une longue série non achevée. Né à Saint-Germain en Laye en 1958, Patrick Daumont, alias Dada, donne à voir avant d’entendre, puisque ses affiches colorées, décalées et gaiement provocatrices annoncent les soirées, où Dada et ses complices, comme les Blondie&Blondie, se produisent en tant que DJ. Aux couleurs acidulées le plus souvent, ses collages jouent avec les slogans autant qu’avec les objets, afin d’en détourner le sens commun et de créer des corps aux éléments composites ; une tête de cochon, une poupée aux deux têtes affublées de signes féminins, un personnage en forme de bonbonne d’eau unijambiste… Les lieux d’entrée de nos jouissances, se promènent d’affiche en affiche, et fonctionnent comme des ready-made, mais détachés du corps. Une bouche sensuelle de femme, des yeux écarquillés, ou encore une oreille qui écoute, nous renvoient à nos pulsions, et nous mettent l’eau à la bouche ! Et dans sa version Dada : « DADA rentre d’un côté, DADA sort de l’autre côté, à l’évidence DADA est un trou, DADA aime les trous… » Très marqué par sa découverte du mouvement dadaïste au moment de ses études d’art à Sèvres, il lui faudra attendre un autre mouvement qui le grise, jusqu’à l’aspirer, le punk, pour en être acteur dans les années 70. C’est bien au confluent de ses deux mouvements d’expression que le travail graphique de Patrick Daumont se situe avec néanmoins sa propre touch sexy !

Elise Clément

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Née en 1983 à Paris, Jeanne Clauteaux, qui vit aujourd’hui entre son lieu de naissance et le Venezuela, où se trouve son atelier, nous fait la faveur d’illustrer la livraison XIX de l’automne 2013 avec une sélection d’œuvres gravées à la pointe sèche sur métal, extraites de quatre séries : paysages, figures, couples et foules. Des plis des manteaux sur les fauteuils du salon familial qui attrapaient l’œil de la jeune dessinatrice, enregistrant alors en solitaire la vie des objets familiers au repos de leur fonction, Jeanne Clauteaux semble avoir conservé le goût de l’infime détail, de la brisure de la matière et de sa trace dans le choix de son medium. Car ce qu’elle nous donne à voir, les tirages ou les estampes, ne sont que l’ultime étape de son geste de graver : ils sont les miroirs imprimés sur papier des planches incisées, creusées, sillonnées de sa pointe sèche, selon une technique particulière d’impression. La gravure, peu importe le choix de sa technique, en l’occurrence en taille directe, offre une image finale toujours différée de son temps de fabrication, si éloigné de l’immédiateté et de l’omniprésence de l’image au XXIe siècle, et dont la plaque peut se faire palimpseste comme support infini d’une seule oeuvre. Est-ce par cette part d’ombre cachée à laquelle nous n’avons pas accès, mais subodorons, que nous sommes captés par le travail de Jeanne Clauteaux, comme si nous cherchions les mystères de cette immersion dans la matière et le temps qui les a fait naître ? Un « voyage » jamais connu à l’avance selon l’artiste et propre à chaque gravure. Dans le travail de Jeanne Clauteaux réside une force discrète et vivante de ses sujets, grâce à l’agencement des traits irréductibles entre eux qui réussit à donner matière, par exemple, aux battements d’une végétation supposée herbeuse, ou encore à la tension des muscles des corps qui s’approchent, s’empoignent, se mêlent, s’interpénètrent ou s’éloignent. Selon les séries - personnages solitaires, tentant le duo et ses variations, pris dans la foule ou encore les paysages de nature résolument loin de leur commerce -, ses traits sont au cœur de formes de vie tantôt allègres, sombres, profondes ou ludiques, parfois tout à la fois, quand d’une foule agglutinée au moins un se sépare de la masse, semblant venir jusqu’à nous qui le regardons et qui l’attendons presque par une ultime transformation surgir du cadre pour venir nous dire à quoi il échappe. Vertigineuse individuation et pourtant si proche. Les tons de noir, de blanc, de gris qui se dégagent du rythme des traits et de leur profondeur, créent des rapports de masse à géométrie variable, brouillant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur de la nature et des personnes qui traversent l’œuvre de l’artiste, que l’absence généreuse de titre redouble encore. C’est ce relief intérieur qui habite les corps des personnages et les paysages qui nous invite à regarder de plus près encore de quoi nos propres solitudes se tissent en miroir de ces paysages sans homme et de ces hommes livrés à eux-mêmes dans le cadre de l’image. Pour le dire avec les mots du poète René Char : "Seules les traces font rêver", c'est bien ce à quoi nous convient les gravures de Jeanne Clauteaux, au-delà encore des veloutés de gris qui caressent l'oeil. 

Nous vous invitons à consulter le site de l’artiste pour suivre son travail : http://www.jeanneclauteaux.com

Elise Clément

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Nous remercions Philippe Lévy de nous avoir permis d’utiliser certaines de ses photos pour accompagner la livraison XVIII de l’été 2013. Le travail photographique de Philippe Lévy se situe à l’intersection de plusieurs domaines : publicité,  presse (ceux qui s’intéressent à la musique électronique et lisent la presse dédiée ont certainement déjà croisé certaines de ses photos de festivals, de DJ’s ou de célébrités du rock indépendant), photoreportage onirique. Le choix des sujets est lui aussi éclectique : portaits, photos de lieux humains mais vides, paysages. C’est cette dernière thématique qui préside à notre sélection (toujours, hélas, trop restreinte) pour skhole.

Des options qui peuvent sembler paradoxales, et le travail de Philippe Lévy l’est. Non d’un paradoxe/jeu de langage qui vise à désorienter par des paralogismes, mais bien plutôt comme expression de la nature ontologiquement ambiguë de toute chose. Dans les portraits de Philippe Lévy, les individus deviennent eux-mêmes paysages et semblent faire corps avec le décor, dans ses photos de festivals, la foule devient forêt, et les éléments naturels de ces paysages deviennent étrangement humanisés, quand ce ne sont pas les objets techniques et l’urbanisme qui deviennent un milieu. Philippe Lévy interroge les frontières entre humanité et inhumanité, hostilité et accueil, passion et ataraxie, jusque dans le traitement de l’image, qui souffle à la fois le chaud et le froid (ses paysages sont à la fois menaçants, unheimlich et attirants, voire confortables, il y finalement continuité entre les reflets de la vitre du bâtiment ultra-moderne, les écrans des ordinateurs, et le bleu de la mer qu’ils surplombent). Nos repères vacillent tout en restant là, notre environnement devient bizarrement familier ; tout unit les choses et tout les distingue. Dans une ambiance à la fois baroque et austère, Philippe Lévy nous montre un monde stable dans son instabilité, apaisant dans son devenir et son inachèvement permanents, pour peu que nous nous y insérions dans une tension ascétique toujours prête à recevoir ses étrangetés.

Si vous souhaitez découvrir davantage le travail de Philippe Lévy : http://www.philippelevy.net/home/

Guillaume Vergne

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Né en 1980 en France, Thomas Henriot nous fait le plaisir d’illustrer cette livraison XVII de l’hiver 2013. À travers cette série de croquis à l’aquarelle consacrée à Beyrouth, nous avons fait le choix de présenter la genèse du travail de l’artiste. Renouant ainsi avec une technique picturale que les explorateurs, les voyageurs ou les observateurs utilisaient pour illustrer leurs découvertes, la nature observée, les villes rencontrées, leurs habitants ou encore l’architecture, Thomas Henriot nous propose ici des scènes de vie ordinaire, décalant son regard des violences qui ont régulièrement secoué la capitale libanaise, depuis la guerre civile en 1975. Les couleurs sont vives, le plus souvent chaudes, l'artiste livre par écrit les sensations du corps, comme la présence de ceux qu’il rencontre, ou simplement observe, enregistrant ainsi le hors-champ contingent à son travail. Il réintroduit le temps de fabrication, l’implication de son corps au travail, et la rencontre d’autres corps. L’aquarelle ne se donne plus comme un instantané figé, à l'inverse réinscrit-elle dans sa matérilalité même quelques morceaux de réels rencontrés.
Au fil de ses voyages – l’Inde, la Chine, le Brésil, l’Argentine, Cuba…- et de son ouverture au monde toujours plus vaste, son rapport radical au dessin depuis l’enfance - être au monde en dessinant le monde qui l’entoure - va s’en trouver bousculé vers des confins non bordés. Par le choix des supports, les rouleaux, comme des bobines de film, sur lesquels des heures durant, à même le sol, Thomas Henriot enregistre la vie qui se déploie sous ses yeux, autour de lui, en lui. Presque sans limite, le dessin déroule les lieux. Il se marque toujours plus de la performance du corps ainsi que de l'inattendu qui trouve place, ou pas, dans le processus ; geste de voir, montrer l'ailleurs, lui-même enchâssé.

Pour découvrir le travail de Thomas Henriot : http://thomashenriot.com

Elise Clément

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Né en 1980 à Château-Thierry, vivant à Berlin, Pierre-Étienne Morelle nous fait la faveur d’illustrer cette livraison XVI de l’automne 2012. Son travail conjugue avec brio installation et performance : nous publions en exclusivité les dessins préparatoires réalisés pour la performance SPLIT (http://www.enblanco.de/index.php?/editions/present/). Une bande de caoutchouc tendue et accrochée en certains points d’une pièce, formant une structure de plus en plus arachnéenne, envahissante et zigzagante par l’insertion de bâtons ou de nouveaux points d’accroche. Jusqu’à ce que la tension devienne insupportable, et fasse disparaître instantanément l’installation. Le spectateur voit son corps de plus en plus contraint, à mesure que l’installation se complexifie, sous la menace de plus en plus imminente de son explosion. Les installations et les performances de Pierre-Étienne Morelle interroge radicalement notre rapport au corps, dans toute sa vulnérabilité et sa fragilité : obstacles que le spectateur doit contourner, structures instables, engagement physique à la fois de l’artiste et des spectateurs. Nous redécouvrons alors notre dimension charnelle dans toute son immédiateté, ses limitations mais aussi ses possibles. Car si Pierre-Étienne Morelle nous renvoie à notre précaire condition, c’est sous la forme d’un grand éclat de rire où l’expérimentation est toujours ludique. La gravité qui pèse sur nos corps ne doit pas affecter nos esprits ; à voir les performances équilibristes de Pierre-Étienne Morelle, il semblerait qu’elle nous impose au contraire un devoir de légèreté et d’insouciance. L’installation bascule, s’évanouit, disparaît, et nous révèle que l’existence est une chose trop sérieuse pour ne pas s’en amuser.

« Dans mes installations performatives, je m’aventure dans des actions à la défaillance programmée. Me confrontant aux propriétés physiques des matériaux bruts (caoutchouc, carton, bois) je défie avec méthode les forces élémentaires dans des expériences aux finalités absurdes et j’engage le spectateur à prendre part au processus ».

Vous pouvez trouver le travail de Pierre-Étienne Morelle ici (http://www.pemorelle.com/index.php?/about-this-site/). 

Guillaume Vergne

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Jean-Michel Meurice, homme de culture, cofondateur du mouvement Supports/Surfaces, peintre exposé dans les plus grands musées du monde entier, mais aussi documentariste reconnu, et acteur majeur de la fondation d’Arte, nous a fait le plaisir de choisir pour nous les œuvres qui accompagnent cette livraison XV de l’été 2012. Le travail de Jean-Michel Meurice peut se voir comme une réflexion sur l’essence de la peinture, à travers une recherche intense sur la couleur, qu’il essaie de restituer dans toute sa vibration et sa pureté. Il s’affranchit donc de la figuration mais en dépassant le simple cadre de l’abstraction : il s’agit, dit-il, de « rendre visible ce qui n’était nulle part ». D’où l’importance d’une peinture pensée comme geste, à la fois ascèse mais aussi spontanéité, s’inscrivant dans une démarche itérative qui ne confine jamais à la répétition mécanique, et qui puise son inspiration aussi bien dans les éléments de la nature (feuilles, fleurs) que dans la confrontation entre peinture, décoration et architecture (d’où son intérêt pour les productions graphiques des civilisations du monde entier, des mandalas tibétains à l’arabesque omeyade, par exemple), ou dans le rapport de la peinture à sa matérialisation (impliquant par là une multiplication des supports, des lieux, des formes et des formats). Voulant peindre « comme s’[il] étai[t] un enfant qui dessinait », « fuy[ant] les images », l’épure graphique de Jean–Michel Meurice s’efforce d’atteindre le peindre lui-même, de retrouver un langage universel de la peinture et du regard qui suscite un renouvellement du voir dont la simplicité, l’élémentarité, l’évidence même produisent en nous une émotion dont l’intensité est à la mesure de « la couleur pure » qu’il nous révèle à nouveau  dans toute sa puissance.

"La question n’est pas “Que peindre? “ mais : “Où peindre ?” La peinture est rupestre, épousant les reliefs, les formes, les murs, les plafonds, les angles, l’architecture qui encadre celui qui vient contempler et s’apaiser. Avant de raconter des histoires d’hommes et de crucifiés, la peinture a commencé par rendre grâce au Cosmos, aux plantes, au soleil, à la vie. Comment couvrir l’espace entier de peinture, dépasser les limites ? Comment prolonger l’espace visible par des lignes sans fin ? La peinture est rupestre. C’est une affaire à la fois de lieu et de forme. Le tableau ni comme théâtre, ni comme fenêtre, mais comme un fragment du monde. Le lieu de soi".

Jean-Michel Meurice. Art Absolument n°22. Automne 2007

Guillaume Vergne

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 Acteur majeur de la politique artistique et culturelle des ces dernières décennies en France, Claude Mollard expose depuis les années 2000 son travail de photographe. Il nous a fait le plaisir de nous laisser choisir parmi ses photographies pour illustrer la livraison XIV qui inaugure 2012. Nous avons jeté notre dévolu sur la magnifique série Les Stellaires de 2008 et 2009. Pendant des Origènes, dans lesquels Claude Mollard montre à quel point la nature recèle toujours déjà les traces de notre humanité, les Stellaires décrit une trajectoire inverse. Partant de notre environnement urbain, Claude Mollard lui confère une dimension à la fois naturelle et abstraite. Ses photographies nous apparaissent à la fois familières et lointaines, évoquant aussi bien l'univers rétrofuturiste des jeux vidéos 80's et de la science-fiction, les lignes d'ondes quantiques ou l'explosion d'une supernova. Univers étranger, voire hostile - in space no one can hear you scream - et bizarrement palpable, les Stellaires préfigurent le futur toujours plus électronique de notre perception. L'ensemble du travail de Claude Mollard est accessible sur son site : www.claudemollard.fr.

« Les " Stellaires " sont des paysages cosmiques. Ils relient l'infiniment petit et l'infiniment grand. Chaque jour, chaque seconde, naissent et meurent des étoiles. Nous le savons, nous ne le voyons pas. Les "Stellaires" donnent à voir la naissance et la vie de ces étoiles. Si les "Origènes" nous renvoient à nos origines, les stellaires évoquent le présent et le futur de l'univers.



Le face-à-face des " Origènes " et des " Stellaires " oppose nos racines les plus enfouies et les germinations les plus éthérées, les plus lointaines du monde. Le regard des "Origènes" sur les paysages cosmiques est empreint de scepticisme ou d'interrogations. Sous la voûte des étoiles, ils apparaissent comme les gardiens de la sagesse et de la permanence. Les "Stellaires" leur opposent leurs folies et leurs emballements. De là l'effroi qui se lit parfois sur leurs "visages d'avant les dieux" (...).

Ils offrent deux points de vue différents, voire opposés, sur le monde : celui qui demeure et celui qui file. Mais si les " Stellaires " nous suggèrent une direction, les " Origènes " nous rappellent la question primordiale du sens. Car ils n'ont pas fini de scruter les étoiles filantes. Et de tenter de les capturer avec les filets de leurs regards qui comprennent si bien ».

Guillaume Vergne

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Julie Clément illustre la livraison XIII de l’automne 2011, avec quatre œuvres extraites de la série Instants Suspendus, photographies réalisées en argentique au moyen format. Photographe plasticienne, diplômée de l’école nationale supérieure d’art de Bourges en 2003, elle se consacre ensuite à l’enseignement de la photographie argentique et des arts plastiques dans une école privée de photographie nomade. Elle partage son temps entre la France et le Mali. A partir de 2007, elle poursuit son travail de photographe plasticienne à Marseille, en collaboration avec d’autres artistes - un designer, une créatrice de bijoux et un metteur en scène. Elle vit et travaille aujourd’hui à Rabat. Pour découvrir le reste de son travail, vous pouvez visiter son  site :    www.julieclement.fr

   « Comme si l’acte de photographier effaçait un peu plus. J’ai peine à braquer mon objectif sur autrui sans trouver que cela s’apparente à une forme violente. Marcher, attendre, rester des heures durant au même endroit. Saisir un instant précis, à travers cette vieille boite photographique, d’un clignement de tête, comme une prière, un salut ou un merci respectueux. Une distance, teintée de pudeur et de discrétion, vient sans bruit, ou si peu, révélée ces instants suspendus. »

Guillaume Vergne

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Né en 1939, Gérard Fromanger est  l'un  des principaux initiateurs de la "figuration libre" et s'est imposé rapidement comme un peintre français majeur à l'échelle internationale. Il nous a fait honneur de nous laisser choisir à notre gré parmi ses oeuvres pour illustrer cette livraison XII de l'été 2011. Nous avons décidé de prendre comme fil conducteur l'un des thèmes qui traverse son travail : l'inscription de l'individu en milieu urbain. Présentes dès les années 60, ces silhouettes paradoxales, souvent constituées de simples à-plats, oscillent entre anonymat et indifférenciation générés par le flux incessant de la jungle des villes, et singularité irréductible, immanquable visuellement, physiquement. On les retrouve, sous une forme, toujours plus épurée, dans les travaux les plus récents de Gérard Fromanger, continuant par là une réflexion lucide et profonde sur l'identité moderne, tiraillée entre uniformisation et invention de soi. Dans ce contexte, la rue apparaît comme un dispositif de répartition des flux et donc de contrôle, mais aussi un milieu de vie qui échappe toujours à ces tentatives de standardisation. Ce réinvestissement critique et lucide, à l'heure où la rue, dans bien des endroits, se repolitise, nous paraît plus que jamais pertinent.

Guillaume Vergne

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Cet article de Télérama : Comment la France est devenue moche, décrit les évolutions récentes, et plutôt catastrophiques, en matière d'urbanisme ces 40 dernières années."Ça s'est passé près de chez Jean-Marc, à Brest, mais aussi près de chez nous, près de chez vous, à Marseille, Toulouse, Lyon, Metz ou Lille, puis aux abords des villes moyennes, et désormais des plus petites. Avec un formidable coup d'accélérateur depuis les années 1982-1983 et les lois de décentralisation Defferre. Partout, la même trilogie – infrastructures routières, zones commerciales, lotissements – concourt à l'étalement urbain le plus spectaculaire d'Europe : tous les dix ans, l'équivalent d'un département français disparaît sous le béton, le bitume, les panneaux, la tôle"."L'urbanisme raconte ce que nous sommes. Le Moyen Age a eu ses villes fortifiées et ses cathédrales, le XIXe siècle ses boulevards et ses lycées. Nous avons nos hangars commerciaux et nos lotissements. Les pare-brise de nos voitures sont des écrans de télévision, et nos villes ressemblent à une soirée sur TF1 : un long tunnel de publicité (la zone commerciale et ses pancartes) suivi d'une émission guimauve (le centre muséifié). Cette périurbanisation vorace s'opère en silence – les revues d'architecture l'ignorent". Cet article a donné lieu à un atelier photographique en ligne : Laid-xagone, riche des contributions des internautes. Nous avons choisi certaines de leurs photos, bizarrement belles au vu de la laideur du sujet, pour illustrer cette livraison XI de février 2011

Guillaume Vergne

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Claude Stassart-Springer, qui illustre la livraison X d'octobre 2010, est plasticienne et illustratrice pour les éditions La Goulotte. Elle grave et imprime elle-même les livres qu'elle illustre, en utilisant la technique du linoléum. Ces livres sont le fruit de collaborations avec des écrivains comme Valérie Rouzaud, Jacques Réda, Guy Goffette ou encore Jean-Pirotte. La relation non-hiérachique entre ces textes inédits et les illustrations fait de ces livres édités en tirage limité de véritables oeuvres d'art. Les images de cette livraison sont tirés d'Alphabet, dans lequel Claude Stassart-Springer typographie un texte inédit de Raymond Queneau. Vous trouverez le catalogue complet des éditions La Goulotte, ainsi que des informations complémentaires, à l'adresse suivante : http://editionsdelagoulotte.c.la.

Guillaume Vergne

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Didier Blondeau illustre la livraison IX de juin 2010, avec quatre oeuvres extraites de la série Bois croisés (plume et encre de chine). Artiste plasticien, diplômé de l'école régionale des Beaux-arts de Besançon, illustrateur indépendant depuis 2003, il vit et travaille à MarseilleSi vous souhaitez découvrir le reste de son travail, vous pouvez visitez le site www.didier-blondeau.fr. Le blog Millefeuilles (www.didiyeah.over-blog.com) présente une sélection par ses soins de dessins d'artistes contemporains des plus intéressantes.

"D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours aimé dessiner. J'essaie de diriger mes observations comme matière même de mon travail. Bois Croisés est une série de dessins en cours, réalisés à l'encre de chine qui repose sur une dialectique entre le perçu, l'aperçu et l'inaperçu. Une vision écrite de morceaux de nature, de petits riens d'événements. Une collision dialectique de différents états du dessin, c'est à dire que petit à petit la réalisation naturaliste de celui-ci est venue se juxtaposer, combiner, improviser sur la même feuille à des évènements antérieurs: ratures, notes, accidents."

Guillaume Vergne