"Jours tranquilles d’un prof de banlieue", suivi d’un entretien avec l’auteur, Martin Quenehen

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La rentrée scolaire chez les libraires. Sur un même étal, une vingtaine de livres réunis pour l’occasion, parmi les titres qui rivalisent de sérieux dans leur formulation, une page de couverture jaune citron et un tag de RER signé, Jours tranquilles d’un prof de banlieue, me font de l’œil.

L’ensemble rieur et ironique ne peut annoncer qu’un texte littéraire et drôle, me dis-je. A moins qu’il ne s’agisse du lancement d’une nouvelle boisson en canette pour prof de banlieue, espèce rare à consoler d’un soda tranquillisant ! Je goûte le prologue pour m’assurer du contenu, absolument rien de soporifique, j’avalerais volontiers le reste d’un trait et sur place, sans passer par la caisse. Cette détonante canette s-c-olaire, d’environ deux cent pages est à la fois motif et cause, la canette signe de l’Eternel, tombée au pied du narrateur au début du roman, après l’avoir esquivée en plein « Fumistan[1] », sonne le glas d’un départ imminent. En grillant ma clope, entre deux heures de cours, le regard rivé au septentrion, je me rêve dans la peau de Bébel dans « A bout de souffle ». Vous savez quand il s’égaille à grandes enjambées après avoir brûlé un flic. Notre narrateur n’a tué aucun flic, bien au contraire, il les cherche, là où leur métier est de répondre présent, la liste des raisons est, par ailleurs, assez édifiante, au lycée polyvalent Louis-Ferdinand Céline de M****. J’enseigne l’histoire, la géographie et l’éducation civique. Ca tombe bien. Car si la civilité n’est pas la spécialité de mes élèves, la cité, ils connaissent. Et ce jeune prof n’hésite pas à jouer les redresseurs de torts, sans ecchymoses, jamais, quand les élèves poussent un peu trop loin le bouchon, si peu souvent. J’ai passé les concours de l’enseignement comme on termine ce qu’on a commencé, à cette époque, le narrateur rêvait plutôt grand écran. Du cinéma, il en fait, pour de vrai avec ses élèves, dans de très touchants passages, quand la caméra ne lui est pas dérobée par un groupe d’apaches aux abords du lycée, qui coupe court à tout montage.

Ce récit, non aseptisé et drôle, sans atermoiements, ni bons sentiments, se donne à lire à travers la voix lucide de son narrateur, pas consensuelle pour un brin, singulière et – enfin ?- libre.  

Martin Quenehen signe un premier roman aux accents épiques, picaresques et noirs, qui réussit à faire toucher de l’œil la grisaille qui a gagné ce jeune professeur, à la tête bien pleine et à l’humour solide, à exercer dans un lycée de banlieue, à quatre heures de Paris, aller et retour, cinq jours par semaine, lever 5h45, rémunéré 1 945 euros, en ce début du XXIe siècle. Mais aussi à faire entendre, avec brio, toute cette riche bigarrure de voix, d’accents, de registres, de langues, en y conviant Woyzeck, Duras, Bataille, Montaigne, Hugo, Lacan ou Ricœur et bien d’autres encore. Les mondes de référence reflètent le monde hors les murs de l’école. D. Lynch et J. Rouch côtoient Prison Break, Desperate Housewifes ou Dallas, un tableau de Bonnard, une vidéo de Marc Dorcel, France Culture, L’Équipe, Louis Vuitton, les Birkenstock, TF1, Pizza Hut, et ainsi de suite. Il y a assurément une petite musique célinienne qui traverse Jours tranquilles d’un prof de banlieue, pas uniquement parce que le lycée porte le nom de son auteur, parce que la plume est acérée, un poil féroce.

 

Elise Clément.

 

***

 

Martin Quenehen a bien voulu répondre à quelques questions pour Skhole.

EC : Pour commencer, Martin Quenehen merci ! Votre premier roman est un adieu littéraire au monde de l’école, sept années je crois, sept jours pour votre narrateur. En un peu plus de deux cent pages d’une course échevelée, qui nous plonge dans le quotidien d’un prof de banlieue parisienne, c’est à la fois la mort d’un prof qui se souvient et la naissance d’un écrivain que ce récit nous offre à lire ?

MQ : Il y a de ça. Quoique… Je pense que les profs sont éternels, comme les diamants. Pas les personnes, bien sûr, mais la fonction, la figure du prof. Je suis devenu professeur et ai développé un goût pour le savoir grâce à certains enseignants que j’ai eus, adolescent. Et certains de mes anciens élèves, s’ils ne deviennent pas profs, nourriront peut-être toute leur vie une curiosité intellectuelle grâce à ce qu’ils ont puisé dans mon enseignement. Et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps… Donc, les profs sont increvables. Je souhaite d’ailleurs bon courage à ceux qui voudraient avoir leur peau et s’en faire une descente de lit, sous prétexte que les enseignants sont des dinosaures à l’heure de la bourse en ligne : attention les amis, les dinosaures ont régné sur la Terre pendant 160 millions d’années !

Ceci dit, pour vous répondre plus directement, il y a indéniablement dans Jours tranquilles quelque chose de la mue. L’écriture de ce récit a accompagné une prise de conscience de la nature profonde de mon désir. En l’écrivant, j’ai quitté le paradis ouaté de la salle des profs (avec ses anges égosillés et ses fauteuils en toile cirée imitation skaï en guise de nuages), direction les enfers d’une vie professionnelle faite d’incertitudes, de CDD et, oui, d’écriture solitaire et débridée sur mon ordinateur… Mais, pas d’erreur, au paradis des conseils de classe et de discipline, tout comme dans les enfers de l’écriture, on se sent bien vivant. Mon récit se situe indéniablement du côté de la vie et du désir, et pas de la mort. C’est une Genèse à rebours, qui fait route vers un nouveau commencement. In fine, ce livre est davantage un roman d’initiation qu’un testament pédagogique !

EC : Seuls les professeurs qui n’exercent plus écrivent des romans sur l’école ?

MQ : Il paraît. Mais, j’ai commencé ce livre alors que j’étais encore prof, avec dans l’idée de faire la chronique de ce qu’il y avait d’épatant dans mon bahut de banlieue – comme un blog, mais en version vieux jeu -, pas de commettre un « suicide social », comme dirait le rappeur Orelsan. Mon personnage, pas plus que moi, ne sommes tentés par le seppuku. Cela dit, peut-être est-il nécessaire de faire un pas de côté pour déconstruire l’expérience vécue de l’enseignement et la reconstituer sous la forme d’une création littéraire. C’est bien possible…

EC : Encore enseignant votre roman serait-il motif à remerciements… ?

MQ : Qu’entendez-vous par là ? Vous voulez dire que le Ministère ou l’Inspection pédagogique me remercieraient et me feraient passer « hors classe » (le plus haut grade chez les profs) pour services rendus ? Ou qu’ils me colleraient un blâme pour mauvais esprit et incitation à la désobéissance scolaire ? Je penche pour la deuxième solution. Mais je considère qu’ils auraient bien tort. D’abord, parce qu’être « hors classe » à 33 ans ça en jetterait sur mon CV et ma fiche de paye. Ensuite, parce que si je châtie l’école, c’est par amour pour ce qu’elle a de meilleur. Bon, de toute façon, je suis de fait « hors classe » : je transporte aujourd’hui ma sacoche sous d’autres néons que ceux des salles de cours…

Ou alors vous me demandez si, encore prof, je remercierais l’école pour ce qu’elle m’apporte ou apporte aux adolescents ? Dans ce cas, je dois vous dire que je tire mon chapeau et dis « maximum respect » à mes meilleurs collègues restés à bord de la trière dans le détroit de Salamine. Les Mèdes ne savent pas ce qui les attend !

EC : Il y a dans votre récit quelque chose qui tient du roman de formation. L’oracle du Fanta, cette canette de soda qui glougloute, vient tout ébranler, et finit par faire dire à votre narrateur : «  Il était temps que je quitte l’école. A trente-deux ans. Je descends sur Terre. Fini l’Eden made in M****.  Je ne m’appelle pas Adam, mais Quentin. Et je ne suis pas un saint. J’en ai assez d’évangéliser des mômes en leur apprenant la vie de nos ancêtres les Francs saliens. Et je ne souhaite pas finir décapité par un ministre qui pense que professeur rime avec éboueur ou éducateur sportif. » Le temps de comprendre de Quentin, c’est le souffle même de votre récit. Et on le comprend bien. Même si on regrette un peu qu’il tire sa révérence. Dans un lycée parisien, votre narrateur serait-il resté ? 

MQ : Mon évasion n’a rien à voir avec le côté sociologique. Ce n’est pas la banlieue que j’ai quittée, mais un job où j’avais le sentiment de ne plus aller vers mon risque, comme dirait René Char. Or, dans la cité HLM de M****, le risque (au sens positif du terme, donc) était bien plus grand qu’à « H4 » ou dans un bahut rupin de la capitale. Dans ce genre d’établissement, le rapport des ados au savoir est différent. Ils l’ont déjà en héritage. Et, qu’ils l’aient déjà ou pas en stock, les enfants de la bourgeoisie d’aujourd’hui me semblent croire encore moins que les gamins de banlieue aux vertus de l’histoire et de la géographie et, plus généralement, des Humanités. Ils ont tendance à penser que pour faire de l’argent, c’est inutile. Ce en quoi ils ont tout faux. Lire Machiavel, Balzac et Mao devrait être obligatoire pour devenir trader !

EC : Vous posez des questions cruciales sur l’évolution du métier, qui paraît avant tout menacé de l’intérieur, reflet d’une époque où tout paraît pouvoir se consommer, se quantifier, quand vous évoquez le cocktail comportementalisme + évaluation qui habite l’école du XXIe siècle. Ou encore quand dans un colloque de directeurs d’IUFM, on y entend : « Le praticien réflexif est-il pertinent au XXIe siècle ? » Sans rentrer dans les querelles de l’école, est-ce que l’auteur a connu un autre discours quand il enseignait ?

MQ : Bien sûr. Ce discours-là, managérial et écervelé, pseudo-scientifique et déshumanisé, c’est celui de l’administration. Des ministres qui rêvent de solutions toutes faites et qui s’en remettent à des « consultants », des proviseurs-adjoints nouvelle génération et autres chefaillons qui ont une revanche à prendre sur les profs cultivés et sur leur propre vie de contremaîtres frustrés, entourés qu’ils sont d’enseignants passionnés et de gosses curieux. Et ce discours fait malheureusement des adeptes chez les profs bas du front. Car il y en a – des profs incultes ou bornés, misologues ou mortifiés. Et il y en aura de plus en plus si l’on ne redore pas fissa le blason de cette profession. Si on continue de dire que La Princesse de Clèves, Freud, les Fatimides etc. c’est chiant et compliqué, et qu’il vaut mieux mettre Amélie Nothomb au programme du Bac de français et chanter la Marseillaise dans la cour de récré.

Mais un autre discours existe. Je l’ai rencontré ! Celui qui fait une place au gai savoir. Celui qui fait une place aux élèves, un par un, et pas sous la forme d’un portrait robot statistique. Celui qui croit aux vertus du langage et pas aux cases à cocher dans un QCM ou un bilan comportemental. Il est tenu par certains professeurs heureusement orgueilleux et insatiables. Il est même encore tenu par quelques proviseurs, qui considèrent que dans un lycée « polyvalent » de banlieue, même les minots qui préparent un BEP chaudronnier gagneront à entendre parler d’Apollinaire.

EC : Je ne sais pas ce que vous en pensez. J’évoquais la dimension épique ou picaresque de votre récit, ce héros contemporain, prof de banlieue, aux prises avec un monde décrit comme médiocre et morose, traversant les épreuves, jusqu’à claquer la porte de la pénitentiaire. Sans ironie aucune, je pense que le jeune professeur de banlieue a quelque chose d’héroïque dans notre société…

MQ : Et il l’a bien cherché ! Je vous parlais de la « démonétisation » des sciences humaines et de la figure du prof à notre époque. Le jeune prof est au courant. Et ceux qui passent actuellement les concours de l’enseignement le font aussi en connaissance de cause. Ils savent qu’ils vont ramer à contre-courant. Et sans armure. Alors oui, ils ont quelque chose d’héroïque, mais pas seulement dans les cités. Dans les beaux quartiers aussi. Ce sont des Don Quichotte, sans même Rossinante pour les porter ! Mais l’« élève » de Don Quichotte, Sancho, ne devient-il pas à la fin un gouverneur éclairé ?  

EC : Votre personnage d’agrégé-normalien n’a plus ouvert un seul bouquin depuis ses concours. Et sa sacoche abrite L’Équipe et Libé ! Ce qui représente l’élite intellectuelle ne croit plus aux vertus des Humanités pour former de jeunes citoyens ou n’a plus besoin d’y puiser ?

MQ : Ce n’est pas que les normaliens-agrégés n’y croient plus, c’est qu’ils fuient l’enseignement comme la peste. Ils veulent grenouiller dans des ministères et faire du blé. Et, en général, ils y parviennent. « Mais comment, leur dit-on en haut lieu quand ils se plaignent, on vous a envoyé dans un lycée de banlieue ? Vous qui avez passé un concours d’enseignant ! C’est intolérable ! Nous allons corriger cette erreur et vous faire illico remplacer par un vacataire, pour vous permettre d’écrire des rapports sur l’état des cantines scolaires, bien au chaud, rue de Grenelle, avec au-dessus de votre bureau le portrait d’Adrien Deume. » Certains normaliens-agrégés restent cependant profs en lycée. Est-ce par héroïsme ? Par vocation christique ? Ou par manque de piston ? Je ne sais, ne l’étant pas moi-même. Mais, pour vous rassurer au sujet du prof qui m’a inspiré le personnage qui ne se nourrit quotidiennement que de L’Equipe et de Libé, il s’est récemment remis à lire et ne jure désormais que par Bukowski et John Fante !

EC : Par ailleurs, on parle beaucoup d’argent dans Jours tranquilles. On s’adresse même à Ségolène Royal pour lui rappeler certaines réalités. Faudrait-il inventer un salaire spécial prof de banlieue ?

MQ : L’histoire de la prime pour attirer les profs upper class des grands lycées parisiens en banlieue, dont j’ai entendu parler il y a quelques années, ça ne tient pas debout. S’ils étaient motivés, ils demanderaient eux-mêmes leur mut’ aux Tarterêts. Et rassurez vous, il y a aussi quelques « vieux » profs de qualité dans les collèges et les lycées de banlieue.

En revanche, les primes pluriannuelles pour les profs dans les bahuts « ambition réussite », APV (si ça existe encore) et autres appellations de dangerosité contrôlée, je trouve ça bien. Ça motive les profs qui se disent que leur engagement sur un « terrain » délicat et sportif est reconnu. Car je pense en effet que tout travail mérite salaire et qu’enseigner dans des quartiers chauds est un travail qui mérite un salaire qui fasse chaud au cœur.  

EC : Toutes comparaisons avec d’autres titres seraient-elles fortuites ? Je songe à Jours tranquilles à Clichy d’H. Miller, récit d’un écrivain qui se souvient, au seuil de sa mort, de son passé. Dans vos Jours tranquilles, c’est un professeur qui quitte le navire de l’Education Nationale, que vous comparez au Clémenceau, qui se souvient. Il s’agit plutôt d’une mort symbolique, de l’abandon d’un certain réel, que vous mettez en écriture. Là s’arrête mon parallèle. Encore que votre livre n’exclut nullement l’érotisme qui anime les toilettes du lycée, version film pornographique, de la salle des profs, version Tournez manège, de la salle de classe, de la cour, des couloirs de l’établissement ou encore des abords du lycée, version commerciale. La sexualité déborde, ce n’est certes pas l’apanage d’un lycée. Dans votre intermède, vous  parlez d’amour, et vous répondez par une jolie phrase de Prévert, enfin votre narrateur, à ce que ces jeunes garçons, mal dégrossis, envisagent de la sexualité ou en font. Il gratifie même d’un bravo son collègue agrégé-normalien, qui lui raconte être sorti avec l’une de ses étudiantes, quand il était chargé de cours, lors d’une conversation, à bâtons rompus, sur les arguments féminins des élèves, pendant un incontournable et interminable trajet RER. Votre narrateur s’insurge même que l’on renvoie deux lycéens, très affairés dans les toilettes, tandis que le port d’arme paraît mieux toléré. Votre narrateur semble avoir des convictions en la matière ?

MQ : Des convictions sur la sexualité adolescente ? Je les laisse faire leur petite affaire, comme des grands, dans la plus stricte intimité. Non mais ! Cela dit, j’adore le titre d’un bouquin de Philip Roth : Professeur de désir. Si j’ai pu ou je peux, avec ce livre, leur donner des idées buissonnières, en matière de découverte… culturelle, j’en suis très fier.

Après, s’il est question de sexualité dans ce livre, ce n’est pas un hasard. J’ai même pensé l’intituler La pédagogie dans le foutoir, en référence au marquis de Sade… Mais je ne prétends pas avoir de « conviction » sur le sujet. Quoique le mot « con-viction » soit tout un poème. J’ai seulement un paquet de bons souvenirs et un certain appétit, que je ne dédaigne pas partager, à demi-mot, bien entendu.

EC : Sous bien des aspects votre livre m’a fait penser à un polar, ce serait plutôt Jours tranquilles à Belleville de T. Jonquet. Par l’ambiance qui y règne, les descriptions des lieux, par sa dénonciation sociale, sans enjolivement. Votre narrateur a un côté justicier solitaire qui débusque les petits arrangements des collègues, qui recadre vaillamment les jeunes, qui épingle la noirceur de l’homme, version Hobbes. Il est, somme toute, un tantinet désabusé, quant aux possibles réponses de l’école et la police à faire régner un minimum de bon sens. Non pas la loi absolument, le narrateur est un homme libre, mais un ordre un peu plus juste. Qu’en dit l’auteur ?

MQ : L’ordre juste ? Fichtre ! Ségolène Royal, sors de ce corps ! Sans rire, je ne me suis jamais représenté les choses sous ce jour. Bien sûr, les injustices m’ont hérissé. Mais il paraît que les détournements de fonds sont légion dans l’Education nationale. C’est triste, mais les profs ont autre chose à s’occuper que de réunir des preuves et engager des procédures judiciaires contre les escrocs dans leur bahut. Ça, c’est du ressort des autorités de tutelle, mais il semble que tant que ça ne tourne pas au vinaigre entre les élèves, les grands patrons laissent faire… Quant à la question de l’ordre, pas de doute : une bonne discipline est la condition sine qua non pour faire cours. Mais il ne s’agit pas que les vaches soient bien gardées. Les petits d’homme ne sont pas des bovidés. Ce sont plutôt des loups, dirait même Hobbes… Moi je pense qu’ils sont humains, trop humains. Et j’espère qu’ils vont le rester.    

Quant au polar, votre comparaison me fait plaisir. La littérature noire est un genre que je dévore. Et mon prochain roman est d’ailleurs écrit à l’encre noire.

EC : C’est ainsi que je m’éloigne sur une sente buissonnière, escorté par le spectre de mes anciens élèves, qui resteront – je l’espère - lucides et insoumis, en vertu de ce qu’ils auront appris sur les bancs de la vieille école.  Vous concluez votre roman de la sorte. Vos anciens élèves vous ont-ils lu ? Que disent-ils de Jours tranquilles ?

MQ : Oui, ils l’ont lu et ils adorent ! « Je reconnais bien le bahut », « je découvre mon lycée sous un nouveau jour », « je me suis tellement marré en vous lisant que tout le wagon de RER s’est retourné »… Voilà les messages que je reçois. J’ai écrit ce livre avec le sourire aux lèvres. C’est donc exactement ce que je cherchais !

EC : Louis-Ferdinand Céline, je l’avais presque oublié, quelques mots encore peut-être ?

MQ : Céline est un immense styliste. Peut-être le plus grand écrivain qu’il m’ait été donné de lire. Un salopard, aussi, c’est certain. Je n’ai pas lu Bagatelle pour un massacre, et je n’en ai aucune envie. Je ne me revendique donc pas de lui. Et si j’ai baptisé de son nom le lycée de mon récit, c’était – consciemment du moins – pour le plaisir de détourner le choix de personnages toujours consensuels pour les établissements scolaires – Ah ! à quand un lycée Abbé Pierre ou Yannick Noah ? Mais Céline infuse indéniablement mon écriture et peut-être mon regard sur le bel aujourd’hui. Un lecteur m’a d’ailleurs dit : ton livre a cela de célinien qu’il va insupporter les prétendus « amis » de l’école, qui ne sont pas profs et refusent de regarder en face ce qu’elle est devenue… De fait quelques journalistes se sont dits choqués ! Mais même Philippe Meirieu, que je taquine en parlant des « pédagogistes » comme de hippies rangés des combis, m’a écrit pour me dire y avoir trouvé un vrai plaisir d’écriture et de lecture, et tout le dérisoire, la détresse et la tendresse de bien de nos établissements… Jours tranquilles est donc un livre qui divise et, pour moi, il n’y a que ça de vrai !

 


[1] Il s’agit de l’endroit où le narrateur fume ses cigarettes. 

Commentaires

Urgence ?

Je ne sais pas si représenter un lycée sur le registre de l'érotisme est la meilleure méthode pour revenir au sérieux de l'instruction, que semble pourtant appeler de ses vœux cet auteur...
Je me demande si en partant ainsi dans tous les sens de sa verve il ne fait pas perdre de vue les priorités d'une refondation nécessaire de l'institution. Se distraire sur l'école, oui... mais ensuite ?
Dire tout et son contraire, prôner la discipline en même temps que la pornographie... C'est jouissif dans un livre, destructeur dans une institution. Comme le style de Céline d'ailleurs...

(je n'ai pas lu le livre ; je m'exprime sur cet article uniquement)

http://sites.google.com/site/ecolerepublicaine/home

Du roman

Bonjour Herbe Noire,
D’urgence lisez : Jours tranquilles d’un prof de banlieue, ni un manifeste politique, encore moins pornographique, seulement un roman, pleinement un roman. Et un roman sur la vie d’un lycée. La sexualité, le désir, l’érotisme, les amours ne s’arrêtent pas aux grilles du lycée. La vie ne battrait plus !
EC.

Je pense qu'il faut faire de

Je pense qu'il faut faire de nos écoles des lieux de vie, justement. Oups, ça a déjà été fait (par le pédagogisme et son escorte démagogiste), et c'est le fiasco...