L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation.
Emmanuel Kant, Propos de pédagogie.

La pédagogie inversée : une pédagogie archaïque, par Alain Beitone et Margaux Osenda

Nous avons un point d’accord au moins avec les thuriféraires de la pédagogie inversée : cette « innovation pédagogique » rencontre un succès fulgurant. Mais deux questions ne sont pratiquement jamais posées : Qu’est-ce qui est enseigné aux élèves ? Cette méthode d’enseignement est-elle efficace ? Dans ce texte nous avons deux objectifs. Le premier consiste à synthétiser la façon dont les partisans de la classe inversée présentent leur méthode et à poser un certain nombre de questions sur l’innovation ainsi proposée. Le second consiste à étudier neuf « capsules vidéo » consacrées à l’enseignement des sciences économiques et sociales en vue d'un enseignement en classe inversée.

L’éducation comme éthique : Spinoza – II – Les affects de l’éducation, par Pascal Sévérac et Ariel Suhamy

Comme nous l’avons vu dans notre texte précédent (« L’éducation comme éthique : Spinoza avec Vygotski – I – Fondements anthropologiques »), l’éducation chez Spinoza, entendue au sens d’une aide au développement cognitif de l’enfant et d’une conduite de ses conduites, met en jeu avant tout la question des affects. Le texte qui suit traite des différentes formes affectives d’éducation qui peuvent être déduites de la philosophie spinoziste. Resterait (pour un travail ultérieur ?) à articuler ces considérations spinozistes sur l’éducation avec les recherches menées par Vygotski sur la psychologie de l’enfant.

Éduquer pour obéir ou obéir pour s'éduquer à la vertu, par Cyprien Coste

Spinoza et Hobbes partagent beaucoup de points communs concernant les rapports entre l’Église et l’État. Pourtant, leurs théories diffèrent sensiblement sur la question de l'éducation. Notre projet est de montrer que contrairement à Hobbes, pour qui l’État doit subordonner la question de l'éducation religieuse et politique à la question de l'obéissance, Spinoza semble superposer deux modèles d'éducation. Le premier modèle serait à rapprocher de Hobbes : autorité civile, subordination de l'éducation religieuse à l’État, ou encore imposition des normes sociales par le droit du Souverain. Cependant, nous voudrions montrer que Spinoza propose un autre modèle, y compris dans le Traité théologico-politique, et que l'on pourrait appeler de manière sommaire une éducation non-autoritaire.

Capoeira : expérience motrice dans une école élémentaire, par Patricia Keravec Santos

Ce projet, validé par le ministère de l’Éducation nationale, a eu pour objectif de présenter la capoeira Angola comme instrument pédagogique dans une école primaire. Il a globalement amélioré l’écoute et l’attention des élèves, tant lors du cours de capoeira que dans l’école en général et a permis aux élèves de découvrir une nouvelle expression motrice. Même avec quelques difficultés, dont celle de chanter dans une autre langue, la mise en place de ce travail avec les enfants et les enseignantes aura permis de créer un beau spectacle à la fin de l’année : une ronde de capoeira angola.

La société en réseau : une société d’insectes ?

La notion de réseau a envahi le discours contemporain et tend à devenir le modèle implicite ou explicite pour penser et organiser l’ensemble des rapports sociaux : la ville, le quartier, l’entreprise, l’école, et finalement la société toute entière sont sommés de fonctionner désormais « en réseau », de manière fluide et décentralisée, en interconnexion permanente, comme sur la toile du web. Mais si la réticularité numérique offre bien des possibilités nouvelles et prometteuses en matière de relations sociales, il faut rester lucide sur ses limites et ses profondes ambivalences. Le réseau : promesse d'une convivialité renouvelée du vivre-ensemble ou soumission de la vie humaine tout entière à une gouvernance algorithmique ? L’alternative est loin d’être tranchée.

Spinoza et l'enfance - Journée d'étude le samedi 3 juin 2017 à la Sorbonne

Spinoza et l’enfance

Journée d'étude organisée par Pascal Sévérac
Avec la participation de la revue Skholè et de Julien Gautier

Le samedi 3 juin 2017 à l’université Paris 1 Panthéon – Sorbonne
Salle Cavaillès (9h15-18h)

Les enregistrements de cette journée seront prochainement disponibles.

A propos de "Enfantillages outillés, un atelier sur la machine" - Entretien avec Fanny Béguery et Adrien Malcor

Les éditions l’Arachnéen ont publié en 2016 un ouvrage magnifique et passionnant intitulé Enfantillages outillés, un atelier sur la machine, qui retrace une expérience menée pendant l’année scolaire 2012-2013 avec une quarantaine d’enfants âgés de 4 à 10 ans, élèves de trois écoles primaires de la vallée de la Dordogne. Nous vous proposons ici une présentation de l'ouvrage ainsi qu'un entretien avec les deux auteurs, accompagné de quelques dessins extraits du livre.

L’éducation et l’école au cœur de la campagne présidentielle ?, par Pierre Statius

En partant du livre que Jean-Michel Blanquer consacre à la réforme nécessaire de l’école, nous avons explicité et présenté les principes qui doivent guider cette réforme. Ce sera le travail du prochain président de la République que de substituer, aux simples ajustements techniques, un projet d’envergure qui permettra de recomposer l’école de la république.

La formation éthique des professeurs de la République, par Erick Prairat

L’éthique a longtemps été une question oubliée, absente des plans de formation, considérée au mieux comme un supplément d’âme. Elle revient aujourd’hui sur le devant de la scène, on ne peut que s’en réjouir, encore faut-il savoir proposer une véritable formation éthique. Cet article se propose précisément d’esquisser les grandes lignes de ce que pourrait être une formation éthique des professeurs de la République. Il suggère quatre moments ou plus exactement quatre pôles. On peut les nommer en mettant l’accent sur les activités proposées (le travail d’élucidation, l’exercice du jugement, l’appropriation critique, l’expérience réfléchie) ou en soulignant ce qui est convoqué à titre de support dans ces différentes activités (la notion, le conflit moral, l’exemple, la séquence de vie de classe).

La source spinoziste des pédagogies de l’émancipation, par Nicolas Mathey

A partir d’une relecture orientée de la première partie de l’Éthique, cet article se propose de mettre en évidence les pensées du changement, de la formation et de l’enfance que l’ontologie de Spinoza peut permettre de refonder en profondeur, à partir de principes dynamiques et relationnels. L’enfant de Spinoza est nécessaire, non infirme. Il est chose causée et sans fin, chose dynamique et intriquée aux autres choses, chose sociale.

La neutralité axiologique dans les sciences sociales, une simple idéologie ?, par Jean Lawruszenko

Qu’en est-il de la neutralité axiologique dans les sciences sociales ? Cette question semble toujours d’actualité à la fois au niveau théorique et  lorsqu’il s’agit de savoir quelles sont les sciences sociales qui doivent être enseignées au collège ou au lycée. Il est un moment historique important où cette question fut débattue qui opposa T.W. Adorno à K. Popper. La parution récente du recueil d’articles d’Adorno Le conflit des sociologies, nous permet de redécouvrir les tenants et aboutissants de ce débat et la façon dont la Théorie critique met à mal ce principe de neutralité.

PISA : une ingérence douteuse

Nathalie Bulle revient ici sur les résultats de l'enquête triennale PISA 2015 parus en décembre 2016. Selon elle, on ne tire pas les bonnes leçons de cette enquête : au lieu de conduire à réagir contre la philosophie délétère qui anime les politiques éducatives depuis des décennies, PISA est utilisée en France, et avec le soutien des politiciens de l'OCDE, pour justifier les dernières réformes, dans l'attente de leurs hypothétiques résultats. C'est que l'enquête PISA a en réalité deux fonctions majeures, selon Nathalie Bulle : la gestion de l’opinion publique par les gouvernements et la manipulation des gouvernements par les technocrates de l’OCDE.

Enseigner « en tant que philosophe », par Philippe Danino

En dépit de ce qu’annonce le Traité de la réforme de l’entendement, Spinoza n’a écrit aucun traité d’éducation. Voilà qui peut étonner de la part d’un penseur en quête d’un bien véritable « capable de se communiquer » et soutenant que nous nous efforçons, sous la conduite de la raison, « de faire que les hommes vivent sous la conduite de la raison ». Or, on voit davantage de développements sur le fait d’enseigner (docere), c'est-à-dire de s’adresser à l’autre et de transmettre, et même, singulièrement, sur une façon d’enseigner en tant que philosophe. Y aurait-il donc quelque place à faire, chez Spinoza, à l’idée d’un enseignement qui serait proprement philosophique ?

Lutter contre les discriminations ? Certes ! Et contre les inégalités ?, par Alain Beitone et Estelle Hemdane

En février 2016, l’académie de Créteil a publié un rapport sur la question des discriminations. Ce texte appelle selon nous un certain nombre de commentaires et doit susciter le débat. En effet, le système scolaire français est-il à proprement parler "discriminatoire" ? Et déjà peut-on appeler "discrimination" ? Nous soutiendrons qu'on ne peut pas parler de discrimination au sens juridique à l'école (ou de façon exceptionnelle) et que l’influence de la discrimination systémique sur les écarts de réussite scolaire est faible. Selon nous, ces écarts s’expliquent principalement par les inégalités économiques, sociales et éducatives du milieu d’origine des élèves (d’origine immigrée ou non), que le paradigme pédagogique dominant tend paradoxalement à renforcer.

Un essai pour penser les inégalités scolaires : réseaux et médiations en classe d’arts plastiques, par Sylvain Fabre

Comment penser les processus de construction des inégalités scolaires à l’école ? Comment articuler le poids des déterminants sociaux et les opportunités que permet la scolarisation ? Ces questions sollicitent un appareil notionnel qui rende compte de la cohérence et de la diversité des trajectoires : les notions de médiation et de réseaux sont interrogées dans cette perspective. Elles gagnent également à être posées dans un domaine qui met en avant la subjectivité des élèves : l’éducation artistique et les arts plastiques sont sollicités comme particulièrement éclairants. Des portraits différenciés d’élèves appuient la réflexion en explorant les réseaux hétérogènes qui se constituent, entre scolaire et extra-scolaire, enseignement formel et éducation informelle.

Qu’est-ce qui ne va pas chez Dewey ?

La philosophie de Dewey a une grande influence sur la pensée éducative contemporaine, bien qu’elle soit peu discutée sur le plan épistémologique. Nous proposons un accès à sa théorie de l’expérience sur la base de certains concepts clés. A partir de là, nous montrons que le point névralgique de la théorie de la connaissance de Dewey repose sur un postulat fondamental, celui de l’indépendance relative, pour la compréhension de la signification, des phénomènes existentiels par rapport aux construits théoriques. Nous défendons que si l’on abandonne ce postulat, certaines bases de la théorie de la connaissance de Dewey s’écroulent et, avec elles, les principes en matière de formation intellectuelle qui en sont dérivés.

Les intelligences libres, Spinoza et l'éducation, par Tobias Sebastian Dreher

Encore jeune philosophe, Spinoza défend l'importance d'une Doctrine de l'éducation des enfants, quoiqu'il ne l'écrira jamais. Pour reconstituer ce à quoi une pédagogie "spinoziste" pourrait ressembler, nous sommes partis de quelques remarques éparses, examinées à la lumière de son système. L'analyse de la place que prend le Corps dans l'éducation des adultes nous a enfin fait comprendre que la seule pédagogie pour enfants valable serait celle qui éduque d'abord les parents. En prenant en compte la dynamique augmentative de cause à effet d'un système social, nous nous apercevons que cette Doctrine de l'éducation des enfants est déjà éminemment contenue dans les démontrations mêmes de l'Éthique, et que, de ce fait, l'apprentissage des adultes et des enfants est intimement corrélé.

Devenir autonome, apprendre à se diriger soi-même, par Philippe Foray

Philippe Foray, philosophe de l’éducation, publie Devenir autonome, apprendre à se diriger soi-même (ESF éditeur, 2016), ouvrage stimulant sur l’autonomie en général et l’autonomie dans l’éducation en particulier. L’auteur y démêle patiemment les difficultés et les enjeux conceptuels, normatifs et pratiques que soulève l’éducation conçue comme éducation à l’autonomie. Montrant qu’une telle perspective est à la fois possible et souhaitable, à condition d’admettre la « vulnérabilité  de l’autonomie » humaine - c’est-à-dire le fait qu’elle dépende elle-même de multiples conditions, d’un fond irréductible d’hétéronomie -, Philippe Foray examine également avec finesse les modalités de sa mise en œuvre, à l’école et à l’extérieur de l’école. Avec l'aimable accord de l'auteur et de son éditeur, nous reproduisons ici quatre extraits significatifs de l'ouvrage.

L’éducation comme éthique : Spinoza avec Vygotski - I - Fondements anthropologiques, par Pascal Sévérac

Nous présentons dans ce texte ce que nous pouvons appeler, à partir de Spinoza et de Vygotski, les fondements anthropologiques d’une éducation entendue comme éthique. Dans un prochain texte, nous développerons quels sont les problèmes auxquels se trouve confrontée une pratique éducative nourrie de Spinoza et de Vygotski, et nous envisagerons les orientations possibles d’une telle éducation.

Série Spinoza et l'éducation

Cette série "Spinoza et l'éducation", qui devrait se poursuivre pendant toute l’année 2016-2017, se veut exploratoire.

Il s’agira non pas de présenter la philosophie de l’éducation de Spinoza, introuvable en tant que telle, mais plutôt d’ouvrir un maximum de pistes autour du thème de l’éducation chez Spinoza, pour vérifier la validité de l’hypothèse de départ : il y a de quoi penser philosophiquement l’éducation à partir de Spinoza.

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