Série J. G. Fichte - 2- La nation comme but de l'éducation

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On l’a vu dans le volet précédent de la série, la philosophie de Fichte est une philosophie de la liberté. Il s’agit de fournir aux hommes une éducation qui soit à la hauteur de cette liberté, qui ne se contente pas d’instruire les individus en vue de leur future position sociale, mais qui ait l’ambition exigeante non plus simplement de former les hommes, mais de former des hommes.  En cela, Fichte appartient encore aux Lumières et à leur optimisme. A l’instar de Kant, qui pensait que « la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation », ce qui nous « découvre la perspective du bonheur de l’humanité »[1],  Fichte considère qu’avec une éducation nouvelle, enfin appropriée à notre vraie nature, nous ne pouvons qu’accomplir notre bonté spontanée.

Et cette liberté, cette bonté, ce goût pour l’élévation spirituelle sont en chacun. Car l’un des intérêts de la pensée de Fichte en matière d’éducation est qu’elle ne se contente pas d’envisager celle-ci sur un simple plan théorique, mais qu’elle tire les conséquences politiques et sociales de ses conceptions pédagogiques et morales. Si chacun est libre, alors chacun a le droit d’être éduqué au bon usage de cette liberté. Fichte appelle de ses vœux une éducation publique, obligatoire et gratuite, assurée par l’Etat. Un système qui ressemble globalement à celui qui sera institué en Europe à la fin du XIXe siècle, alors même que sa mise en place, certes indispensable, semble pourtant à Fichte très difficile dans l’immédiat.

Fichte avait également appelé de ses vœux, et anticipé, le lien organique entre école et nation. L’école est publique parce que nationale. Certes, il y a le contexte, celui de l’occupation napoléonienne – mais là encore, sur l’histoire postérieure des relations franco-allemandes, et de l’instrumentalisation de l’école dans ce cadre, Fichte n’était-il pas prémonitoire ?-. Mais le lien est plus profond, constitutif. L’éducation fichtéenne est certes désintéressée et se veut avant tout spirituelle. Mais au final, cette spiritualité s’incarne dans la nation, seule à même de la réaliser de manière éternelle, et donc seul moyen de transcender notre finitude.

D’où un retournement paradoxal. Une éducation se fondant sur et visant à la liberté, se situant sur un plan spirituel et désintéressé, aux méthodes et aux principes qu’on rangerait, de nos jours, dans le camp « progressiste » ou « constructiviste » sur l’échiquier pédagogique. Mais dont le résultat souhaité s’avère extrêmement normalisateur - « il faut former [l’individu] tout entier, le former de telle sorte qu’il ne puisse vouloir que ce que vous voulez qu’il veuille »[2] -, qui vise à l’insertion sociale et dans laquelle le labeur occupe une place omniprésente et bien concrète. Et dont le but est d’apprendre à l’individu à nécessairement s’effacer devant les intérêts de la communauté, et si possible de bon cœur – c’est ce que précisément la nouvelle éducation se charge de créer.

Au final, avec le recul qui est le nôtre, la pensée de Fichte s’avère terrifiante voire glaçante. Le projet fichtéen d’une éducation totale, sous bien des aspects, préfigure les réalisations politiques les plus sombres du siècle précédent. Sa visée d’une emprise complète sur l’individu, sa volonté d’adhésion enthousiaste de l’individu à un corps social homogène et sans aspérités ne manquent pas de heurter nos idéaux pluralistes[3]. Ce qui doit nous faire nous interroger sur les relations entre les prémisses de son raisonnement, séduisantes de par leur exigence et leur ambition vis-à-vis de notre humanité, et sa conclusion, qui, lue sous un certain angle, montre ce qu’une rationalité à vide et trop sûre d’elle même peut engendrer comme monstruosités. L’enfer est pavé de bonnes intentions[4].

Disons-le : la pensée de Fichte est bien celle de son époque ; elle fait charnière entre le rationalisme des Lumières et un appel à « l’amour » qui évoque déjà le romantisme. Et en cela elle nous montre à la fois comment la pensée bascule d’un système à un autre, et en même temps comment ce basculement fait continuité, comment on articule entre eux les éléments hétérogènes afin de passer de l’un à l’autre. Comment, en ce qui concerne l’éducation, on passe d’une conception fondée sur la liberté de l’individu, à un système  normalisateur et omniprésent,  au nom de cette même liberté. Ce qui nous incite à considérer les grands principes affichés avec circonspection et suspicion. Fichte nous permet de comprendre le courant souterrain qui irrigue notre façon de concevoir, encore, l’éducation. Avec toutes ses implications. Certes, ce n’est plus ce que nous sommes, mais ce à quoi nous appartenons encore.

 

 

Une éducation publique

 

 

Tout ce que nous sommes, nous le devons à l’éducation, et à rien d’autre. A ce titre, chacun est accessible, de droit, à la nouvelle éducation. Non seulement, jusqu’à maintenant, les méthodes éducatives se sont avérées désastreuses, mais l’éducation s’est vue restreinte aux seules élites. C’est là méconnaître la capacité de chacun à accomplir la liberté ; il s’agit d’en donner à chacun les moyens. En ce sens, l’éducation ne peut être conçue que publique, et « pour nous, jamais nous n’avons parlé de l’éducation du peuple opposé aux classes plus élevées ; nous ne pouvons, en effet, pas admettre que ce terme de peuple continue à désigner le vulgaire et la populace ; il ne saurait plus conserver ce sens dans tout ce qui touche aux intérêts de la nation allemande : aussi n’avons nous parlé que de l’éducation nationale »[5] .

Il s’agit de donner à tous les moyens de réaliser ce dont ils sont potentiellement capables ; en ce sens, la conception fichtéenne de l’école est profondément démocratique, c’est-à-dire ouverte à tous. Non seulement le souci des classes populaires est réel, mais, pour Fichte, l’éducation concerne aussi bien les filles que les garçons, qui reçoivent la même instruction, et du moins au début de celle-ci, la même éducation[6]. Est également accessible à tous ceux qui en ont les capacités l’éducation « savante »[7], sans distinction de classe.

Dans ces conditions, l’Etat est le mieux placé pour mettre en place un système éducatif public, car il peut exercer la contrainte. Certes, les riches propriétaires terriens ou les associations de citoyens, en ville, pourraient éventuellement pallier l’Etat si celui-ci venait à faire carence. Mais ce ne serait qu’un pis-aller, qui hypothèquerait d’autant plus les chances bien compromises de l’avènement de la « nouvelle éducation ». Car beaucoup de gens ne verrait pas l’intérêt immédiat qu’il y a à faire éduquer leurs enfants, n’ayant justement pas bénéficié d’éducation. Seul l’Etat peut imposer l’éducation, ce qui est, qui plus est, dans son intérêt.

En effet, l’éducation ne peut qu’être le meilleur des placements. Le «  retour sur investissement » ne peut être que bénéfique. « L’Etat peut se demander s’il dispose des ressources nécessaires pour faire face aux dépenses d’une éducation nationale. Puisse-t-on lui faire comprendre qu’en assumant cette seule dépense il s’acquittera de la façon la plus économique de toutes les autres et que sous peu il n’aura plus que cette unique dépense importante. Jusqu’à aujourd’hui, les revenus de l’Etat ont été employés, pour la majeure partie, à l’entretien d’armées permanentes (…). Par contre, l’Etat qui voudra rendre générale l’éducation nationale que nous proposons n’aura plus besoin d’armée de métier dès qu’une jeune génération aura été formée de la sorte, car celle-ci constituera naturellement une armée telle que les siècles n’en ont pas vue de semblable. Tout individu sera parfaitement exercé à n’importe quel usage de sa force physique et on s’en rendra immédiatement compte ; il sera, de plus, habitué à supporter tous les efforts et toutes les fatigues ; son esprit, grandi dans l’intuition immédiate des choses, n’aura point d’absences ni de défaillances ; en son âme vivra l’amour de la collectivité dont il fait partie et cet amour anéantira tout mouvement d’égoïsme. L’Etat pourra, quand il voudra, appeler ces jeunes gens et leur donner des armes, avec la certitude que nul ne les vaincra»[8].

 Non seulement les dépenses militaires seront réduites à la portion congrue, une fois la population éduquée à l’amour de la patrie (à ce propos, l’Etat n’a aucune réticence à exercer la contrainte du service militaire, on ne voit pas pourquoi il se gênerait concernant l’éducation, sujet autrement plus crucial). Mais plus encore, l’Etat ne dépensera plus d’argent pour pallier aux dégâts générés par une éducation mauvaise ou absente. Plus besoins de prisons, de tribunaux ou encore d’institutions de bienfaisance, dans cette société où chacun sait ce qu’il a à faire et le fait avec bonne volonté. De même, l’économie d’une nation convenablement éduquée ne peut qu’être prospère, car cette éducation « donnera à l’Etat des classes laborieuses, habituées dès leur jeune âge à réfléchir sur leurs occupations, capables de se tirer elles-mêmes d’affaire et désireuses de le faire »[9]. Les raisons de coût avancées pour refuser l’éducation aux classes populaires sont donc fallacieuses car une population éduquée ne peut que contribuer à l’édification d’une vie économique florissante.

Mais là n’est pas la raison majeure qui fonde le projet de la nouvelle éducation[10]. Il s’agit certes d’une conséquence heureuse, mais pas de son but essentiel. L’Etat ne doit pas instaurer cette nouvelle éducation pour des motifs pragmatiques mais afin de façonner un homme nouveau, un homme tel que celui-ci ne pourra que bien agir, prêt à sacrifier sa vie pour la patrie. C’est même là sa responsabilité indéfectible : « l’Etat, suprême administrateur des affaires humaines, tuteur des enfants mineurs, dont il n’est responsable que devant Dieu et sa propre conscience, a parfaitement le droit d’user de contrainte dans leur intérêt personnel »[11]. On voit ici l’emprise extrême que Fichte est prêt à accorder à l’Etat.

Et on ne peut manquer ici de penser aux analyses de Michel Foucault en termes de biopouvoir. L’individu doit s’effacer devant l’Etat et mettre ses capacités productives au service de la puissance de celui-ci. L’Etat devient à lui-même sa propre fin, les individus n’en sont que les moyens et ce qu’ils font ou ce qu’ils sont appartient tout entier à l’Etat[12]. La hauteur de l’exigence en matière de liberté autorise l’Etat à s’immiscer dans tous les aspects de la vie de la personne. C’est pourquoi l’éducation chez Fichte est une éducation totale, qui ne laisse jamais l’enfant en répit ou oisif.

 

 

Une éducation totale

 

 

On l’a vu, l’insistance fichtéenne sur la liberté aboutit paradoxalement à une vision très normalisée du comportement. L’homme bien éduqué ne peut vouloir que le bien. Or ce bien ne se réalise véritablement pour lui que dans son adhésion sans failles à la nation à laquelle il appartient. Au bout du compte, ce qui est en jeu ici est moins l’émancipation de l’individu que son intégration unanime à la société à laquelle il appartient de facto. L’homme nouveau créé par la nouvelle éducation est un homme qui fait passer la société avant lui-même, qui renonce même à tout égoïsme et comprend que sa destination finale est précisément cette dissolution du moi dans le tout de la nation.

Mais former un tel homme requiert des moyens à la hauteur de cette ambition. Qui dit éducation totale dit donc prise en charge totale de l’enfant. C’est pour quoi ce dernier doit être isolé de l’influence corruptrice et philistine de la société. L’école doit s’occuper de l’enfant à plein temps,  et donc en retirer la garde aux parents. Après tout, n’est-il pas le premier responsable, et donc le tuteur véritable, des enfants ?[13] « L’éducation nationale telle que nous la comprenons ne peut, surtout dans les classes ouvrières, être commencée, continuée ou achevée au sein de la famille, sans que les enfants soient totalement séparés de leurs parents. La gêne continuelle, les soucis de la vie quotidienne, l’économie mesquine et l’esprit de lucre qui s’y ajoute d’ordinaire, ne manqueraient pas de contaminer les enfants jusqu’à les empêcher de prendre leur libre essor vers le monde de la pensée. Cet isolement des enfants est d’ailleurs une des hypothèses indispensables à la réalisation de notre plan : on ne saurait sous aucun prétexte y renoncer »[14]. Il s’agit donc, conformément à la destination ultime de l’éducation : la vie spirituelle, de préserver les enfants des préoccupations utilitaristes et du jeu de la concurrence sociale.

Mais cet impératif de spiritualité qui commande d’isoler les enfants n’a pas pour conséquence une éducation purement intellectuelle détachée des contingences matérielles, au contraire. La vie scolaire doit préparer à la vie réelle, ou du moins à la vie réelle idéale. D’où l’importance accordée par Fichte au travail. Tout d’abord pour des raisons théoriques et pédagogiques : notre nature étant la liberté et l’activité, jamais il ne faut laisser les enfants dans l’oisiveté, le pire de tous  les vices. Il faudra donc veiller à les maintenir constamment occupés, y compris pendant qu’ils n’ont pas cours. D’où l’insistance de Fichte sur l’importance du travail manuel.

Importance d’autant plus grande que le travail est le meilleur moyen pour se préparer à la vie en communauté. Les lieux scolaires doivent être de « petits Etats » dotés d’une constitution analogue à celle de l’Etat lui-même.  De même que l’Etat, ces « petits Etats » se doivent d’être indépendants, c’est-à-dire autarciques. On ne peut prétendre à la liberté si on dépend de quelqu’un ; ce qui est vrai pour l’homme l’est aussi pour l’Etat. Comme lui, les communautés éducatives doivent subvenir elles-mêmes à leurs besoins. «  La loi fondamentale de ce petit Etat domestique sera de n’employer jamais ni aliment, ni vêtement, ni même, autant que possible, aucun instrument qui n’ait été produit ou fabriqué dans cet Etat même »[15].

« Une des exigences fondamentales de cette nouvelle éducation, c’est que l’étude et la travail y soient réunis. L’établissement doit se suffire à lui-même ou du moins en avoir l’air aux yeux des élèves, de telle façon que chacun ait toujours la conviction d’y contribuer dans la mesure de ses forces. Sans même parler de la facilité de réalisation et de l’économie que tout le monde est bien obligé de reconnaître à notre projet, une telle organisation est exigée par la mission même de l’éducation ; d’abord parce que tous les élèves qui recevront exclusivement cette éducation nationale sont destinés à faire partie des classes travailleuses et donc songer à faire d’eux d’excellents ouvriers ; ensuite et surtout parce que la confiance légitime qu’on pourra toujours se suffire dans la vie par ses propres forces sans avoir à recourir à l’aide d’autrui, fait partie de l’indépendance personnelle de l’homme et est bien plus qu’on ne semblait le croire jusqu’ici la condition de l’indépendance morale »[16]. Il s’agit donc de transmettre aux enfants le goût de l’effort et de l’indépendance, ainsi qu’une certaine fierté ; étant libres, notre situation ne dépend que de nous-mêmes. Le travail pratiqué à l’école est du même type que celui de la vie adulte. Mais sa fonction ne se limite pas à cette propédeutique. On ne travaille jamais pour soi mais toujours pour l’ensemble de la communauté. Donner le goût du travail aux enfants, c’est non seulement faire en sorte que, pour eux, ils deviennent honteux de compter sur les autres pour vivre. Mais aussi et surtout leur faire prendre conscience que ce labeur acharné est en fait un acte d’amour pour la communauté.

« [L]es élèves de cette nouvelle éducation, quoique séparés de la communauté des adultes, n’en vivront pas moins en communauté, constituant ainsi une société particulière, absolument autonome, régie par une constitution très précise, fondée sur la nature même des choses et demandée formellement par la raison. La première image d’ordre social que l’on poussera l’élève à élaborer, devra donc être celle de la communauté dans laquelle il vit ; il faut arriver à ce qu’il éprouve l’intime nécessité de réaliser point par point cet ordre tel qu’il est réellement offert à ses yeux et de le comprendre dans toutes ses parties comme la résultante nécessaire des éléments constitutifs. Ceci encore ne relève que de la simple connaissance. Une fois établi cet ordre social, l’individu doit, dans la vie réelle et pour l’intérêt de la collectivité, omettre bien des actes qu’il pourrait accomplir sans hésitation s’il se trouvait seul. Et dans la législation comme aussi dans l’enseignement de la constitution dont elle est le point de départ, il conviendra de présenter à chaque élève tous les autres comme animés de cet amour de l’ordre, poussé jusqu’à l’idéal, amour qui peut-être n’existe chez aucun, mais que tous devraient posséder ; il faut donc que cette législation soit extrêmement sévère et impose beaucoup de semblables omissions. Et s’il le faut, l’on fera intervenir la crainte d’un châtiment toujours imminent pour obtenir ces abstentions qui sont la condition vitale de toute société  »[17].  On voit encore une fois ici la puissance que légitimement l’Etat est en droit de s’octroyer. Mais le respect de la constitution, certes indispensable au bon fonctionnement de la communauté, n’est cependant pas le but final de l’éducation.

Celui-ci est l’amour, qui ne peut se réaliser dans l’Etat, dont le rôle est purement négatif : maintenir l’ordre et la paix par la menace de la sanction. Cet amour ne peut se diriger de façon valable vers celui-ci, mais doit viser la communauté sous une autre forme, celle de la nation. L’éducation fichtéenne n’est pas seulement publique et étatique, elle est également nationale, au sens plein et fort du terme : « il faut inculquer, par l’éducation, cet esprit patriotique à la majorité des citoyens »[18].

 

 

Une éducation nationale

 

 

Il y a certes, tout d’abord, une question de contexte. En effet, « l’éducation constitue le seul moyen de sauver l’indépendance allemande »[19]. Il faut rappeler qu’au moment où Fichte écrit les Discours, en 1807, Berlin est occupée par les troupes napoléoniennes. A ce moment, la défaite est consommée, et tout espoir de retournement militaire de la situation semble illusoire. Il faut également rappeler qu’il n’y pas d’Etat allemand unifié ; le seul ciment de la nation allemande est donc la communauté de langue et de culture. Comme il est désormais impossible de vaincre par les armes, la seule planche de salut est donc l’éducation[20]. Car c’est seulement par une régénération complète de la société que celle-ci pourra se libérer du joug étranger. A une telle nation, « il ne (…) reste plus qu’une solution : découvrir quelque lien plus fort que la crainte ou l’espérance, afin de rattacher à nouveau l’intérêt de l’individu pour la collectivité à celui qu’il éprouve pour lui-même »[21].

« Une nation qui a perdu son indépendance, et par suite ne jouit plus de la moindre influence sur la crainte et l’espérance publiques, n’a donc d’autres ressources que de se transformer en une individualité douée d’une semblable vue ; ce sera même pour elle le moyen unique et certain de sortir de son abaissement, de renaître à une vie nouvelle et de s’en remettre entièrement à ce sentiment supérieur, nouvellement éclos, du soin des intérêts nationaux, dont ni dieu ni diable ne s’est occupé depuis la défaite. Le moyen de salut que j’ai fait entrevoir plus haut consiste donc à former une personnalité toute nouvelle, telle qu’elle a pu se présenter chez des individus isolés, sans jamais devenir ni générale, ni nationale ; il consiste à faire l’éducation de la nation et à lui insuffler, en remplacement de sa vie éteinte, simple complément d’une existence étrangère, une vie toute nouvelle »[22]. Car la cause principale de la défaite n’est pas fondamentalement militaire : c’est l’égoïsme. Lorsque les seuls mobiles des citoyens sont l’intérêt personnel, la recherche du bien-être matériel, « l’espérance et la crainte », il ne faut pas s’étonner que la nation s’effondre devant l’adversité[23]. A l’inverse, comme nous l’avons souligné plus haut, une nation éduquée, c’est-à-dire soudée par l’amour et cohérente, est invincible.

Il s’agit donc de transcender l’égoïsme pour faire triompher l’amour. Or cet amour ne peut avoir pour objet l’Etat, car celui-ci ne poursuit nécessairement que des buts séculiers, entretenant par là notre propension à nous consacrer à nos intérêts particuliers. L’Etat n’est qu’un moyen : il permet de garantir la sécurité, qu’il privilégiera toujours à la liberté. Il fait œuvre « de dressage et de discipline, pour que les individus puissent vivre paisiblement côte à côte et que la collectivité, bien préparée devienne un moyen efficace pour réaliser des fins arbitraires, extérieures à elle-même »[24]. Avec l’Etat, on en reste encore au niveau mesquin de l’intérêt pour soi, niveau nécessairement frustrant pour nous qui aspirons à la vie spirituelle.

Plus importante que l’Etat est donc la nation. Faire de celle-ci le but des individus est certes le seul moyen de redresser les peuples vaincus. Mais la question de la nation excède cette simple dimension historique. Elle permet de dépasser la tension entre vie terrestre et vie spirituelle. « C’est le patriotisme qui, en gouvernant l’Etat, lui assigne un but plus élevé que le vulgaire maintien de la paix intérieure, de la propriété, de la liberté personnelle, de la vie et du bien-être de tous »[25]. L’Etat n’est donc qu’un moyen, « grâce auquel sera réalisé le but supérieur : le développement, au sein de cette nation, du pur élément humain, dans un progrès éternellement et uniformément continu »[26].

En effet,  « les termes de nation et de patrie dépassent de beaucoup l’idée d’Etat, au sens vulgaire du mot, c’est-à-dire l’ordre social »[27]. Dans la nation, et dans l’amour qui lui est porté par le patriotisme, les impératifs de la vie terrestre et les satisfactions de la vie céleste sont réunis et confondus. Jusqu’à présent, ces deux aspects de l’existence étaient dissociés, faisant de nous des êtres déchirés et corrompus. Certes, c’est dans la vie spirituelle que nous sommes chez nous. Mais celle-ci ne doit pas être comprise en opposition avec la vie matérielle, comme l’a montrée l’analyse de la question du travail.

L’Etat, se focalisant sur les enjeux matériels, s’est jusqu’à maintenant défaussé de ses responsabilités éducatives sur l’Eglise. Celle-ci s’est donc concentrée sur la vie céleste, négligeant ou se désintéressant, à l’instar des premiers chrétiens, du monde, et « les affaires terrestres, l’Etat, la patrie, d’ici-bas, la nation (l)’intéressaient si peu qu’ (elle) ne les jugeait même pas digne de (son) attention »[28]. Cette attitude peut se comprendre, et elle a au moins le mérite de viser la part la plus haute de nous-mêmes. Mais « il n’en reste pas moins que ce n’était point là l’état naturel et la règle générale de la marche du monde, mais une rare exception »[29]. En effet, « dans le cours normal des choses, au contraire, la vie terrestre doit être elle-même une vie réelle dont il est permis de jouir joyeusement, tout en espérant une vie supérieure »[30].  Une telle argumentation préfigure la critique hégélienne de la « belle âme », refusant de composer avec la réalité pour préserver la pureté de ses principes.

Mais comment dès lors conjoindre vie terrestre et vie céleste ? La vie terrestre à elle seule est insatisfaisante ; mais la vie céleste également. Comment fusionner les deux ? « Il est un penchant qui est naturel à l’homme et auquel il ne faut renoncer qu’à la dernière extrémité ; c’est de trouver le ciel dès cette terre et d’imprégner sa besogne terrestre de quelque chose de durable ; c’est de semer et de cultiver dans le temporel un élément impérissable, non pas seulement d’une façon inintelligible qui ne se relie à l’éternité que par un abîme insondable aux yeux mortels, mais d’une façon visible aux yeux mortels »[31]. La solution se trouve dans la nation, par la médiation du concept d’éternité. Notre existence est éphémère et brève ; toutes les réussites, toutes les satisfactions personnelles que nous pouvons y trouver sont donc frustrantes, car une existence finie ne peut nous permettre d’accomplir notre dimension spirituelle qui ne peut connaître de limites. C’est donc à travers la permanence et la continuité de la communauté que nous pouvons accéder à l’éternité. Par l’éducation, nous savons que nos œuvres se prolongeront indéfiniment après notre mort.

« Quel est l’homme aux nobles sentiments qui ne veuille et désire revivre dans ses enfants et ses petits-enfants, répéter en eux, mais nouvelle et perfectionnée, sa propre existence, afin de continuer, longtemps après sa mort, à subsister sur cette terre, amélioré et ennobli, dans la vie de ses descendants ? Quel est l’homme qui ne désire arracher à la mort et déposer dans les âmes de sa postérité, pour que celle-ci puisse à son tour les léguer, embellis et augmentés, l’esprit, le sens et la morale, grâce auxquels il fut peut-être, de son vivant, la terreur de la corruption et de tous les travers, affermissant l’honnêteté, stimulant la paresse, gourmandant le découragement ? Qui ne désire jeter la bonne graine et contribuer ainsi par ses actes et ses pensées à l’amélioration incessante et infinie de sa race ? Qui ne désire répandre un élément absolument nouveau, pour que cet élément, persistant dans le temps, devienne la source intarissable de créations nouvelles ? Qui ne désire, en échange de sa place sur la terre et du temps minime qui lui est départi, donner quelque chose qui vive éternellement ici bas ? Or les besoins de ceux qui pensent ainsi forment la règle à laquelle tout le monde devrait se conformer ; et c’est d’après cette règle qu’il faut considérer et organiser le monde, qui, en somme, n’existe que pour les gens de cette trempe. Ce sont eux qui sont le noyau du monde. Ceux qui pensent autrement ne constituent qu’une partie du monde périssable et tant qu’ils pensent ainsi n’existent que pour les premiers, auxquels ils doivent s’accommoder jusqu’à ce qu’ils aient réussi à leur ressembler »[32].

Ce n’est donc que dans la communauté, par sa pérennité qui transcende notre finitude, que nous pouvons accomplir notre destination spirituelle. La petitesse de notre existence trouve enfin sens dans son dépassement dans la nation, comme communauté effective faite de relations interpersonnelles. L’Etat, à cause de son abstraction et de son utilitarisme, ne peut faire l’objet d'un tel amour.. Dans la nation, l’amour trouve enfin un but à la hauteur de sa force et de sa valeur. Cet amour transcende l’individualité égoïste et nous permet d’atteindre, de façon effective, la spiritualité.

« Par conséquent, si l’homme supérieur croit ainsi à la pérennité de son activité, même sur cette terre, c’est qu’il espère que le peuple dont il est lui-même sorti ne cessera jamais d’exister avec toute son individualité, par application de cette loi cachée, sans qu’un élément hétérogène, étranger à l’ensemble de cette législation, puisse jamais s’y introduire pour le corrompre. Cette individualité est le principe éternel auquel il confie l’éternité de son moi et de activité ; c’est l’éternel ordre de choses où il place sa propre éternité. Il lui faut, de toute nécessité, vouloir cette pérennité, qui seule le dégage et lui permet de transformer le court espace de sa vie terrestre en une vie devant toujours durer ici-bas. Cette croyance, cet effort pour créer quelque chose d’impérissable, cette idée qui lui fait comprendre sa propre vie comme une vie éternelle, constituent le lien qui le rattache étroitement à sa propre nation, et par celle-ci, à l’humanité toute entière, dont les besoins trouvent à tout jamais place dans son cœur élargi. L’amour qu’il a pour son peuple a un double aspect : il est fait, en premier lieu, d’estime, de confiance. L’individu se trouve heureux et fier de son origine. Il s’est manifesté chez lui un principe divin qui s’est ensuite répandu dans le monde par le moyen de l’élément originel sous lequel il a daigné se cacher ; si bien que ce principe divin continuera toujours à se manifester. Cet amour devient, en second lieu, actif et agissant, capable de se sacrifier pour le peuple. La vie comme telle ou comme continuation de l’existence changeante, n’a du reste jamais eu de valeur aux yeux de cet homme qui ne voyait en elle que la source de ce qui dure ; or, cette durée ne lui est garantie que par la pérennité indépendante de sa nation ; pour sauver sa nation, il doit même être prêt à mourir, afin qu’elle vive et que lui-même continue en elle la seule existence qu’il ait jamais souhaitée.

Il en est ainsi. Pour être de l’amour véritable et non point une appétence passagère, l’amour ne peut s’attacher à quelque chose de périssable ; il lui faut un élément éternel pour s’éveiller, s’enflammer et se reposer enfin. L’homme ne saurait s’aimer lui-même, ni s’estimer, ni s’approuver, à moins de se considérer comme un principe éternel. A plus forte raison ne saurait-il aimer quelque chose d’étranger, à moins qu’il ne le fasse entrer dans l’éternité de sa croyance et de son esprit et ne l’y rattache définitivement. Quiconque ne commence point par se considérer comme éternel, est incapable d’amour, incapable d’aimer une patrie qui n’existe même pas pour lui. Celui pour qui la vie invisible, mais non point la vie visible, apparaît comme éternelle, peut bien avoir un ciel, qui lui servira de patrie ; mais il ne saurait avoir de patrie terrestre, puisque celle-ci ne se révèle que sous les apparences de l’éternité, mais de l’éternité rendue visible et tangible : il lui est donc impossible d’aimer sa patrie. L’homme qui n’a pas reçu en partage cette patrie est bien à plaindre ; mais celui qui l’a reçue en partage, celui dans le cœur de qui le ciel et la terre, le monde invisible et le monde visible se pénètrent intimement pour lui créer un ciel réel et véritable, celui-là combat jusqu’à la derrière goutte de son sang, pour transmettre à ses descendants, dans toute son intégrité, ce précieux trésor »[33].

Le patriotisme réalise donc parfaitement ce que nous sommes, car il « considère la vie terrestre comme une vie éternelle, il voit dans la patrie le représentant de cette éternité »[34]. C’est pourquoi il ne faut pas confondre éducation publique et éducation nationale, pour nous synonymes. L’éducation fichtéenne est publique parce que nationale, elle vise avant tout à unifier la nation, à en faire un tout organique devant et dans lequel s’effacent tous les individus.  « Notre nouvelle éducation a pour but de faire de tous les Allemands une collectivité unique, dont les divers membres soient animés et vivifiés par un seul et même intérêt »[35].  La critique de l’Etat, ou du moins la conception restrictive de son rôle laissa déjà sous-entendre qu’il ne fallait pas confondre le sens civique avec l’amour de la nation. Car cette dernière n’est pas chez Fichte une abstraction : une nation est ce qui a une identité propre, qui la distingue des autres.  « Toute culture a pour but de produire un type fixe, définitif, immuable, qui, sorti de la période d’évolution, existe réellement et ne puisse être autrement qu’il est. Si elle ne poursuivait pas un tel but, ce ne serait plus la culture, mais un jeu futile »[36]. Toute nation est donc singulière, et a une essence. Elle est quasiment l’expression d’une idée platonicienne. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas les circonstances historiques ou géographiques qui ont façonné les nations, mais ce sont plutôt les nations déjà existantes qui ont du composer avec ces circonstances[37]. Et donc aimer cette nation n’est pas théorique, c’est l’aimer avec enthousiasme pour ce qu’elle est.

« Un peuple est donc l’ensemble des hommes vivant ensemble en société et se reproduisant sans cesse par eux-mêmes, spirituellement comme naturellement, obéissant à une certaine loi spéciale, d’après laquelle l’élément divin se reproduit dans cet ensemble »[38].  La nation n’est donc pas une construction, mais la réalisation, ou mieux, l’effectivité, d’un idéal type. Elle est l’incarnation singulière de l’universel. Ceci est à mettre en relation avec une conception essentialiste et naturaliste de la langue, vue comme entretenant une relation nécessaire avec la pensée. Et à ce titre, la langue allemande, peut-être la plus vivante, en tout cas pour l’instant encore une des moins corrompues, est la mieux à même de permettre à l’Allemagne de devenir une nation.  C’est au fond la langue allemande qui fera de l’Allemagne la première nation authentique et donc le phare de l’humanité : « nous pensons qu’il faut demander aux Allemands d’inaugurer les temps nouveaux, en précédant tous les peuples et en leur servant de modèle »[39]. D’où l’obsession fichtéenne de la pureté, et ses attaques répétées contre la « xénomanie ». Rien ne peut arriver de pire à une nation que de perdre son identité, que de se retrouver mélangée ou métissée avec d’autres. « Il faut que chaque nation, et dans le sein de cette nation tout individu, se développe et se forme conformément à l’individualité de la collectivité et à son individualité propre »[40].

Dans ces conditions, la définition de l’éducation comme « transformation totale du genre humain »[41] a des résonnances inquiétantes. Malgré l’insistance première et principielle sur la liberté, il s’avère au bout du compte que l’éducation telle que la conçoit Fichte vise avant tout à insérer parfaitement l’individu à la communauté, sans résidus, et qu’elle cherche à produire une adhésion totale de celui-ci à la nation à laquelle il appartient. L’éducation apparaît dès lors comme un endoctrinement, voire comme un enrégimentement, aboutissant à une conception totalitaire de la Sittlichkeit : « il faut former [l’individu] tout entier, le former de telle sorte qu’il ne puisse vouloir que ce que vous voulez qu’il veuille »[42]. L’idéal, pour l’individu « consiste à augmenter et à développer le bien-être de la collectivité par le sacrifice de ses propres intérêts »[43].  Encore une fois, Fichte s’avère prémonitoire et préfigure, dans la cohérence exagérée de sa logique et la conviction de son infaillibilité[44], certaines des heures politiques les plus sombres de l’histoire contemporaine. Cela nous montre le lien intrinsèque, constitutif, entre notre conception de l’éducation, ou du moins sa conception politique, et l’apparition de la notion de nation, dont le destin est loin d’être achevé. Et cela nous incite à la prudence : les principes les plus nobles peuvent donner lieu à des recommandations pratiques à leurs antipodes. Comme le fait remarquer Lucy à Charlie Brown, les pires choses ont été commises par des « gens qui croyaient bien faire ».

 

Guillaume Vergne

 


[1]  Traité de pédagogie

[2]  Discours, p.19-20

[3]  « La nouvelle éducation, au contraire, aura pour unique raison d’être d’anéantir intégralement la liberté dans le terrain soumis à son influence, d’y substituer la nécessité rigoureuse, l’impossibilité de se déterminer différemment ; elle créera de la sorte une volonté à laquelle nous pouvons nous fier en toute tranquillité », Discours, p. 12-13 et 19-20

[4] Il ne s’agit donc bien évidemment pas ici de faire le procès d’un Fichte initiateur inconscient du nazisme.  Rien dans le texte ne permet de justifier d’une quelconque responsabilité de Fichte à ce sujet – au contraire même, son nationalisme étant intrinsèquement lié, conceptuellement, à un pacifisme, pacifisme dont on peut trouver d’autres indices (sur par exemple l’absence de nécessité d’armée professionnelle chez un peuple éduqué, qui par ailleurs, étant justement éduqué, ne peut que refuser toute guerre d’agression).

[5]  Discours, p. 148

[6]  « Il va de soi, et nous n’avons pas besoin d’y insister, que les deux sexes doivent recevoir cette éducation de façon identique. Séparer les sexes et répartir les garçons et les filles en des écoles spéciales serait contraire au but poursuivi, et plusieurs points essentiels de l’éducation de l’homme parfait n’y trouveraient pas leur compte. Les matières d’enseignement sont les mêmes pour les deux sexes ; et malgré la communauté du reste de l’éducation, il sera facile d’observer la différence qui se manifeste dans les travaux. », Discours, p. 166

[7]  « Seul l’enfant qui montrera des aptitudes spéciales pour l’étude et une disposition remarquable pour les travaux de l’esprit, aura l’autorisation, dans la nouvelle éducation nationale, de prendre cette voie. Mais cette autorisation sera donnée, sans exception, à quiconque fera preuve de ces qualités, sans qu’il puisse y avoir de prétendues différences dues à la naissance. En effet, le savant n’existe pas pour sa commodité personnelle, et toute disposition heureuse doit être estimée comme un bien qui appartient à la nation et ne saurait lui être enlevé », Discours, p. 170-171

[8]  Discours, p. 176

[9]  Discours,  p. 177

[10]  A ce titre, l’accent mis sur le travail a son fondement dans le problème de l’éducation morale, avant même de questionner ses répercussions économiques, nous y reviendrons.

[11]  Discours, p. 181

[12]  Voir note 7, ce que dit Fichte du savant et en fait valable pour tout un chacun.

[13]  Voir note 9

[14]  Discours, p. 150

[15]  Discours, p. 169

[16]  Discours, p. 167

[17]  Discours, p. 31-32

[18]  Discours, p. 141

[19]  Discours, p. 141

[20]  « Tombée dans un tel état de servitude, aucune nation ne peut s’en relever par les moyens ordinaires employés jusque là. Sa résistance fut vaine alors qu’elle était en possession de toutes ses forces ; à quoi servirait-elle maintenant que sa faiblesse est presque absolue ? Jadis le gouvernement aurait pu sauver la nation en tenant les rênes d’une main ferme et vigoureuse ; mais ce moyen n’existe plus, car ce n’est qu’en apparence qu’il tient les rênes et sa main subit la direction et l’influence d’une main étrangère. Une telle nation ne saurait davantage compter sur elle-même, pas plus d’ailleurs que sur le vainqueur. A moins de montrer la même étourderie, la même lâcheté, la même pusillanimité que la nation en question, ce vainqueur doit maintenir les avantages conquis et les poursuivre par tous les moyens possibles. Et si, par impossible, le cours des temps l’amenait à cet excès d’imprévoyance et de lâcheté, il courrait également à sa ruine, mais sans aucun profit pour nous : il deviendrait la proie d’un nouveau vainqueur et nous ne serions que le complément naturel, insignifiant presque, du butin. Pour permettre à une nation tombée si bas de se relever, il faudra donc faire appel à un remède absolument nouveau, jamais employé jusqu’à ce jour. Et ce remède, nous le constituerons en créant un ordre de choses complètement nouveau », Discours, p. 9

[21]  Discours, p. 10-11

[22]  Discours, p. 11-12

[23]  « Dans toutes les constitutions connues jusqu’ici, l’intérêt du citoyen pour l’Etat se rattachait directement à son intérêt pour ses affaires privées », Discours, p. 9

[24]  Discours, p. 127

[25]  Discours, p. 127

[26]  Discours, p. 134

[27]  Discours, p. 126

[28]  Discours, p. 120

[29]  Discours, p. 120

[30]  Discours, p. 120-121

[31]  Discours, p. 121

[32]  Discours, p. 121-122

[33]  Discours, p. 124-125

[34]  Discours, p. 143

[35]  Discours, p. 14

[36]  Discours, p. 20

[37]  « Les frontières premières, originelles et vraiment naturelles des Etats sont évidemment les frontières internes. Avant toute intervention humaine, ceux qui parlent la même langue ont été reliés tout naturellement par une foule de liens indivisibles ; ils se comprennent mutuellement ; ils sont toujours capables de s’entendre entre eux de plus en plus clairement ; ils sont homogènes et forment un tout un et indivisible. Une telle nation ne saurait admettre dans son sein aucun peuple d’origine et de langue étrangère ni fusionner avec lui, à moins de commencer par se troubler elle-même et par désorganiser fortement la marche uniforme de sa culture. C’est cette frontière interne, établie par la nature spirituelle de l’homme lui-même, qui donne naissance aux limites extérieures des habitats comme à une simple conséquence », Discours, p. 206

[38]  Discours, p. 123

[39]  Discours, p. 45

[40]  Discours, p. 213. Voilà ici encore une justification de l’autarcie, les échanges commerciaux ne pouvant aboutir qu’à une corruption économique et culturelle de la nation (Discours, p. 211-212).

[41]  Discours, p. 142

[42]  Discours, p.19-20

[43]  Discours, p. 162

[44]  « Par le fait seul que l’Allemand a toujours, jusqu’à notre époque, achevé tous les progrès de la culture, ce rôle lui paraissant réellement réservé dans le monde nouveau, c’est encore à lui qu’incombera la réalisation de l’éducation moderne. Une fois cette question réglée, les autres affaires de l’humanité ne seront plus qu’un jeu d’enfants » Discours, p. 95